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En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

Joseph dans l’art, de l’ombre à la lumière (Aleteia)

John Webb/Aurimages -Le songe de Joseph par Philippe de Champaigne.

John Webb/Aurimages -Le songe de Joseph par Philippe de Champaigne.

CULTURE

Joseph dans l’art, de l’ombre à la lumière

 

Caroline Becker - Publié le 18/03/19 - Mis à jour le 18/03/21

Père de tendresse pour tous les croyants qui lui vouent un véritable culte, saint Joseph n’a pas toujours eu les faveurs de l’Église. En témoigne l’évolution de ses représentations en 2000 ans d’histoire qui le font passer d’un personnage secondaire, simple époux de Marie, au père nourricier du Verbe incarné et doux protecteur de la Sainte Famille.

Il est l’un des premiers hommes sur Terre à avoir touché l’Incarnation, un des premiers à l’avoir nourrie, protégée. Avec l’aide de Marie, il a accompli avec foi et fidélité son rôle de père adoptif. Et pourtant, Joseph a longtemps été relégué au second plan des représentations iconographiques. Car son culte, qui commence à apparaître au XIIIe siècle et qui connaît une grande ampleur au XVIe siècle, ne sera officialisé qu’en 1621 par le pape Grégoire XV. Une reconnaissance bien tardive pour un homme qui a partagé une grande partie de sa vie avec le Sauveur du monde. 

En 2000 ans d’histoire, les représentations de Joseph ont beaucoup évolué. Inspirées des rares éléments que la Bible veut bien nous donner, elles ont aussi été beaucoup influencées par les écrits apocryphes qui ont développé tout un imaginaire autour de la vie de Joseph. S’ils ne sont pas reconnus canoniquement, les artistes n’ont pourtant pas hésité à puiser abondamment dedans, mêlant les Écritures avec des traditions populaires. 

Une place singulière dans l’imaginaire chrétien

Sa reconnaissance tardive confère à saint Joseph une place singulière dans l’iconographie médiévale. Pas tout à fait père, pas tout à fait saint, on a dû mal à lui offrir une place de choix dans les scènes de la vie de la Vierge ou celle du Christ. En tant qu’époux de Marie, il est bien sûr présent, mais souvent mis dans l’ombre, à l’écart. Sa figure, presque « trop humaine », dénote face au duo divin de la Mère et l’Enfant. On le représente alors au second plan, dans une attitude passive, presque détachée. Ses traits de vieillard, peu flatteurs, évoqués dans le proto-évangile de Matthieu (et non dans la Bible !), ne favorisent pas sa dévotion. 

  • En le désignant comme un vieux monsieur tout proche de la mort, on éloignait son implication dans la conception de l’Enfant Jésus.

Mais imaginer Joseph en vieillard, tel qu’il en ressort dans les textes apocryphes, n’est pas anodin pour l’époque médiévale. En le désignant comme un vieux monsieur tout proche de la mort, on éloignait son implication dans la conception de l’Enfant Jésus. Par la suite, cette image de Joseph est restée ancrée dans l’imaginaire chrétien. Son âge n’étant plus sujet à question, on continue à le représenter ainsi, écartant l’idée que Joseph aurait pu être un beau jeune homme. Il faudra attendre le XVe siècle pour commencer à le voir apparaître plus jeune, seul ou avec l’Enfant dans ses bras, portant parfois un bâton fleuri, signe de sa pureté. 

L’influence considérable des écrits apocryphes sur la construction de l’image de Joseph est donc essentielle pour comprendre comment celle-ci a évolué au fil des siècles. Si, jusqu’au XIVe siècle, le milieu artistique n’offre qu’une place secondaire à Joseph, le monde théologique, qui fourmille dans le secret des monastères, s’interroge, quant à lui, avec profondeur sur la place de l’époux dans la mission divine. Les ordres mendiants, et notamment les franciscains, comprennent très vite que Joseph n’est pas un personnage secondaire. Il est l’homme humble et bienveillant choisi par Dieu pour accompagner Jésus durant la première partie de sa vie. Il est aussi celui qui, par son humanité, se rapproche le plus de celle du Christ. 

Au XIVe siècle, avec l’évolution significative de la représentation de la Nativité, Joseph bénéficie d’un véritable coup de pouce. La Vierge Marie, qui était davantage représentée allongée sur son lit, est désormais en adoration devant son Enfant placé dans une mangeoire. Cette nouvelle mise en scène favorise la place de Joseph en tant que père. On le rencontre alors, parfois, agenouillé près de la Vierge, regardant lui aussi cet enfant qui est un peu le sien ! Pendant longtemps, ces deux types iconographiques de Joseph  cohabitent à la faveur des artistes. 

Ces qualités paternelles ainsi reconnues, on n’hésite plus à le représenter seul, berçant ou jouant avec l’Enfant Jésus. Il est désormais le père nourricier et bienveillant, celui qui assure la mission divine de Jésus et favorise son épanouissement. L’Enfant a en effet besoin d’une mère, mais aussi d’un père, pour « grandir en taille, en grâce et en sagesse sous le regard de Dieu et des hommes » (Lc 2, 52).

Joseph, une figure omniprésente 

Le songe, le mariage avec la Vierge, la fuite en Égypte ou encore la Nativité sont autant de scènes célèbres où l’on rencontre Joseph. Beaucoup de ces scènes ont émergé vers le VIe siècle mais d’autres sont arrivées plus tardivement, notamment la Fuite en Égypte que l’on rencontre réellement à partir du XIVe siècle. Parmi les scènes les plus anciennes et les moins connues, on peut évoquer la désignation de Joseph comme époux de Marie, l’épreuve de l’eau amer, ou encore le remord de saint Joseph après avoir douté de la fidélité de Marie. Parfois, on le rencontre en charpentier, travaillant le bois accompagné de Jésus enfant. Des scènes touchantes, issues des textes apocryphes, qui donnent à voir Joseph dans toute son humanité. 

  • Le modeste charpentier n’est désormais plus une figure secondaire mais bien un personnage central de la mission divine.

Vers le XVIe siècle, les représentations de Joseph mourant se multiplient. Allongé sur un lit de mort, il est entouré de la Vierge et Jésus et s’endort en paix. Très vite, les agonisants font appel à lui pour obtenir une « bonne mort ». Une dévotion qui s’inspire des écrits laissés par sœur Maria Cechia Baij, dans sa Vie de saint Joseph écrite en 1736 : « Au ciel, saint Joseph jouit d’une gloire inénarrable et supérieure à tous les autres saints… Le saint fait constamment l’office d’avocat des mourants auprès de Dieu avec beaucoup d’attention et de sollicitude. »

Du simple « époux », Joseph a ainsi  pris une place de plus en plus importante au fil des siècles. Véritable modèle pour tous les chrétiens, on loue aujourd’hui sa paternité, sa dévotion, son obéissance jusqu’à le considérer comme le témoin modèle du Royaume de Dieu. Le modeste charpentier n’est désormais plus une figure secondaire mais bien un personnage central de la mission divine. Au XIXe siècle, les papes encouragent sa dévotion et louent nombre de ses qualités. Sa proclamation, le 8 décembre 1870, comme saint patron de l’Église universelle par le pape Pie IX assoit définitivement sa reconnaissance aux yeux de l’Église. En déclarant 2021, année spéciale dédiée à saint Joseph, le pape François marche ainsi dans les pas de ses prédécesseurs et reconnaît, officiellement, Joseph comme l’instrument de la promesse annoncée par les prophètes.

Lire aussi :Les plus belles églises de France consacrées à saint Joseph

 

Pour découvrir la variété des représentations de saint Joseph dans l’art, regardez ci-après :

© Herma Silver / Aurimages

© Herma Silver / Aurimages

L'ELECTION DE JOSEPH COMME ÉPOUX DE MARIE Ce codex de Predis, réalisé en 1476 et conservé à Turien (Italie) présente une iconographie rare de saint Joseph tiré du proto-évangile de Jacques. L'histoire raconte que le prêtre Zacharie convoqua tous les veufs de Judée qui devaient chacun apporter "une baguette" : "Marie sera la femme de celui à qui le Seigneur Dieu montrera un signe". Et c'est Joseph le charpentier qui reçut ce signe : une colombe sortit de sa baguette et se posa sur sa tête. "Joseph, Joseph, c’est toi qui es désigné par le sort pour prendre sous ta garde la vierge du Seigneur ».

© John Webb/Arrimages

© John Webb/Arrimages

LE SONGE DE SAINT JOSEPH Au moment de l'Annonciation, la Vierge est fiancée à Joseph. Apprenant qu'elle est enceinte, ce dernier décide de la répudier en toute discrétion mais un ange lui apparaît en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l'enfant qui est engendré en elle vient de l'Esprit saint ; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés." (Mt, 1, 18-21) Une scène célèbre de l'histoire de saint Joseph magnifiquement représentée par Philippe de Champaigne en 1642.

© Collection Dagli Orti/Aurimages

© Collection Dagli Orti/Aurimages

LE MARIAGE DE MARIE ET JOSEPH La scène du mariage de Marie et Joseph apparaît très tôt dans l'iconographie chrétienne bien qu'elle ne soit pas citée dans les Évangiles. Par leur mariage s’accomplit la prophétie selon laquelle le Sauveur appartiendrait à la lignée de David. « Tout le bien du mariage est accompli chez les parents du Christ : l’enfant, la fidélité et le sacrement. L’enfant, nous le reconnaissons en le Seigneur Jésus, la fidélité en ce qu’il n’y eut aucun adultère, le sacrement en ce qu’il n’y eut aucune séparation. Une seule chose est absente : l’union charnelle », écrivait saint Augustin au Ve siècle. Un épisode illustré par Giotto au XIVe siècle pour la chapelle Scrovegni de Padoue. +

 + © domaine public

+ © domaine public

LE REPENTIR DE JOSEPH L'épisode du repentir de saint Joseph, extrait du proto-évangile de Matthieu, est l'un des rares épisodes de la vie du saint. « Il fit amende honorable en disant à Marie : J'ai péché, car je t'ai soupçonnée." On trouve un bel exemple, dès le Moyen Âge, sur le portail Sainte-Anne de la cathédrale Notre-Dame de Paris et plus tardivement, au XVIIe siècle, dans un tableau peint par Alessandro Tiarini. Joseph, à genoux, implore le pardon de Marie tandis qu'elle lui désigne le ciel pour lui signifier que cet Enfant vient de Dieu.

 + © Collection Dagli Orti/Aurimages

+ © Collection Dagli Orti/Aurimages

L'ADORATION DES BERGERS Les premières scènes de la Nativité laissent peu de place à saint Joseph. Il est l'homme de l'ombre, caché dans l'obscurité. Vieillard et penaud, il est parfois représenté le visage dans sa main, comme dans cette oeuvre réalisée par Botticelli. Il semble assister, passif, au Mystère auquel il n'est pas invité.

+ © Collection Dagli Orti/Aurimages

+ © Collection Dagli Orti/Aurimages

LA NATIVITÉ À partir du XIVe siècle, avec l’évolution significative de la représentation de la Nativité, Joseph bénéficie d’un véritable coup de pouce. La Vierge Marie, qui était davantage représentée allongée sur son lit, est désormais en adoration devant son Enfant ce qui favorise la place de Joseph en tant que père. On le rencontre alors, parfois, agenouillé près de la Vierge. Chez Hugo van der Goes, saint Joseph est encore à l'écart mais déjà plus impliqué par sa position d'adoration. 

 + © Collection Dagli Orti/Aurimages

+ © Collection Dagli Orti/Aurimages

LA FUITE EN ÉGYPTE Dans la fuite en Égypte, Joseph a toujours tenu un rôle secondaire. La Vierge y est souvent représentée au centre, tenant dans ses bras l'Enfant-Jésus. Joseph, lui, est relégué au second plan, il tient l'âne qui les conduit. Chez Nicolas Poussin, le décalage est flagrant par la position des protagonistes mais aussi par les jeux de lumière. Alors que le duo Mère/Fils est en pleine lumière, Joseph, lui, est dans l'ombre. Il accomplit la volonté de Dieu symbolisé par l'ange.

© Alfredo Dagli Orti

© Alfredo Dagli Orti

LE REPOS PENDANT LA FUITE EN ÉGYPTE La scène du repos pendant la fuite en Égypte fait partie de ces petites scènes secondaires, mais ô combien charmantes, qui donnent à voir la relation intime qui lie la Vierge à son Fils. Tandis qu'elle l'allaite ou le berce pour l'endormir, Joseph est souvent affairé à des occupations terrestres comme la recherche de nourriture. Ici, on l'aperçoit à gauche ; il se dirige vers la Vierge et l'Enfant, un petit pot à la main. On le représente parfois assis près d'eux, spectateur de la relation entre la mère et l'Enfant, ou bien profondément endormi. 

 + © Alfredo Dagli Orti

+ © Alfredo Dagli Orti

LA SAINTE FAMILLE Durant toute sa carrière, Murillo s'efforça d'humaniser le divin comme dans la Sainte Famille au petit oiseau. Loin des représentations habituelles qui mettent généralement en valeur la Vierge et l'Enfant, c'est ici Joseph qui prend la place principale. Assis au centre, il soutient, dans un geste de tendresse, l'Enfant qui joue avec un petit chien prêt à attraper l'oiseau que Jésus tient dans sa main. En arrière plan, la Vierge, occupée dans les tâches quotidiennes, regarde avec douceur la scène qui se déroule sous ses yeux.

+ © Domaine Public

+ © Domaine Public

SAINT JOSEPH CHARPENTIER Attaché au thème de la Sainte Famille et jouant, comme à son habitude, sur les effets de clair-obscur, Georges de la Tour a ici représenté l'Enfant Jésus apprenant le métier de charpentier auprès de Joseph. Le rôle de père adoptif est clairement mis en valeur dans cette scène qui laisse enfin tout la place à Joseph. L'artiste n'oublie cependant pas de souligner la dimension divine de l'Enfant en plaçant devant lui une flamme qui l'éclaire et lui donne ce visage quasi mystique.

 + © Domaine Public

+ © Domaine Public

SAINT JOSEPH AVEC L'ENFANT-JÉSUS Il est rare de voir des portraits de Joseph en tête à tête avec l'Enfant-Jésus. Les plus beaux ont été réalisés par l'artiste italien Guido Reni (1575-1642) qui en a proposé plusieurs versions. Il est désormais le père nourricier et bienveillant, celui qui assure la mission divine de Jésus et favorise son épanouissement. L’Enfant a en effet besoin d’une mère, mais aussi d’un père, pour « grandir en taille, en grâce et en sagesse sous le regard de Dieu et des hommes » (Lc 2, 52).

- © Domaine public, Tylwyth Eldar,

- © Domaine public, Tylwyth Eldar,

LA MORT DE JOSEPH Si Joseph est mentionné pour la toute dernière fois dans la Bible lors du pèlerinage familial à Jérusalem, les artistes ont eu plaisir à le représenter au moment de sa mort, entouré de Marie et Jésus pour montrer le lien indéfectible qui unissait les membres de la Sainte Famille. Jacques Stella a ainsi représenté Joseph mourant (1655), le teint livide. Des anges viellent sur les derniers instants du vieillard tandis que lui, en bon père, se penche vers son fils et semble lui donner ses dernières recommandations. 

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