Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

Martyrs, l’Église au risque d’une instrumentalisation politique ( LA CROIX )

Pèlerinage annuel de l’île Madame (Charente-Maritime), en août 2020.

Pèlerinage annuel de l’île Madame (Charente-Maritime), en août 2020.

Martyrs, l’Église au risque d’une instrumentalisation politique Abonnés

Analyse

L’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, préside jeudi 26 août le pèlerinage de l’île Madame, qui commémore le martyre de prêtres morts pendant la Révolution. Entre reconnaissance du martyre et prise en compte du contexte historique sensible, l’Église cherche à mettre en avant la fidélité dans la foi de ces figures.

Par Matthieu Lasserre et Loup Besmond de Senneville (à Rome), le 26/08/2021 à 09:1, Modifié le 26/08/2021 à 17:22

Pour l’Église catholique, le sujet est sensible. Comment évoquer les figures des martyrs « politiques », sachant qu’ils ne suscitent pas toujours l’unanimité, au sein de l’opinion des pays concernés comme parmi les catholiques ? Comment trouver le bon dosage entre la commémoration des martyrs assassinés lors de périodes de troubles et la pédagogie nécessaire pour se mettre à bonne distance des idéologies auxquelles ils étaient associés volontairement ou non ?

→ VIDÉO. Qu’est-ce qu’un martyr pour les chrétiens ?

« Nous examinons toujours le contexte politique dans lequel la personne a vécu. Il s’agit de voir comment elle s’est positionnée, mais l’Église canonise les personnes, jamais leurs opinions politiques », explique Mgr Bernard Ardura, président du Comité pontifical des sciences historiques. C’est ce travail des historiens désignés par le Vatican qui permet ensuite à la Congrégation des causes des saints d’évaluer le dossier. « Le travail des historiens ne consiste pas, en revanche, à prévenir d’éventuelles polémiques possibles. »

« Il n’y a pas de visée politique derrière les commémorations »

Des tensions surgissent pourtant fréquemment autour de ces hommes et femmes mortes en raison de leur foi, en particulier en France où l’héritage des périodes de conflits civils divise encore la société. La participation de l’archevêque de Paris, ce jeudi 26 août, au pèlerinage de l’île Madame qui honore la mémoire de 500 prêtres morts pour s’être opposés à la réorganisation du clergé voulue par les révolutionnaires en 1790 a ainsi provoqué quelques réactions sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à accuser Mgr Michel Aupetit de « trahir les principes républicains ».

Le 29 mai, l’organisation puis l’attaque d’une procession catholique commémorant les martyrs de la Commune, il y a 150 ans, ont déjà fait l’objet de très vives polémiques, y compris parmi les catholiques.

→ TRIBUNE. « La marche des martyrs, une aberration spirituelle et politique »

Ces deux épisodes illustrent les difficultés qu’éprouve le clergé français à fédérer autour de ces figures martyres en raison de leur foi. « Il n’y a pas de visée politique derrière les commémorations des martyrs de la Révolution ou de la Commune, affirme Martin Dumont, historien du catholicisme à l’université Paris-Sorbonne. C’est une affaire spirituelle : l’Église veut donner aux catholiques un exemple de foi et célébrer la fidélité des martyrs au siège de Pierre, sans servir des opinions contre-révolutionnaires. »

D’où naissent alors les incompréhensions ? « On a l’impression que l’Église a parfois la tentation de passer sous silence certains aspects de l’histoire des martyrs béatifiés et des saints, alors que toute leur vie n’a pas été reluisante. Il faudrait l’assumer, et redire la primauté du spirituel », regrette Martin Dumont.

Retarder les canonisations pour apaiser les tensions

Le danger d’utiliser ces figures pour exprimer des positions politiques est d’autant plus grand lorsqu’il est question de périodes récentes. « Le rapport mémoriel de l’Église de France aux périodes révolutionnaires reste compliqué et la réconciliation entre l’institution et la République n’est pas si lointaine », estime Charles Mercier, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Bordeaux. L’historien souligne toutefois l’unité du clergé français pour empêcher toute récupération politique.

Pour atténuer les polémiques, le Vatican peut également retarder la canonisation d’une figure jugée controversée. « De manière générale, si l’héroïcité des vertus est établie (ou le fait du martyre), la question d’une implication politique est considérée sous l’angle du contexte actuel : c’est une question d’opportunité, ajoute ainsi le jésuite Robert Godding, hagiographe et membre de la Société des bollandistes. Un martyre peut être éclatant mais sa reconnaissance et proclamation solennelle peuvent se révéler inopportunes dans le contexte politique actuel, et dans ce cas l’Église attendra… »

C’est par exemple le cas des martyrs de la guerre civile espagnole. En tout, l’Église a reconnu près de 2 000 prêtres, laïcs ou religieuses comme des bienheureux ou des saints. 127 nouveaux martyrs seront d’ailleurs béatifiés le 16 octobre prochain en la cathédrale de Cordoue. « Pendant longtemps, c’est-à-dire jusqu’à la fin du pontificat de Paul VI, ces causes ont été “gelées” parce que l’on estimait une canonisation inopportune, ou trop sensible dans le contexte politique du temps, ajoute le père Godding. Il va de soi que, sous le régime franquiste, il n’eût pas été raisonnable de procéder à ces canonisations. Sous Jean-Paul II, on a estimé que la situation était suffisamment décantée. »

--------------------

Le martyre des prêtres de l’île Madame

1790. Vote de la Constitution civile du clergé, qui réorganise l’Église de France en écartant le pape de la nomination des évêques. Les prêtres refusant de jurer fidélité sont déportés.

1794. 800 prêtres réfractaires de l’Ouest sont arrêtés et embarqués pour la Guyane ou l’Afrique mais les bateaux ne quittent jamais la rade de Rochefort (Charente-Maritime), et plus de 500 prêtres périssent dans les cales du scorbut ou du typhus.

1995. Jean-Paul II reconnaît leur martyre en béatifiant 64 religieux. Depuis 1910, un pèlerinage se tient au mois d’août sur l’île Madame, à l’entrée de l’estuaire de la Charente, pour commémorer ces figures de la fidélité au successeur de Pierre.

Le mot martyr vient du grec martys et signfie « témoin ». Littéralement, le martyros est celui qui rend témoignage de sa foi en Dieu.

C’est dans l’Apocalypse, le dernier livre de la Bible, que le mot commence à désigner ceux qui ont témoigné jusqu’au don de leur vie.

Chez les chrétiens, Jésus-Christ est considéré comme le premier martyr.

Depuis l’époque de l’Empire romain jusqu’à nos jours, les martyrs sont ceux qui acceptent d’annoncer son message au péril de leur vie, dans le cadre de persécutions en « haine de la foi ».

Leurs reliques sont souvent placées dans les autels des églises où est célébrée la messe.

L’Église refuse tout amalgame du martyre avec un suicide, commis par un fanatique, en vue d’une récompense dans l’au-delà.

« Aujourd’hui, les martyrs chrétiens sont plus nombreux qu’aux premiers temps de l’Église », a rappelé le pape François en faisant référence aux nombreuses persécutions au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie.

 

Nous sommes catholiques, et c’est en tant que tels que nous nous adressons au clergé organisateur de la « marche des martyrs de la Commune ». Nous pensons que cet événement était une aberration spirituelle et politique, affirmation qui ne justifie en rien les violences que vous avez subies samedi dernier, et qui nous attristent. Cette violence suscitée par la marche ne doit pas pour autant sanctuariser l’événement et empêcher d’en questionner la raison d’être.

→ À LIRE. Attaque d’une procession à Paris : ce que l’on sait

En imaginant qu’il était possible de ne proposer qu’une démarche spirituelle autour des religieux assassinés, vous avez fait une double erreur. Celle de croire que cet événement ne peut être lu qu’à travers une grille de lecture religieuse opposant la foi des otages assassinés à l’athéisme des communards ; celle de penser qu’il est possible de dissocier le spirituel du temporel, de témoigner de l’amour de Dieu sans lutter et prier pour la justice.

Guerre civile et guerre de classes

Les otages de la Commune ont été assassinés non pas en raison de leur foi chrétienne, mais en raison de leur affiliation supposée aux ennemis de la Commune. Cela ne légitime évidemment pas leur assassinat mais le remet en perspective. Le contexte était celui d’une guerre civile et d’une guerre de classes. La répression féroce des communards, que l’Église institutionnelle laissa faire, a suscité une triste dynamique consistant à faire de certains religieux des boucs émissaires.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article