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En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

Musiques sacrées : la naissance de la polyphonie (Aleteia)

Pascal Deloche / Godong - Manuscrit de l'abbaye de Bourg-en-Bresse.

Pascal Deloche / Godong - Manuscrit de l'abbaye de Bourg-en-Bresse.

ART & VOYAGES

Musiques sacrées : la naissance de la polyphonie

Philippe-Emmanuel Krautter - Publié le 09/01/21

La monodie (une seule partie vocale chantée à l’unisson) qui caractérisait jusqu’alors la musique sacrée chrétienne depuis ses débuts jusqu’au chant grégorien va progressivement s’enrichir de plusieurs voix avec les débuts de la polyphonie. Cette transformation radicale aura pour cadre grandiose les immenses cathédrales gothiques de l’Europe du Moyen Âge…

Alors que le chant grégorien continuait à lancer à l’unisson ses plus belles mélodies à Dieu, une évolution sensible se produit cependant au sein des cathédrales gothiques, et notamment la plus célèbre d’entre elles, Notre-Dame de Paris. Surgissant du sol de l’île de la Cité entre le XIIe et XIIIe s., tel un étendard dressé à la chrétienté, cette architecture grandiose allait, en effet, inspirer une autre musique sacrée. Au sein de l’école Notre-Dame, des compositeurs vont traduire cet incroyable élan dans leur musique. Ce sera notamment le cas de deux d’entre eux, Léonin avec son Grand Livre d’Organum et Pérotin qui continuera le travail de son prédécesseur. Le maître de musique Léonin peut être considéré, à juste titre, comme l’un des fondateurs les plus importants de la polyphonie occidentale.

L’Organum

Que faut-il comprendre par Organum ? Il ne s’agit nullement à l’époque du célèbre instrument à tuyaux qui enchante aujourd’hui nos églises, mais d’un genre musical nouveau qui va se développer à l’époque de Léonin et qui consistera à ajouter à un chant existant une ou plusieurs voix supplémentaires. Cet enrichissement ira désormais crescendo, la voix principale reprenant la mélodie traditionnellement connue alors qu’une ou plusieurs voix supplémentaires, allant même jusqu’à quatre, l’accompagnent et l’enrichissent par leurs propres développements. À l’image de la révolution gothique quant à l’architecture, ces prémices de la polyphonie sacrée embellissent le chant sacré des liturgies simultanément de mélodies supplémentaires

L’apparition du Motet

L’Organum a assurément permis concernant la musique sucrée une évolution irréversible. Les compositeurs de cette époque, le XIIIe siècle, vont rapidement ressentir le besoin d’ajouter des rythmes plus rapides pour que la mélodie elle-même soit plus véloce. Afin de mieux indiquer ces changements possibles dans l’exécution de la musique, ces compositeurs prirent dès lors l’habitude de les consigner dans des clausules à part, ces dernières pouvant être changées indépendamment du chant principal.

Ce sont ces mêmes clausules qui vont donner naissance au Motet lorsque les musiciens se mettront à les chanter à part, en tant que telles. Ces fragments plus brefs de chants détachés de la mélodie traditionnelle vont rencontrer un très vif succès et même devenir la forme polyphonique majeure dans toute l’Europe tout au long du Moyen Âge avec dans certains cas jusqu’à quatre textes différents chantés en même temps.

Si le plain-chant traditionnel continuera, certes, de lancer ses monodies au rythme des prières quotidiennes de l’Église, la richesse et la somptuosité de la polyphonie vont dorénavant déborder le cadre sacré pour embrasser le monde profane lors de banquets et fêtes royales. Le grand compositeur Guillaume de Machaut sera au XIVe siècle l’un des plus illustres représentants de cette évolution.

Alexander Sviridov - Figure du roi David de la synagogue à Gaza.

Alexander Sviridov - Figure du roi David de la synagogue à Gaza.

Musiques sacrées : les chants de l’Église primitive

Philippe-Emmanuel Krautter - Publié le 26/12/20

Le christianisme primitif est loin d’avoir rejeté l’héritage juif. Ce qui était pratiqué dans la Synagogue allait dès lors influencer le culte des premiers chrétiens notamment sur le plan musical. Aussi n’est-il pas étonnant de trouver de nombreuses similitudes entre les premiers chants de l’Église primitive et ceux de la Synagogue.

Un héritage partagé. Un grand nombre des premiers chrétiens étaient des juifs convertis à la religion nouvelle. Rappelons que l’un des plus illustres se nommait Paul de Tarse, et même si l’apôtre des Gentils fera preuve d’un zèle qui lui fut propre pour justifier sa foi nouvelle, il n’en reniera pas pour autant l’héritage juif de ses ancêtres : « Dites entre vous des psaumes, des hymnes et des chants inspirés, chantez le Seigneur et célébrez-le de tout votre cœur ».

À ces psaumes de l’Ancien Testament repris et chantés par les premières communautés rattachées à la foi du Christ ressuscité, viendront également prendre place des hymnes et des cantiques spirituels dont nous n’avons malheureusement guère, de nos jours, conservé de traces, si ce n’est des bribes perceptibles dans l’Apocalypse de saint Jean, les cantiques de Zacharie et de Siméon et quelques autres sources fragmentaires. Cependant, lors des nombreuses fêtes chrétiennes, célébrées à l’origine aux mêmes dates que celles des juifs avant que les siècles et le développement de l’Église ne les distinguent, seul le chant est valorisé. Les instruments étaient dépréciés par les premiers chrétiens et n’avaient guère de place dans la liturgie. 

Ambroise et Augustin

Saint Augustin se fit l’écho très tôt de ces premiers chants de l’Église primitive lui qui avertit de manière très claire au IVe siècle : « Une hymne est un chant qui comporte une louange à Dieu. Si vous louez Dieu sans chanter, ce n’est pas une hymne ». Il faut rappeler que le saint avait été particulièrement impressionné par les chants qu’il avait pu entendre lors d’une célébration à Milan. Il s’agissait d’hymnes dont l’origine était le fait de saint Ambroise lui-même afin d’encourager une plus grande participation des fidèles aux célébrations.

Ces hymnes ambrosiennes composées de huit strophes de quatre vers offraient un rythme propice à la prière tout en étant distinctes de la musique profane de cette époque. Néanmoins, Augustin avait également exprimé ses craintes de trop de « séductions » dans la musique sacrée, un risque propre selon le saint à détourner le pratiquant de sa prière.

Le pape Grégoire le Grand et la musique liturgique

Au VIe siècle, l’action du pape Grégoire le Grand fut déterminante dans une époque conflictuelle après la chute de l’Empire romain et les déferlements barbares. Rebâtissant sur les cendres du pouvoir romain, son action à la fois politique, économique et sociale incluait surtout de larges dimensions théologiques et missionnaires. L’objectif premier du successeur de Pierre fut, en effet, d’unifier l’Église, une église qui à l’époque connaissait trop de pratiques liturgiques différentes (ambrosienne, celte, gallicane, mozarabe).

Or, pour Grégoire le Grand, le meilleur vecteur unifiant se révéla être la musique sacrée et plus particulièrement le chant lui-même, le nom même de ce pape sera d’ailleurs donné au chant grégorien. Les différentes liturgies vont ainsi, sous son action, être unifiées progressivement sans pour autant disparaître cependant totalement, le rite ambrosien et ses hymnes pouvant encore de nos jours être pleinement appréciés au Duomo de Milan.

Siècle après siècle, ce sera ainsi un ensemble plus ou moins unifié de chants liturgiques qui s’établira à partir des récitatifs des différentes liturgies, chants aux mélodies simples avant de gagner en complexité. Ce répertoire que l’on qualifiera de plain-chant viendra rythmer l’année liturgique sous la forte influence notamment de Grégoire le Grand, mais la musique sacrée restera cependant longtemps strictement orale et ne sera consignée par écrit qu’à partir des Xe et XIe siècles.

Fred de Noyelle / GODONG

Fred de Noyelle / GODONG

Musiques sacrées : au commencement étaient les psaumes

Philippe-Emmanuel Krautter - Publié le 23/10/20

Les psaumes constituent probablement la toute première musique sacrée qui ait été adressée au Dieu monothéiste des juifs. Chants aussi importants que vivants, le judaïsme, puis le christianisme, n’auront de cesse de les psalmodier, jour et nuit, tout au long de l’année. Aujourd’hui encore, plus présents que l’on ne le pense souvent, ils demeurent au cœur de la Bible des chrétiens, de la liturgie, et de manière surprenante plus largement encore parfois...

Le Livre des psaumes, ainsi que l’indique son étymologie en hébreu biblique – Séfer Tehillim, séfer pour livre et Tehillim pour louanges – est un extraordinaire Livre de Louanges. Véritable dialogue entretenu avec la transcendance, les psaumes traduisent très souvent le cri adressé par les hommes de leur conditionCes derniers étaient chantés par les chantres dans le Temple et leur importance est grande dans l’Ancien Testament si l’on songe à cet épisode de David évoqué dans le deuxième Livre de Samuel (2 S 6, 14) composant des chants et des hymnes à Dieu en mètres, trimètres et pentamètres (pieds dans la poésie), certains n’hésitant pas à faire même de lui l’inventeur de l’art musical en Israël.

Chants de louanges, les psaumes s’intègrent progressivement à la liturgie juive avec le siddour, le livre de prières journalières destiné aux dévotions privées. La musique des Psaumes constituait et constitue encore un moyen important de connaître la Torah, dimension dont le christianisme héritera.

L’héritage des psaumes aux chrétiens

Les psaumes comptent assurément, en effet, parmi les legs les plus précieux laissés aux chrétiens par les juifs. Le psautier, recueil des psaumes, sera ainsi repris quasi intégralement par la Bible de la Septante en la langue grecque. Derrière la barrière de la langue, c’est cependant bien la même louange qui est portée jusqu’à Dieu à travers les 150 textes composant le psautier.

Jésus lui-même tint à souligner l’importance des Psaumes en y faisant directement ou indirectement référence jusqu’à ce poignant cri sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » reprenant les paroles du psalmiste (Ps 21). Il est possible de dénombrer pas moins d’une trentaine de psaumes évoqués dans les paroles de Jésus, une manière de démontrer le rattachement de son message à celui du judaïsme.

Il est touchant également de constater dans le témoignage de Paul aux Corinthiens que cette tradition demeure toujours aussi vivante dans les premières communautés chrétiennes (1 Co 14, 26). Des fragments d’hymnes seront même repris et insérés dans le Nouveau Testament. Des témoignages rapportent que durant la Vigile pascale, les psaumes étaient chantés jusqu’au chant du coq… Saint Jérôme tout comme saint Ambroise auront à cœur non seulement de commenter les psaumes mais également d’en encourager leur chant en public, la paix constantinienne ayant pacifié les conditions du culte pour les chrétiens. Les psaumes seront alors dorénavant chantés aux Offices, comme ils le sont encore de nos jours dans nos églises.

 

Psaumes, musique et instruments

De par leur importance, les psaumes vont dès les premiers temps inspirer des compositions musicales. À l’origine, ils étaient chantés à l’aide d’instrument à cordes en référence à l’instrument de David. Par la suite, des œuvres d’art comme les Psautiers illustrés du Moyen Âge ou encore le célèbre Retable de l’Agneau mystique des frères Van Eyck viendront illustrer la manière dont ils pouvaient être interprétés à l’aide d’instruments de plus en plus variés tels les cors, trompettes, cornets, cordes, flûtes douces, petit orgue… 

Au fil des siècles, l’histoire des psaumes suivra tant l’histoire de la musique sacrée que celle de l’Église elle-même. Ainsi, cette musique sacrée conçue dans le seul but de « plaire à Dieu » viendra-t-elle inspirer le plain-chant et le chant grégorien avec le génie que l’on sait, puis les non moins fameux chants de la Réforme avec Luther et que le grand Bach sublimera dans d’inoubliables compositions… Sans oublier le Gospel, et même plus près de nous, le fameux groupe Boney M. avec « Rivers of Babylone » reprenant le Psaume 137.

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