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En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

Écologie : vous avez dit intégrale ? (Aleteia)

© Bildagentur Zoonar GmbH - Shutterstock

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TRIBUNES

Écologie : vous avez dit intégrale ?

Tugdual Derville - Publié le 30/09/21

Certains courants écologistes veulent faire de l’écologie intégrale sans sa dimension anthropologique et morale.

Telle n’est pas l’approche de « Laudato si’ », dont la cohérence, analyse Tugdual Derville, peut favoriser les rapprochements.

Un bras de fer s’est engagé en France autour du mot « intégral », comme qualificatif donné à l’écologie. L’expression « écologie intégrale », popularisée en 2015 par le pape François dans son encyclique Laudato si’, a une portée comparable à celle du « développement humain intégral » promu par l’Église depuis Paul VI. Le développement comme l’écologie doivent être cohérents, complets, globaux, et inclure « tout l’homme et tous les hommes ». Le pape François propose une approche similaire avec sa « bioéthique globale » (qu’il relie d’ailleurs à l’écologie intégrale) : ne se contentant pas de lutter contre les atteintes à la vie humaine à ses stades vulnérables et ultimes, cette bioéthique élargie travaille aussi aux conditions d’une vie digne : lutte contre la mortalité maternelle et infantile, accès au logement, à l’eau etc.. Puisque « tout est lié », l’écologie intégrale est donc inséparablement environnementale, sociale, humaine et spirituelle. 

Une écologie sans morale

À ce titre, l’accueil chaleureux de Laudato si’, en France, par les milieux écologistes a pu se faire sur un malentendu. L’aspect spirituel n’a pas posé problème : pour nombre de leaders écologistes non-chrétiens, la foi — contenue dans l’espace privé — peut être une alliée. Précieuse source de motivation dans le catastrophisme ambiant, l’espérance qu’elle induit insuffle dans le débat un « supplément d’âme ». 

Le point de distorsion entre le pape et nombre de leaders écologistes tient à l’inclusion constante de la bioéthique et des questions qu’on nomme désormais « sociétales » dans son écologie intégrale. Que Laudato si’ ait intégré des sujets aussi sensibles que le respect de l’embryon humain ou l’accueil de son propre corps sexué, beaucoup ont préféré ne pas le voir, pour ne pas avoir à le contester. Mais à partir du moment où des responsables politiques français étiquetés écologistes ont voulu se réclamer de l’écologie intégrale, la controverse ne pouvait qu’éclater. Selon eux, le qualificatif intégral doit combiner questions environnementales et sociales, mais écarter les sujets anthropologiques et moraux. Une enquête de La Vie publiée le 17 septembre vient de relancer le débat. Intitulée « Doit-on en finir avec l’écologie intégrale ? », elle rapporte les propos du philosophe écologiste Dominique Bourg. Il assume : « La réintégration dans l’encyclique de l’enseignement de l’écologie humaine ne nous intéresse pas. » Selon lui, « se servir d’une certaine idée de la nature pour fonder des mœurs comme naturelles par rapport à d’autres qui ne le seraient pas est étranger à la pensée écologique ». Il revendique même, à propos du débat sur la PMA, l’exclusion de toute référence « à une quelconque morale ».

Divergence et cohérence

L’approche du pape François est pourtant tout autre puisqu’elle inclut dans son écologie intégrale, les exigences éthiques déduites de la « structure naturelle et morale dont [l’homme] est doté » (LS, n. 115) : les questions bioéthiques et « sociétales » (liées à la famille, au corps, au statut de la vie) sont éclairées par notre aptitude à discerner le bien et le mal.

Une fois honnêtement posé le différend, se pose la question de l’attitude des fidèles catholiques militant pour la « conversion écologique ». Certains affichent une opposition de fond avec les enseignements constants du pape François et de ses prédécesseurs sur les questions bioéthiques et « sociétales ». D’autres préfèrent mettre en avant une divergence tactique : il vaudrait mieux occulter toute référence à la bioéthique quand on parle d’écologie, pour ne pas se laisser distraire de l’urgence climatique. À les entendre, le risque d’une disparition de toute l’humanité rend secondaires les débats bioéthiques, d’autant qu’ils marginalisent les chrétiens. Mais alors, pourquoi y intégrer les problèmes sociaux, dont la résolution nécessite par ailleurs une anthropologie ajustée ? D’autres enfin verront au contraire dans l’appel à la cohérence de François une incitation au rapprochement de sensibilités différentes, toutes prêtes à travailler ensemble à une conversion vraiment intégrale, afin d’ouvrir à l’humanité de nouveaux chemins. 

Lire aussi :

Écologie intégrale : et si c’était possible ?

  Mayeul Jamin

Mayeul Jamin

DÉCRYPTAGE

Écologie intégrale : et si c’était possible ?

Marc Eynaud - Publié le 17/04/17

Cette question, Mayeul Jamin a décidé de tenter d’y répondre en s'y confrontant pour de vrai. Fasciné par la question écologique, converti à l’idée d’une écologie intégrale, il arpente depuis plusieurs mois les chemins de France pour donner à la théorie une existence pratique. Rencontre.

Aleteia : Comment as-tu été amené à t’interroger sur la question écologique ?

Mayeul Jamin :

C’est d’abord grâce à l’un de mes frères aînés. Interpellé par les enjeux écologiques et la justice sociale, on lui doit des discussions familiales enflammées sur le sujet et progressivement ces enjeux ont pris davantage de place dans ma réflexion. Et puis est arrivée la Manif pour tous. Pendant les débats, un concept est venu petit à petit s’imposer, celui de l’écologie humaine, puis de l’écologie intégrale et cette idée magnifique de ne pas voir l’écologie comme une opposition entre la nature et l’homme mais bien de la nature crée par Dieu pour l’homme qui aurait en retour le devoir de la préserver.

Après les manifs, ayant terminé mes études d’ébénisterie, je suis parti six mois dans l’Aude chez un charpentier-paysan pour découvrir une autre façon de travailler. Une expérience qui m’aura été profitable puisque j’y ai découvert une véritable orientation de vie. Après cette expérience, j’ai travaillé pour une entreprise de restauration de fenêtres anciennes pendant 18 mois en région parisienne.

Puis tu as tout quitté ?

La fenêtre, on en fait vite le tour… Et puis j’ai eu besoin de voir ailleurs. J’ai quitté l’entreprise en mai 2016 pour préparer ce tour de France qui me trottait dans la tête depuis deux ans. Et à la fin du mois de juin, je suis parti.

Concrètement, quelle était ton idée ?

Je t’avoue qu’elle était assez vague au départ. Je suis parti avec une ou deux adresses un peu à l’inconnu. Mais l’objectif était vraiment de démontrer que tout ce qu’on peut entendre depuis des années sur la permaculture, l’agriculture bio et la non-utilisation des pesticides était finalement faisable. En d’autres termes, je voulais montrer que la théorie est praticable et qu’un autre mode de vie est possible.

Tu as donc ouvert un blog pour raconter tout ça…
Oui, mais il a largement dépassé son objectif initial. Au début, c’était surtout adressé à ma famille et mes amis, pour qu’ils puissent vivre avec moi cette aventure. Et puis, au fur et à mesure de mes rencontres et de l’avancée de ma réflexion, je me suis rendu compte qu’il pouvait toucher un public beaucoup plus large. Je m’en sers aujourd’hui pour publier des entretiens avec les personnes que je rencontre.

N’as-tu pas peur de passer pour une sorte d’idéaliste ? Après Mai 68, il y a eu une volonté de retour à la terre dont l’expérience a tourné court pour un grand nombre d’amateurs. N’y a-t-il pas une vision utopique du métier de paysan ?
Tu l’as dit, le métier est très dur au sens physique. C’est l’un des enjeux de ma démarche : se rendre compte de la réalité de ces métiers. Mais on peut garder un idéal sans devenir utopiste : pour cela je me suis efforcé de montrer la réalité du quotidien de ces acteurs. Cela implique de parler de ce qu’ils vivent, de leurs joies mais aussi de leurs difficultés. J’essaie dans la mesure du possible de passer quelques jours en leur compagnie et de travailler avec eux, de partager leur quotidien.

Plus largement, tu es catholique, militant écologiste et, on peut le dire, zadiste. N’y vois-tu pas une contradiction ?
Il faut tout simplement lire l’encyclique du pape François sur l’écologie intégrale, Laudato Si’. Cela illustre parfaitement le paradoxe en question. Cette contradiction apparente est le résultat d’un abandon progressif des chrétiens des grands enjeux sociaux et environnementaux. Pour moi, les catholiques ont oublié qu’ils sont censés être les premiers écologistes et c’est cet oubli qui a donné à la gauche le monopole du sujet. Personne ne devrait se dire « catholique et écologiste », la véritable formule est « catholique donc écologiste ». En plaidant pour une écologie intégrale je pense au contraire que ma démarche est totalement cohérente.

Cohérent jusqu’à la ZAD ?
Je ne pense pas pouvoir réellement me considérer comme zadiste… Je me suis rendu deux fois à Notre-Dame des Landes et j’ai pu discuter longuement avec les participants. Il faut dire que la croix que je portais et l’autocollant du Pèlerinage de chrétienté sur ma voiture ont largement interpellé. Mais au-delà de nos désaccords éthiques profonds, ils vivent très mal l’incohérence entre le discours et les actes des cathos sur les questions écologiques. Je pense qu’il y a un pont à construire entre les militants écolos et les cathos. Au fond, nous plaidons tous pour que l’homme respecte davantage la nature, qui englobe l’environnement.

Quelles contradictions vois-tu dans le combat écologique politique ?
La plupart voient le combat écologique comme un combat de la nature contre l’homme. Comme si ces deux entités étaient opposables. Leur deuxième contradiction est celle-ci : ils placent la liberté humaine au-dessus de tout. Ils se réclament écologistes mais défendent tous les « progrès sociétaux ».

Et pour ceux qui voudraient suivre tes aventures, où peuvent-ils te trouver ?
Tout d’abord sur mon site. Sinon, je viens d’intégrer l’équipe de la revue Limite et un livre devrait paraître d’ici quelques mois…

Propos recueillis par Mark Esnault.

 

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