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En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

Comment les artistes ont-ils représenté le « oui » de Marie ? (Aleteia)

Collection Dagli Orti/Aurimages

Collection Dagli Orti/Aurimages

ART & VOYAGES

Comment les artistes ont-ils représenté le « oui » de

Marie ?

Caroline Becker - Publié le 24/03/21

Point de départ de la mission divine du Christ, l'Annonciation a concentré toute l'attention des artistes depuis les premiers siècles du christianisme. Comment représenter ce "oui" de Marie qui a changé l'avenir de l'humanité ? La variété des iconographies témoigne de cette réflexion qui n'a jamais cessé d'inspirer l'art.

« Sois sans crainte Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus », dit l’ange Gabriel à la jeune Marie alors qu’elle est fiancée à Joseph.

Célébré dès le Ve siècle, l’épisode de l’Annonciation tient une place majeure dans la foi chrétienne car il manifeste l’Incarnation. Par Marie, Dieu se fait homme dans le Christ. De cette Incarnation découle tout le reste : la mort du Christ, sa résurrection et notre rédemption. Sans le « oui » de Marie, rien n’aurait été possible. Un épisode capital que les premiers chrétiens avaient bien intégré et qui, très tôt, s’est traduit de manière picturale.

Les premières scènes de l’Annonciation se retrouvent dans les catacombes romaines comme en témoigne celle de Priscille. On peut aussi admirer un très bel exemple du Ve siècle sur l’arc de triomphe de la basilique Sainte-Marie-Majeure : Marie, vêtue comme une princesse romaine, tient dans sa main un fuseau avec lequel elle tisse le voile en pourpre destiné au temple dont elle était la servante. Cette mention du voile en pourpre, tiré du Protoévangile de Jacques (IIe siècle) — non reconnu canoniquement par l’Église — témoigne de l’érudition des artistes qui mêlaient tradition populaire et textes évangéliques.

Figurer le monde divin et humain

Conscients que Marie et l’ange Gabriel ne sont pas de même nature, les artistes s’interrogent rapidement sur cette dualité et réfléchissent à la meilleure manière de représenter ces deux êtres que tout oppose. Les techniques iconographiques rivalisent d’imagination pour souligner, de manière visible, les deux dimensions, à la fois humaine et divine. Alors qu’un artiste décidera de marquer une séparation nette entre les personnages au moyen d’un cadre architectural, un autre modifiera les couleurs en offrant à l’ange des couleurs dorées et éclatantes et à la Vierge des couleurs plus froides comme le rouge et le bleu. L’attitude est aussi flagrante : au cours des premiers siècles, la Vierge a une attitude de soumission. Elle accueille le message de l’ange et accepte sa mission : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » (Lc 1, 38). De son côté l’ange Gabriel est immense, lumineux, les ailes grandement déployés. Il manifeste la volonté divine. Ses positions varient à la faveur des artistes : volant dans les airs, il est parfois placé sur un nuage, comme en apesanteur. D’autres fois, il semble descendre en trombe des cieux. Sinon, c’est avec délicatesse qu’il s’approche de Marie, sur la pointe des pieds.

Plus tard, Marie prendra de plus en plus de place. Une évolution qui ira de paire avec le développement de la dévotion mariale. Davantage représentée comme une « reine » honorée de la mission divine, elle délaisse petit à petit cette image de servante soumise. L’ange est davantage représenté agenouillé. Il se prosterne, signe de son respect pour celle qui été choisie pour porter le Fils de Dieu.

Marie, l’ange mais pas que !

Si dans la scène de l’Annonciation les personnages principaux demeurent Marie et l’ange, il n’est pas rare de voir s’inviter au cœur de la scène d’autres figures qui enrichissent le discours. Dieu le Père est ainsi parfois représenté sous la forme d’un vieillard dans le ciel. Il regarde, d’un œil bienveillant, l’accomplissement de son projet divin. Le Saint-Esprit, sous la forme d’une colombe, n’est jamais très loin non plus. Placé au-dessus de Marie, il dirige ses rayons lumineux vers la Vierge. Le long de ce rayon, on devine parfois une version miniature de l’Enfant-Jésus portant une croix et qui descend, tout doucement, vers le ventre de Marie. C’est aussi parfois Joseph, que l’on voit à proximité. S’il ne se situe pas au cœur de la scène, il est placé dans une autre pièce en train de travailler. Sa mission n’a pas encore commencé à cet instant précis mais sa compagnie rappelle qu’il a, lui aussi, un rôle à jouer dans la mission divine.

Lire aussi :Les clefs d’une œuvre : « L’annonciation » de Fra Angelico

Enfin, l’un des éléments les plus intéressants à observer dans les scènes de l’Annonciation est l’expression de Marie. Tour à tour surprise, troublée, gênée, interrogative, soumise ou méditative, elle semble éprouver différentes émotions. Au XVe siècle, Fra Roberto Caracciolo da Lecce expliquait que Marie était passée par « cinq phases » au cours de l’Annonciation : le trouble, la réflexion, l’interrogation, la soumission, le mérite. Des états psychologiques qui ont largement influencés les artistes qui n’ont pas hésité à puiser dedans pour évoquer l’état psychologique de la Vierge.

Découvrez la richesse des représentations de Marie et l’ange dans l’Annonciation, ci-après :

© Collection Dagli Orti/Aurimages

© Collection Dagli Orti/Aurimages

SIMONE MARTINI, XIVe siècle

"L’ange entra chez elle et dit : “Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi.” À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation" (Lc 1, 28-29). Peint au début du XIVe siècle pour la chapelle de Sant' Ansono du Duomo de Sienne, cette Annonciation de Simone Martini est très célèbre en raison du visage très expressif de la Vierge Marie. Étonnée par la venue de l'ange, elle exécute un mouvement de recul, voire presque de crainte, comme l'exprime son visage et la main qui retient son voile.  

 

 

© Collection Dagli Orti/Aurimages

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FRA ANGELICO,

Si l'Annonciation la plus connue de Fra Angelico est conservée au couvent San Marco de Florence, l'artiste a travaillé plusieurs fois ce thème. À Madrid, une version, autrefois destinée au couvent San Domenico de Fiesole (Italie), mérite le coup d’œil. Il faut diriger son regard vers la gauche pour comprendre la richesse du dicours. Derrière la maison de Marie, Adam et Eve sont chassés du Paradis. En mettant en parallèle ces deux scènes, Fra Angelico rappelle que c'est par l'Incarnation et donc la venue du Christ que le péché originel est racheté. Dans le ciel, les mains de Dieu envoient la colombe du Saint-Esprit vers Marie, choisie pour accueillir l'Incarnation.

© Collection Dagli Orti/Aurimages

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FRA FILIPPO LIPPI, XVe siècle

Signe visible de l'Incarnation, la colombe du Saint-Esprit est souvent présente dans les scènes de l'Annonciation. Généralement placée au dessus de la Vierge, elle est ici localisée au niveau du ventre de Marie. Il faut d'ailleurs s'approcher pour percevoir les détails : un rayon lumineux sort de son bec et vient frapper la Vierge à hauteur de son nombril, transperçant son vêtement à travers une petite ouverture. Une représentation assez rare qui exprime cependant, de manière très explicite, la dimension divine du Christ.

© Gianni Dagli Orti / Aurimages

© Gianni Dagli Orti / Aurimages

ROGER VAN DER WEYDEN, XVe siècle

D'après l'Évangile de Luc, l'Annonciation se passe dans la maison de Joseph et Marie. Malgré cette indication, les artistes se sont amusés à adapter les lieux ou à transporter la scène à l'extérieur ou même dans une église. Ici, Roger Van Der Weyden écarte la condition humble du couple et transpose la scène dans un intérieur luxueux avec un grand lit à baldaquin au second plan. De petits détails très récurrents dans la peinture flamande complètent le discours, comme cette grande fleur de lys à gauche qui rappelle la pureté de la Vierge.

© Collection Dagli Orti/Aurimages

© Collection Dagli Orti/Aurimages

CARLO BRACCESCO, fin du XVe siècle

Si l'on rencontre davantage l'ange Gabriel face à la Vierge, dans une position douce et sereine, s'approchant sur la pointe des pieds ou effleurant le sol délicatement, ses grandes ailes déployées, il arrive parfois qu'il soit représenté dans les airs. C'est le cas dans cette œuvre réalisée par Carol Braccesco conservée au Louvre (Paris). Sortant des nuages, il semble foncer sur Marie telle une météorite ! De quoi effrayer la Vierge qui lève la main avec stupeur !

© Manuel Cohen / Aurimage

© Manuel Cohen / Aurimage

TRYPITIQUE DE MÉRODE, ATELIER DE ROBERT CAMPIN, XVe siècle

Si Joseph ne joue pas un rôle actif durant l'Annonciation, certains artistes n'hésitent pas à l'intégrer au récit. Sa présence, justifiée par le fait que la scène se situe dans la maison du couple, s'explique aussi par son rôle essentiel en tant que père adoptif. En accueillant l'Enfant-Jésus comme son propre fils, il participe à la mission divine. "Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés" (Mt 1, 20-21), lui dit l'ange Gabriel.

© Public domain.

© Public domain.

CARLO CRIVELLI, fin du XVe siècle

Conscients que Marie et l'ange Gabriel ne sont pas de même nature, les artistes s'interrogent  sur cette dualité et réfléchissent à la meilleure manière de représenter ces deux êtres que tout oppose. Les techniques iconographiques rivalisent d'imagination pour souligner, de manière visible, la dimension divine et humaine des deux protagonistes. Chez Carlo Crivelli, c'est l'architecture qui sépare les deux mondes. L'ange Gabriel, qui se place en-dehors de la maison de la Vierge, communique avec elle grâce à la fenêtre de la chambre. Dans le ciel, un rayon lumineux vient frapper la Vierge, qui, agenouillée, s'abandonne à la volonté divine.

© Collection Dagli Orti/Aurimages

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SCIPIONE PULZONE DE GAETA, XVIe siècle

Si dans la scène de l'Annonciation les personnages principaux demeurent Marie et l'ange, il n'est pas rare de voir s'inviter au cœur de la scène d'autres figures qui enrichissent le discours. On l'a vu avec Joseph précédemment. Dans ce tableau de Scipione Pulzone de Gaeta, Dieu le Père est représenté sous la forme d'un vieillard dans le ciel. Il regarde d'un œil bienveillant l'accomplissement de son projet divin. L'ange Gabriel tend sa main vers le ciel et semble lui dire cette phrase relatée par saint Luc (Lc 1, 35) : "L’Esprit saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu".  

© Gianni Dagli Orti / Aurimages

© Gianni Dagli Orti / Aurimages

FRANCISCO DE ZURBARAN, XVIIe siècle

Alors que dans les premiers siècles du christianisme l'ange Gabriel domine la scène face à une Vierge Marie obéissante, toute abandonnée à la volonté divine, la tendance s'inverse au fils du temps. Une évolution qui ira de paire avec la dévotion mariale grandissante. Chez Zurbaran, l'un des plus grands peintres du Siècle d'Or, l'ange est agenouillé devant la Vierge, signe du respect qu'il porte à celle qui a été choisie par Dieu pour porter le Sauveur du monde. La luminosité de ses vêtements rappelle cependant sa dimension divine. Dans cette scène, point de surcharge décorative mais une vraie théâtralité accentuée par le ciel qui s'ouvre sur la colombe du Saint-Esprit.

 © Leemage via AFP

© Leemage via AFP

DANTE GABRIEL ROSSETTI, fin du XIXe siècle

Cette image de Marie, en chemise de nuit, repliée dans son lit, est déroutante. Elle est si loin des représentations toujours pleines de dignité. Et pourtant, par son expression, Marie est proche de nous. Si on la croit effrayée au premier abord, il n'en est rien. Elle est, au contraire, prête comme en témoigne le tissu pourpre qu'elle a fini de tisser, évoqué dans le protoévangile de Jacques (IIe siècle ap. J.-C.) L'ange est lui aussi étonnant. Vêtu d'une grande simplicité, comme la Vierge, seules les flammes à ses pieds traduisent sa divinité. Discrètement, une petite colombe s'approche de la Vierge. Car c'est ainsi que s'accomplit l’œuvre de Dieu : dans le secret.

© SuperStock / Aurimages

© SuperStock / Aurimages

JAMES TISSOT, fin du XIXe siècle

En 1888, alors qu'il étudie une toile dans l'église Saint-Sulpice de Paris, James Tissot vit une véritable révélation qui l'entraîne sur un chemin de conversion. À partir de là, il consacrera le reste de sa vie à illustrer des épisodes de la Bible et ira jusqu'à voyage au Moyen-Orient pour s’inspirer de la Terre sainte. En témoigne son Annonciation qui place la Vierge Marie dans un intérieur typique du Moyen-Orient. La Vierge, presque endormie, semble accueillir le message de l'ange dans un songe. Ce dernier s'éloigne des représentations humaines pour apparaître comme un véritable être de lumière.

© LEEMAGE VIA AFP

© LEEMAGE VIA AFP

MAURICE DENIS, début du XXe siècle

Peintre de l'Invisible, Maurice Denis a toujours été inspiré par sa foi. Son œuvre, douce et poétique, semble être un remerciement perpétuel pour tous les bienfaits dont Dieu l'a comblé. Dans son Annonciation, la chambre de la Vierge Marie est baignée de cette lumière divine qui l'a toujours inspiré. Marie, le regard plein de douceur, remercie le ciel de ses bienfaits et semble dire à l'ange : "Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole" (Lc 1, 38).

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