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En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

Les clochers tors, erreur de calcul ou œuvre du diable ? (Aleteia)

© M G White - shutterstock  - Eglise Saint-Omer de Verchin (Pas-de-Calais)

© M G White - shutterstock - Eglise Saint-Omer de Verchin (Pas-de-Calais)

ART & VOYAGES

Les clochers tors, erreur de calcul ou œuvre du diable ?

 

Elisabeth Bonnefoi - Publié le 19/02/21

Erreur de calcul, chef-d’œuvre de charpenterie, intempéries, bois tors, colère de Dieu ou œuvre du Diable, les explications plus ou moins tordues à propos des clochers tors méritent de se pencher sur le sujet.

Piqués dans le paysage urbain ou dans la campagne, ces clochers tors, tordus, flammés, hélicoïdaux, en spirale, vrillés, en totalité ou en partie, attirent les curieux et les spécialistes. L’ association des Clochers Tors d’Europe (ACTE) a déjà recensé environ 70 clochers tors en France et 120 en Europe occidentale, dont un à Rome. 

C’est en France, en Anjou et en Belgique, dans la Province de Liège, qu’on en compte le plus. L’Anjou possède une dizaine de clochers tors, dont six autour de Baugé : Le Vieil-Baugé, Mouliherne, Fougeré, Fontaine-Guérin, Jarzé, Pontigné. Des géobiologistes et radiesthésistes tentent d’expliquer cette concentration par la confluence de cours d’eau souterrains au droit des églises. On trouve des clochers tors un peu partout ailleurs en France, notamment en Berry et dans le Limousin. Ils sont généralement couverts d’ardoises, mais aussi de tuiles ou de bardeaux.

Et les explications légendaires vont bon train, mêlant histoires d’amour et de diable. Bien des clochers se tordent de rire ! 78% des clochers tournent de la gauche vers la droite. C’est le sens de rotation naturel du bois (essentiellement du chêne) qui travaille toujours. De 1/16e à 1/8e de tour. Pourquoi ? Il existe peu d’études approfondies.

La cause accidentelle est plus fréquente que l’imagination ne veut bien l’admettre. L’usage local de bois tors (issu d’un arbre qui n’est pas droit) dans la construction peut faire apparaître une torsion à la suite d’un événement brutal (foudre, séchage). C’est ce qui explique la torsion des clochers de Puiseaux (Loiret) ou de Barran (Gers).

Quant aux torsions volontaires, ce sont l’œuvres de compagnons du Devoir, comme à Niedermorschwihr (Haut-Rhin) ou à Sérignac-sur-Garonne (Lot-et-Garonne) où la flèche torse a été restaurée en 1988.

 

Pour découvrir une sélection de ces clochers tors, regardez le diaporama : 

© Patrice M, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

© Patrice M, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Église Saint-Symphorien du Vieil-Baugé (Maine-et-Loire)

L'église (XIe siècle, XVIe siècle) se distingue par une rotation de la moitié inférieure de la flèche tandis que la partie supérieure, aux arêtes rectilignes, penche vers le sud-est. Cette cassure laisse imaginer qu’il s’agit d’un accident. Plusieurs légendes sont attachées à ce clocher tors. Deux jumeaux mariés à deux jumelles le même jour se trompèrent pour le baiser de la mariée à la sortie de la cérémonie et le clocher se tordit de rire.

 © Joris Zebouloun, OT du Grand Pithiverais

© Joris Zebouloun, OT du Grand Pithiverais

Église Notre-Dame de Puiseaux (Loiret)

L’église date du XIIIe siècle. Son clocher, daté récemment du début du XVIe siècle, tourne d’1/8e de tour, de gauche à droite. Cette déformation accidentelle est due à la torsion du poinçon central qui a vrillé lors de son séchage, entraînant avec lui les enrayures et toute la toiture en ardoise. Il a été restauré en 2017.  

© M G White - shutterstock

© M G White - shutterstock

Église Saint-Omer de Verchin (Pas-de-Calais)

L’église (1607-1676), illustre le style gothique flamboyant tardif, typique de l’Artois. Sa tour carrée et fortifiée est surmontée par une flèche d’ardoises, fortement inclinée, qui tourne de la gauche vers la droite. Dès la consécration de l’église, un mariage y est célébré. La robe si blanche de la mariée incarnait la pureté de son âme. Le clocher se pencha pour admirer cette vertu exceptionnelle… Saint Joseph, patron des charpentiers, se fâcha et décida que le clocher se redresserait le jour où une jeune fille aussi pure se marierait à Verchin !  

© GO69, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Common

© GO69, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Common

Église paroissiale Saint-Pierre Saint-Paul de Québriac (Ille-et-Vilaine)

La tour-clocher date du XVIIe siècle. Elle a été rajoutée à l’église dont la fondation remonte au XIIe siècle. Le clocher octogonal, en ardoises, tourne d’1/8e de tour, de la gauche vers la droite. Il est raccordé à la tour carrée par une sorte de bulbe posé sur une pyramide. Depuis 2015, il existe un Trail du clocher tors !

© C. Bousquet-CD 12

© C. Bousquet-CD 12

Église de Saint-Côme d’Olt (Aveyron)

L’église (XVe, XVIe siècles) se trouve enserrée dans cette cité fortifiée labellisée « Plus beau village de France » et située sur les Chemins de Saint-Jacques. La spirale du clocher était-elle voulue par les constructeurs ? La charpente a-t-elle joué ? Les experts en discutent toujours. Une chose est sûre, le clocher a servi de tour de guet pendant les guerres de Religion.

 © MOSSOT, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons

© MOSSOT, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons

Église Notre-Dame de Sérignac-sur-Garonne (Lot-et-Garonne)

Le clocher hélicoïdal a été conçu au XVIe siècle. Il est constitué d’une flèche torse à base octogonale irrégulière, recouverte d’ardoises. Selon la légende, cette forme hélicoïdale permettait de visser le clocher dans le ciel pour le maintenir en équilibre. Détruit par la foudre en 1921, le clocher a été reconstruit en 1988, en spirale, par des compagnons charpentiers du Tour de France.

© SubstanceTproductions – shutterstock

© SubstanceTproductions – shutterstock

Église Saint-Gall de Niedermorschwihr (Rhin)

À cinq kilomètres de Colmar, voici le seul clocher tors d’Alsace. Il date probablement du XVIe siècle. La base carrée du clocher évolue vers une flèche octogonale, de quarante-deux mètres de haut. La torsion d’environ 1/8e de tour, se fait vers la gauche. On sait aujourd’hui que cette torsion est volontaire. Il s’agit d’un chef-d’œuvre de compagnon. À l’intérieur de l’église, une maquette permet de visualiser la charpente.  

© G CHP, CC BY-SA 2.5 via Wikimedia Commons

© G CHP, CC BY-SA 2.5 via Wikimedia Commons

Eglise Saint-Maurice de Mervans (Saône-et-Loire)

Voici un clocher recouvert de tuiles vernissées multicolores, nous sommes en Bourgogne, dans la campagne bressane, et le village comptait deux tuileries. On ne sait pas si la torsion du clocher est volontaire ou si la flèche a été construite en une seule nuit par des fées… L'église, en brique, à double transept et clocher-porche, date de la fin du XIVe siècle, mais la nef a été reconstruite en 1925.

© Mairie de Saint-Outrille

© Mairie de Saint-Outrille

Collégiale Saint-Austrégésile de Saint-Outrille (Cher)

Saint Outrille, évangélisateur du Berry vivait à l’époque mérovingienne. La collégiale romane date de l’an Mil. Le clocher est imposant. La flèche est couverte de bardeaux de châtaignier. En Berry, les légendes foisonnent. Le diable se reposait sur le clocher de Saint-Outrille. Une commère voulut le déloger en grimpant sur la flèche. Le diable, dérangé, s’enfuit, mais sa queue, enroulée autour de la flèche, la vrilla. À moins que ce soit à la suite de l’histoire d’amour entre le jeune Phallier et la belle Mathilde.

© Wayne77, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

© Wayne77, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Église Saint-Bonnet à Saint-Bonnet-du-Four (Allier)

L’église Saint-Bonnet date du XIe siècle et possède un portail polylobé. La foudre détruisit le clocher en 1894. Il fut reconstruit avec un bois trop vert qui se vrilla. En 1978, il fut restauré à l’identique, conservant sa torsion d’1/8e de tour, de gauche à droite. Il est recouvert de bardeaux de châtaigner. C’est le seul clocher tors d’Auvergne répertorié à ce jour.

 © Jean-Claude Flour pour Accrochoc, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

© Jean-Claude Flour pour Accrochoc, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Église Saint-Jean-Baptiste de Barran (Gers)

Le plus méridional des clochers tors se trouve au centre de la bastide de Barran. Localement, on le surnomme le « limaquès », l’escargot des marais. La flèche pourrait être torse à l’origine. La torsion se serait ensuite accentuée provoquant une cassure au milieu de l’édifice et entraînant un dévers important de la pointe du clocher.

Les clochers tors, erreur de calcul ou œuvre du diable ? (Aleteia)

Ancienne chapelle Notre-Dame-de-la-Paix à Treignac (Corrèze)

On suppose que c’’est l’œuvre d’un compagnon charpentier au XVIIe siècle. Le clocher n’est pas très élancé, il est construit sur une base carrée. Une autre pyramide de même forme, mais aplatie, vient ensuite, puis une section hexagonale supporte une portion octogonale torse d’1/16e de tour, de la gauche vers la droite. Le tout est surmonté par un lanternon hémisphérique. C’est un rare exemple en France d’une construction aussi complexe.

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