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En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

Ils racontent leur abbaye (5/7) - « A Landévennec,être héritiers et bâtisseurs » (LA CROIX)

Abbaye Saint Guénolé Landévennec (29560)

Abbaye Saint Guénolé Landévennec (29560)

Entre mer et rivière, là où l'Aulne rejoint la mer, tout au fond de la rade de Brest, au milieu des palmiers et des mimosas, la vingtaine de moines de Landévennec vous invitent à "goûter" le silence comme un don de Dieu. Ils accueillent volontiers ceux qui souhaitent prier avec eux ou séjourner à l'abbaye. L'hôtellerie propose deux pavillons pour recevoir ses hôtes, et aussi le bâtiment Penity destiné à accueillir les familles et les groupes d'adultes ou de jeunes. Tous sont invités à participer à la prière de la communauté. N'hésitez pas à visiter aussi les ruines et surtout le musée de l'ancienne abbaye Le parc régional du Finistère sur lequel est située l'abbaye offre une multitude de promenades dans les landes sauvages.

 
Aujourd’hui, l’abbaye de Landévennec racontée par frère Jean-Michel Grimaud.

Aujourd’hui, l’abbaye de Landévennec racontée par frère Jean-Michel Grimaud.

« A Landévennec, être héritiers et bâtisseurs »

 

  • Recueilli par Malo Tresca, le 13/08/2021 à 06:00 - Modifié le 13/08/2021 à 08:00
Landévennec (Finistère) De notre envoyée spéciale

Landévennec (Finistère) De notre envoyée spéciale

Aujourd’hui, l’abbaye de Landévennec racontée par frère Jean-Michel Grimaud.

« La première fois que je suis venu à l’abbaye de Landévennec, c’était en 1982, avec un groupe d’étudiants de Nantes, où je suivais un cursus pour devenir ingénieur. C’était alors la première fois que je vivais untriduum pascaldans un monastère. À l’époque, le temps était gris, je me souviens m’être dit : « Vraiment, je ne vivrai jamais dans un lieu pareil ! » Mais un frère hôtelier cherchait à ce moment-là des jeunes pour venir l’aider à l’accueil l’été suivant, et cela m’a poussé à revenir quelques mois plus tard.

Là, j’ai vu l’abbaye sous le soleil, et j’ai été saisi par la beauté du lieu. C’est aussi à cette occasion que j’ai vraiment découvert l’esprit du monastère, la manière de vivre, dans l’hospitalité et la fraternité, avec des frères… Après deux années de coopération au Cameroun, j’ai trouvé un travail comme ingénieur en France. Je portais en moi une question vocationnelle, mais ce n’était pas mûr : j’ai même d’abord résisté à l’idée d’entrer dans la vie monastique, j’avais peur de faire confiance.

Et en même temps, je sentais que choisir la vie, c’était oser faire ce pas-là… Je suis entré ici en 1990, et j’ai fait ma profession monastique en juin 1996, peu après l’annonce de l’enlèvement et de la mort des moines de Tibhirine, en Algérie. Leur choix de ne pas quitter un pays devenu dangereux m’a aidé à saisir le sens profond de la stabilité monastique, qui signifie aussi choisir de vivre en communion et en fraternité avec la communauté humaine au sein de laquelle le monastère se trouve implanté. En 2017, le jour de mes 47 ans, j’ai été élu père abbé. Dans ces moments-là, on est touché par la confiance des frères, et en même temps on se sent tout petit.

Pour la plupart, les décisions sont prises collégialement, avec des instances de discernement, l’abbé n’est pas le chef. Et la vie monastique est relativement simple. Je crois que nous sommes peut-être invités à habiter le quotidien comme l’espace et le lieu où le Seigneur nous rejoint. Dès ses tout premiers mots, la Règle de saint Benoît nous dit « Écoute, mon fils, et incline l’oreille de ton cœur » : c’est un appel à s’ouvrir à autre que soi. Alors qu’on imagine facilement le moine comme quelqu’un fuyant le monde, Benoît nous le présente plutôt comme un disciple qui se met à l’écart non pour s’isoler, mais pour mieux écouter, rencontrer le Christ !

Au chapitre 72 de la Règle, il y a ce très beau passage qui se termine ainsi : « Ils ne préféreront absolument rien au Christ, et qu’Il nous conduise tous ensemble à la vie éternelle. » Ce « tous ensemble », c’est la communauté : il faut veiller à ne laisser personne sur le bord du chemin. Aujourd’hui, nous avons cinq frères à l’infirmerie, qui ont besoin de soins. C’est une importante réalité dans notre vie communautaire. Tout le monde met du sien, les frères aident les plus anciens, il y a aussi un va-et-vient avec le personnel soignant, qui afflue quotidiennement… La vie monastique n’est pas une vie refermée sur elle-même !

Ici, à Landévennec, nous sommes vingt frères, avec la chance d’en accueillir trois, depuis plus d’un an, venus de notre congrégation au Vietnam. Cette présence-là, heureuse, nous ouvre aussi à l’internationalité dans la parole… et dans la cuisine au monastère ! Nous avons aussi un lien très fort avec Haïti, pays parmi les plus pauvres de la planète et en proie à de multiples crises, où deux de nos frères sont – avec trois autres frères haïtiens – au monastère du Morne Saint-Benoît, maison dépendant de l’abbaye Saint-Guénolé de Landévennec.

Outre le soin de nos frères plus âgés, les activités liées à la librairie et à l’hôtellerie pour l’accueil des retraitants, l’entretien de la propriété et les offices liturgiques qui ­rythment nos journées, nous fabriquons divers produits artisanaux, vendus dans les boutiques des environs : pâtes de fruit, caramels au beurre salé, jus de pomme… Nous sommes vraiment en lien avec le terroir, l’Église – le diocèse de Quimper-et-Léon – et la population locale. Pour Landévennec, c’est même une marque de fabrique : quand les moines sont revenus sur le site, à la fin des années 1950 (lire les repères), les chrétiens de Bretagne ont aidé, dans un bel élan, au financement pour reconstruire le monastère.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans une terre de chrétienté, la pratique a beaucoup diminué, mais il y a encore des attaches, et une piété populaire qui se manifeste à certaines occasions et dont il ne faut pas, je crois, sous-estimer la valeur. Chaque 1er-Mai – hors période de Covid –, près d’un millier de personnes viennent par exemple traditionnellement ici pour le Pardon de saint Guénolé, fondateur du lieu à la fin du Ve siècle. Nous faisons alors une procession avec ses reliques, jusqu’aux vestiges, un peu plus bas, de l’ancienne abbaye – où l’on peut encore voir l’emplacement de son tombeau –, et chantons des chants bretons.

Le récit de la vie de notre saint patron nous indique qu’après s’être d’abord installé, avec ses frères, dans l’environnement plus hostile de l’île de Tibidy – au fond de la rade de Brest, juste en face de l’abbaye –, celui-ci aurait traversé le bras de mer à pied sec, après avoir frappé les eaux de son bâton. Cela rappelle la traversée de la mer Rouge, et désigne ainsi Landévennec comme une terre promise, un nouvel Éden.

Le site sur lequel nous sommes, sur la presqu’île de Crozon au bord de l’Aulne, est en effet magnifique, entre ciel et mer, au milieu de la verdure. Il me plaît de penser qu’au fil des siècles de vie monastique, et de passage de pèlerins – on en parle déjà dans un texte du Xe siècle –, nombreux sont ceux qui ont loué le Créateur en s’émerveillant de ce cadre.

Dans la tradition monastique, l’amour du lieu est un élément important de l’enracinement des moines ! Quand saint Benoît dit du monastère qu’il est la « maison de Dieu », cela soulève cet aspect important que nous ne sommes pas propriétaires de cet endroit qui nous est confié. Cela résonne d’ailleurs très fortement à l’heure de Laudato si’, de la fragilisation et de la dégradation de la nature… Avec la communauté, nous sommes seulement les intendants du lieu, veillant à ouvrir nos portes à ceux qui recherchent le silence, la fraternité, la paix intérieure.

Depuis sa fondation, l’abbaye n’a pas été épargnée par les turpitudes de l’histoire. Pillage et incendie commis par les Vikings en 913, dissolution de la communauté en 1792 dans le sillage de la Révolution française… Il y a eu des hauts et des bas mais, quelque part, cette longue histoire est pour moi le signe de la fidélité de Dieu, puisque nous continuons d’y vivre la vie monastique. En 1985, alors que je n’étais pas encore arrivé ici, le monastère a fêté son quinzième centenaire, en retenant à l’époque le thème « Héritiers et bâtisseurs ». Je trouve la formule toujours particulièrement juste parce que, certes, nous avons reçu de ceux qui nous ont précédé une histoire, tout un art de vivre, et en même temps, il incombe à chaque génération d’apporter une nouveauté en répondant aux questions et aux défis de son temps. Il ne faut pas se réfugier avec nostalgie dans le passé, mais bien l’intégrer dans ce que nous vivons aujourd’hui !

Même si l’avenir du monastère peut nous préoccuper, avec cette question du renouvellement de la communauté, je crois qu’il faut continuer à faire en sorte que tout ce que nous mettons en œuvre au jour le jour, dans le souci de la mesure si cher à saint Benoît, soit le signe que la Résurrection vient toucher nos existences. Il y a tant de belles choses qui se vivent là : quand des gens, parfois éloignés de la foi mais en quête de sens à donner à leur existence, vivent par exemple ici une expérience spirituelle, cela dilate un peu les cœurs ».

Saint Guénolé - Fondateur de l'abbaye de Landévennec (✝ 504)

Saint Guénolé - Fondateur de l'abbaye de Landévennec (✝ 504)

Ruines de l'ancienne abbaye.

Ruines de l'ancienne abbaye.

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