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En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

Le pardon, espace inviolable, et articles suivants sur le secret de la confession [Aleteia]

P.RAZZO/CIRIC

P.RAZZO/CIRIC

TRIBUNES

Le pardon, espace inviolable

Xavier Patier - Publié le 18/10/21

La « querelle » du secret de la confession entre le ministre de l’Intérieur et le président de la Conférence des évêques de France « ébahit » notre chroniqueur. Même si les deux hommes ont calmé le jeu, Xavier Patier estime que le sanctuaire du pardon doit rester inviolable.

Que les propos de Mgr de Moulins-Beaufort sur le secret de la confession aient surpris les médias, c’est cela qui est surprenant. Le journal Libération, laïque successeur de l’esprit chagrin de Port Royal, s’offusque ainsi des propos de l’archevêque de Reims. Il s’émeut dans son titre principal, du « dangereux calcul du chef des évêques », accusé de défendre le secret de la confession. Comme s’il y avait calcul, et comme si un danger quelconque venait de l’épiscopat ! Comment craindre les calculs d’un épiscopat souffrant, déconsidéré et démuni, qui assume comme il peut les scandales dont le rapport Sauvé a donné les détails ? Nous voyons bien que nos évêques n’en sont plus à calculer. Ils disent chacun à sa manière, au milieu de la tempête : « Sauve-nous Seigneur, nous périssons. »

Temporel et spirituel

Je croyais que, depuis 1905, l’Église et l’État étaient séparés en France. J’ai été, comme tout le monde, interloqué de voir qu’un ministre de l’Intérieur “convoquait” le président de la conférence des évêques comme un simple chef de bureau, et que ce dernier, comme au temps du Concordat, n’avait d’autre issue que de s’exécuter.

Je croyais qu’il existait deux ordres, le temporel et le spirituel, et qu’il était aussi vain, s’agissant de l’Église catholique, de discuter de la hiérarchie des normes entre le droit canonique et le droit séculier que de s’inquiéter du sexe des anges (lui aussi devenu incertain, il est vrai). J’ai été, comme tout le monde, ébahi de découvrir que le droit canon faisait partie de notre droit positif, à une place éminente ou non, bref à une certaine place nichée au milieu de notre arsenal juridique séculier. Ébahi de voir que le président de la Conférence des évêques se trouvait sous l’autorité hiérarchique d’un ministre, sur des sujets relevant de nos consciences.

Le dernier espace civilisé

Mais Libération n’y peut rien, c’est Mgr de Moulins-Beaufort qui a raison. Le danger n’est pas dans un supposé calcul dangereux du président des évêques, mais dans la confusion dangereuse du spirituel et du temporel, dont la séparation a fondé notre civilisation. Le droit canon de l’Église a vécu pendant des siècles dans des systèmes juridiques de toutes natures, sous des régimes de toutes espèces, sans avoir à s’y intégrer : car ces deux droits ne parlent pas de la même chose. Le secret absolu de la confession est indivisible de la réalité spirituelle. Il n’est pas séculier. Il est le dernier espace civilisé, dans un monde qui perd chaque jour un peu de sa civilisation.

S’il existe une civilisation chrétienne, ou plutôt s’il n’existera jamais de civilisation chrétienne au sens où les forts et les puissants l’entendent, c’est parce que le Royaume fondé par le Christ repose sur ce qui est le plus opposé au droit, le plus opposé à l’État, le plus opposé à l’ordre public, le plus opposé à l’institution judiciaire que tout ce qui se peut concevoir : le pardon. Le pardon est un espace inviolable. Il doit le rester. 

Bien sûr, il faut que les criminels se dénoncent, et il faut que chacun mette les faibles à l’abri des prédateurs. Mais s’il n’y a plus de secret de la confession, il n’y aura plus de confession du tout. Voulons-nous un monde dur, un monde impitoyable ? Renonçons au secret de la confession.

Lire aussi  (articles suivants):

Mgr de Moulins-Beaufort et Gérald Darmanin, deux lectures du secret de la confession

Une exception au secret de la confession pour les violences sexuelles ?

Sameer Al-DOUMY / AFP - Gérald Darmanin et Mgr Eric de Moulins-Beaufort, le 26 juillet 2020 à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Sameer Al-DOUMY / AFP - Gérald Darmanin et Mgr Eric de Moulins-Beaufort, le 26 juillet 2020 à Saint-Etienne-du-Rouvray.

ACTUALITÉS

Mgr de Moulins-Beaufort et Gérald Darmanin, deux lectures du secret de la confession

Agnès Pinard Legry - Publié le 12/10/21 - Mis à jour le 13/10/21

Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, et le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin se sont rencontrés ce mardi 12 octobre. À l'issue de ce rendez-vous, leurs déclarations témoignent d'une lecture différente du secret de la confession.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF), s’est entretenu ce mardi 12 octobre en début d’après-midi avec Gérald Darmanin à l’invitation de ce dernier. La polémique enflait depuis quelques jours autour du secret de la confession. Remis en cause dans les recommandations du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels commis dans l’Église (Ciase) publié le 5 octobre, il a fait l’objet de nombreuses prises de parole dans les médias.

Le président de la CEF est revenu notamment sur « la formulation maladroite de sa réponse sur France Info mercredi dernier matin ». « L’État a pour tâche d’organiser la vie sociale et de réguler l’ordre public. Pour nous chrétiens, la foi fait appel à la conscience de chacun, elle appelle à chercher le bien sans relâche, ce qui ne peut se faire sans respecter les lois de son pays », a-t-il précisé tout en demandant pardon « aux personnes victimes et à tous ceux qui ont pu être peinés ou choqués par le fait que le débat suscité par [s]es propos ».

Il ressort de cet échange qu’un travail est nécessaire pour concilier la nature de la confession et la nécessité de protéger les enfants, avance la CEF. Un travail qui est en cours, des protocoles liant 17 diocèses de France avec des parquets afin de faciliter et d’accélérer le traitement des signalements pour tout fait dénoncé ayant déjà été signés.

  • Le secret de la confession souffre cependant d’exceptions en ce qui concerne notamment les crimes commis pour des enfants de moins de 15 ans.

La lecture de ce rendez-vous semble néanmoins différente à Beauvau. S’exprimant à l’Assemblée nationale juste après avoir reçu Mgr Éric de Moulins-Beaufort, Gérald Darmanin a affirmé mardi que les prêtres ayant connaissance de « crimes » contre des « enfants de moins de 15 ans », devaient « porter » ces faits de pédo-criminalité « à la justice » et ne pas y opposer le secret de la confession.

 

Répondant à une question du député LREM Florent Boudié, il a affirmé : « Le secret de la confession est depuis quasiment 200 ans dans notre droit, connu comme un secret professionnel, au même titre que les médecins ou les avocats. Il souffre cependant d’exceptions en ce qui concerne notamment les crimes commis pour des enfants de moins de 15 ans et qu’il est évident qu’il ne peut y avoir aucune sanction contre tout religieux ou toute personne qui a connaissance de faits d’abus sexuels contre des enfants et que ceux-ci doivent le porter pour la protection des enfants à la justice de notre pays ».

Lire aussi :

Et si le rapport Sauvé nous aidait à mieux confesser ?

Antoine Mekary | ALETEIA

Antoine Mekary | ALETEIA

ACTUALITÉS

Une exception au secret de la confession pour les violences sexuelles ?

Lauriane Vofo Kana - Publié le 05/10/21 - Mis à jour le 06/10/21

Parmi les recommandations faites par la Commission indépendante sur les abus dans l'Église (Ciase), celle pour l'Église d'édicter des "directives précises aux confesseurs sur le secret de la confession qui ne peut pas permettre de déroger à l’obligation de signaler aux autorités compétentes les cas de violences sexuelles infligées à un mineur ou à une personne vulnérable."

« Il ne s’agit pas de remettre en cause le secret de la confession en tant que tel » précise d’emblée la Commission indépendante sur les abus dans l’Église (Ciase) dans son volumineux rapport publié le 5 octobre. Mais parmi ses 45 recommandations, celle sur le secret de la confession est sans doute l’une des plus concrètes « pour une prévention sans faille à l’avenir » selon ses termes. La commission recommande aux autorités de l’Église d’édicter « un message clair indiquant aux confesseurs et aux fidèles que le secret de la confession ne peut déroger à l’obligation, prévue par le code pénal […] de signaler aux autorités judiciaires et administratives les cas de violences sexuelles infligées à un mineur ou à une personne vulnérable ». Elle précise d’ailleurs que, à son sens, déroger à ce secret est « conforme […] à l’obligation de droit divin naturel de protection de la vie et de la dignité de la personne »

Un secret professionnel unique en son genre

En France, le secret de la confession relève du secret professionnel. Il ne se limite pas aux seules confidences reçues par les prêtres dans le cadre du sacrement de réconciliation, mais à toute information confidentielle reçue par les ministres du culte dans le cadre de leur ministère selon la CEF. Aujourd’hui, si un prêtre reçoit les confidences de l’auteur d’un crime ou d’un délit, il « doit tout mettre en œuvre pour que celui-ci assume ses responsabilités tant à l’égard de la victime qu’à l’égard de la société, et se confie donc à la justice ». C’est donc un pas supplémentaire que recommande la Ciase, dans cette matière exclusivement.

Lire aussi :

Abus sexuels dans l’Église : un rapport accablant

La Ciase, trois ans de travail méthodique pour un indispensable exercice de vérité

© Philippe Lissac / GODONG

© Philippe Lissac / GODONG

Comprendre une église : le confessionnal, le lieu du pardon

Sophie Roubertie - Publié le 18/10/21

Lors du sacrement de pénitence, ou sacrement de réconciliation, le fidèle vient demander le pardon de ses péchés. Un acte important qui nécessite un espace, le confessionnal, dans lequel il pourra s'exprimer librement auprès du prêtre.

Tout ce qui se dit entre le prêtre et son interlocuteur lors du sacrement de réconciliation doit rester entre eux et Dieu. Ce moment, qui nécessite une grande confidentialité, a obligé l’Église à réfléchir à l’aménagement d’espaces discrets pour permettre au fidèle de parler librement au prêtre. C’est ainsi que l’on trouve dans les églises des sortes d’isoloirs clos, que l’on appelle confessionnaux, dans lesquels se placent le prêtre et le fidèle pour échanger en toute discrétion.

Si la confession a d’abord été un acte public, réservé aux fautes les plus graves, elle devient privée vers le VIe siècle. C’est au XIIIe siècle que le concile de Latran insiste sur la nécessité d’une confession régulière, au moins annuelle, avant la communion pascale. On attribue à saint Charles Borromée la création du confessionnal en forme d’isoloir clos, après le concile de Trente, en 1545.

© Pascal Deloche – Godong

© Pascal Deloche – Godong

Le confessionnal est habituellement composé d’une loge, fermée par une porte ou un rideau, réservée au prêtre qui s’assoit à l’intérieur. Cette loge peut comporter, de part et d’autre, un compartiment muni d’un prie-Dieu sur lequel vient s’agenouiller le fidèle qui vient se confesser. Une grille sépare sépare le prêtre et le fidèle pour permettre d’assurer l’anonymat de ceux qui viennent se confier à lui. Un portillon, placé derrière la grille, peut être ouvert ou fermé par le prêtre, qui n’écoute évidemment qu’une personne à la fois. 

Suivant les usages locaux, les confessionnaux peuvent être plus ou moins ornés, mais ils sont le plus souvent en bois. Sauf lorsqu’ils sont intégrés dans l’architecture même de l’église. 

Les confessionnaux clos de moins en moins utilisés

Depuis le concile de Vatican II, les confessionnaux en forme d’isoloir sont de moins en moins utilisés même s’ils sont toujours en usage. En effet, on encourage davantage les confessions en face-à-face. Si le fidèle le souhaite, il peut ainsi simplement s’asseoir en face du prêtre pour se confesser ou s’agenouiller sur un prie-Dieu. 

Une séparation entre pénitent et confesseur peut être cependant maintenue pour préserver l’anonymat. Un simple séparation, plus légère, remplace alors les grands confessionnaux anciens. Il est en effet important que le fidèle puisse choisir sous quelle forme se déroule la confession afin qu’il reçoive le sacrement de réconciliation dans de bonnes conditions.

Les JMJ de Madrid. - P Deliss / Godong

Les JMJ de Madrid. - P Deliss / Godong

Lors des JMJ de Madrid, 200 confessionnaux blancs en forme de voile de bateau ont ainsi été installés dans un parc de la ville, modernisant résolument leur image. L’essentiel est que chacun se sente écouté et pardonné, quelle que soit la forme du confessionnal.

Lire aussi  (article suivant): Un non croyant peut-il demander le sacrement de réconciliation ?

Anneka | Shutterstock

Anneka | Shutterstock

SPIRITUALITÉ

Un non croyant peut-il demander le sacrement de réconciliation ?

Philip Kosloski - Publié le 24/04/19

Le sacrement de la réconciliation intrigue. De nombreuses personnes, pourtant non catholiques, se demandent s’il leur est possible de recevoir les mêmes grâces que les catholiques. Mais que dit l’Église à ce propos ? Une personne non-baptisée peut-elle demander à un prêtre de la confesser ?

Si de nombreuses personnes non croyantes regardent le sacrement de réconciliation d’un œil méfiant, d’autres souhaiteraient se confesser. On ne parle pas ici de catéchumènes ou de personnes qui ont entamé un chemin de foi — elles n’ont pas l’intention, du moins dans un avenir proche, de devenir catholiques. Ce qui les intéresse, au-delà des nombreuses grâces permises par le sacrement de pénitence, c’est peut-être les avantages psychologiques procurés par le fait de confesser ses péchés à quelqu’un et le soulagement qu’elles peuvent ressentir en recevant l’absolution.

Un sacrement réservé aux membres de l’Église catholique

Est-il donc permis à un non catholique d’entrer dans le confessionnal et de s’agenouiller devant un prêtre pour recevoir le sacrement de la réconciliation ? Le code de droit canonique est assez simple en ce qui concerne les sacrements de l’Église catholique. Bien que l’Église reconnaisse le baptême de la plupart des confessions chrétiennes, le sacrement de réconciliation n’est reconnu qu’au sein de l’Église catholique (la principale exception étant l’Église orthodoxe).

En d’autres termes, pour recevoir une confession licite, il faut être un membre déclaré de l’Église catholique :

« Les ministres catholiques administrent licitement les sacrements aux seuls fidèles catholiques qui, de même, les reçoivent licitement des seuls ministres catholiques. » (Can. 844 §1)

Dans certains cas, un chrétien orthodoxe peut également recevoir le sacrement de la confession, car cette branche du christianisme possède des sacrements reconnus par l’Église.

Quelques exceptions

Il existe néanmoins quelques exceptions pour les baptisés chrétiens (non catholiques).

En cas de danger de mort ou si, au jugement de l’évêque diocésain ou de la Conférence des évêques, une autre grave nécessité se fait pressante, les ministres catholiques peuvent administrer licitement ces mêmes sacrements aussi aux autres chrétiens qui n’ont pas la pleine communion avec l’Église catholique, lorsqu’ils ne peuvent pas avoir recours à un ministre de leur communauté et qu’ils le demandent de leur plein gré, pourvu qu’ils manifestent la foi catholique sur ces sacrements et qu’ils soient dûment disposés. (Can. 844 §4)

Fondamentalement, un prêtre catholique peut donc offrir l’absolution à des chrétiens non catholiques dans certains cas, tels que le danger de mort. Les chrétiens non catholiques peuvent en revanche demander à être accompagnés spirituellement par un prêtre.

La confession est un sacrement magnifique, qui peut libérer une personne du péché et la placer sur un nouveau chemin. Cependant, pour pleinement accepter ce don, il faut être correctement catéchisé et membre de l’Église catholique.

Lire aussi :
(article suivant) Pourquoi le secret de la confession est-il inviolable ?


Comment le sacrement de la confession fortifie la foi

TRIBUNES

Pourquoi le secret de la confession est-il inviolable ?

Abbé Pierre Amar - Publié le 04/03/19

 

Avis de tempête sur le secret de confession… Il y a quelques mois, par l’intermédiaire d’une commission d’enquête australienne et d’une déclaration du ministre de la Justice du royaume de Belgique, le secret du confessionnal a été brusquement remis en cause. En France, dans le cadre d’une mission d’information sur la protection des mineurs, le Sénat n’a pas manqué d’interroger les représentants de l’Église catholique. Enquête sur ce secret professionnel pas (du tout) comme les autres.

L’existence du secret de confession et son respect strict est — pour le moment — consacré par la loi (articles 226-13 et 14 du Code pénal) comme par la jurisprudence. Mais il est considéré comme un secret professionnel de plus, qui place le prêtre au même rang que le médecin ou l’avocat. Or, dans le cadre par exemple de la protection des plus fragiles ou de la prévention du suicide, des professionnels soumis au secret peuvent déjà partager des informations, en invoquant une option de conscience. Mais qu’en est-il des prêtres ? Même chez des catholiques pratiquants et convaincus, on perçoit un trouble naissant : et si le prêtre entend en confession un cas de pédophilie ? Ne peut-il pas rompre ce secret ? Et s’il peut prévenir un suicide, ne doit-il pas parler ? Toute règle a bien ses exceptions, qui la confirment et la renforcent. Ne devrait-il pas en être de même pour la confession ?

Reprenons ces questions en répondant aux six questions qui résument le mieux les objections le plus couramment entendues sur le secret de la confession :

Les prêtres parlent-ils entre eux des confessions qu’ils ont entendues ?

Non. Pas même avec leur évêque. Il peut arriver que des prêtres, manquant encore d’expérience ou soumis à une situation complexe, évoquent avec un aîné « un cas » afin d’obtenir un conseil ou un avis. Mais sans n’aucunement révéler ni le lieu, ni l’identité du pénitent, ni les circonstances qui rendraient alors la situation facilement identifiable. Au cours de la formation des futurs prêtres d’ailleurs, les professeurs de séminaire ne manquent pas d’exemples et soumettent leurs étudiants à une multitude de « cas pratiques ».

Ce secret ne doit-il pas connaître des exceptions ?

Non. Même si, à l’heure de la transparence et de la vérité chères aux sociétés démocratiques, mais aussi des cas lamentables et monstrueux de pédophilie dans l’Église, ce secret connaît une acuité nouvelle. Le soupçon pointe : par le secret de confession, des prêtres ne cacheraient-ils pas les abominations de certains de leurs confrères ? De multiples enquêtes ont en plus révélé qu’il y avait une certaine omerta dans l’Église, pratiquée au plus haut niveau.

Mais il ne faut surtout pas se leurrer : les délinquants et prédateurs sexuels qui se dénoncent eux-mêmes, au confessionnal ou ailleurs, sont quasi inexistants. La réalité est hélas tout autre. Si toutefois un pénitent confiait de tels actes, le confesseur renverrait immédiatement le coupable à sa conscience pour l’exhorter à regretter ses actes, à les assumer et à les réparer.
Comme l’écrivait récemment un curé parisien : « En fait, la confession est une rencontre qui relève d’une gratuité absolue. Il est donc fondamental que le secret soit lui aussi absolu. Paradoxalement, sans le secret, il n’y aurait pas de paroles possibles et donc pas de salut possible. Cette obligation permet une vraie liberté, une vraie confiance et de vraies avancées. La confession est le seul lieu où toute personne peut se livrer dans une vérité complète. C’est le seul lieu où la conscience individuelle est réellement respectée et où elle peut véritablement se livrer. Elle se confie pour un salut et éventuellement un pardon qui ne dispensent pas de la justice humaine. Et peuvent aussi la permettre ».

Et si une victime révèle, au cours d’une confession, l’agression qu’elle a subie, le prêtre peut-il parler ?

Non. Toujours pas. Ce sera tout « l’art » du confesseur d’écouter et, avec patience et pédagogie, d’accompagner la personne à sortir du secret par elle-même. En réalité, ce secret est une véritable chance et un trésor. Il favorise un cheminement pour l’avènement de la vérité et de la justice. S’il n’existait pas, beaucoup de victimes ne parleraient pas et s’enfermeraient dans une logique de culpabilité. Peut-être faut-il ainsi décrypter le retour progressif du confessionnal, jadis délaissé, et le droit réaffirmé du confesseur et du fidèle de pouvoir l’utiliser ? Il permet en effet une confession la plus anonyme possible.

Y a-t-il, dans l’Église, une peine pour le prêtre qui violerait directement le secret de confession ?

Oui. Et la plus lourde qui soit : l’excommunication, immédiate, sans appel et sans procès. Pour être relevé de cette peine, il faut recourir directement à Rome, auprès d’un tribunal spécial : le tribunal de la Pénitencerie apostolique. À noter : une excommunication est également prévue pour ceux qui divulgueraient le contenu d’une confession par un moyen de communication sociale ou l’enregistreraient de quelque façon que ce soit. Cette peine s’applique que la confession soit vraie ou fictive, qu’elle soit celle de la personne qui enregistre ou divulgue elle-même sa propre confession ou dont une tierce partie enregistre ou divulgue les paroles, que les paroles soient celles du pénitent, du confesseur ou des deux.

Le secret de confession est-il inviolable ?

Oui. Il n’admet aucune exception ni aucune dispense car l’Église veut protéger la sainteté du sacrement de la réconciliation, mais aussi éviter tout abus et toute pression. Il faut également noter que le prêtre est toujours tenu à ce secret avec le pénitent lui-même et quand bien même il n’aurait pas donné l’absolution, considérant par exemple que le pénitent ne regrette pas son péché, ou qu’il ne désire absolument pas le réparer ou même s’il est décédé.

Si un pénitent souhaite qu’une information confiée durant une confession soit connue, c’est à lui-même de trouver le moyen de le faire et, en aucun cas, d’impliquer son confesseur. Quoique déjà un peu ancien, le film I confesse du maître du suspense Alfred Hitchcock en est une belle illustration (La loi du silence dans son adaptation française).

La justice des hommes pourrait-elle condamner des prêtres pour cela ?

Oui, peut-être, un jour. Car l’Église ne reviendra jamais sur ce principe. Légiférer contre le secret de confession serait une atteinte à la liberté religieuse et contraire à notre foi. L’histoire de l’Église contient des cas où des prêtres l’ont payé de leur vie. Saint Jean Népomucène en est le héros le plus tragiquement célèbre : confesseur de la reine Sophie de Bavière, que son mari Wenceslas IV soupçonnait d’adultère, il refusa de révéler la teneur des confessions de sa pénitente, fut torturé à mort et jeté dans la Moldau le 20 mars 1393, à Prague.

On comprend que pour un État laïc, affirmer ainsi la prééminence de la loi de l’Église, le droit canon sur la loi des hommes suscite des crispations. Par ailleurs, la méconnaissance de ce sacrement est importante et multiplie les fantasmes. Ceux qui affirment par exemple que « chez les catholiques, tout est facile : un péché, une bonne confession et hop… tout est réglé ! » révèlent en fait tout simplement qu’ils ne se confessent jamais.

Car la confession est un tribunal d’un autre type : le tribunal de la miséricorde. Comme dans chaque sacrement, on n’y a pas rendez-vous avec le prêtre, qui est lui-même un pauvre pécheur. On y a rendez-vous avec Dieu. Et celui ou celle qui dépose le poids de son péché au confessionnal est d’abord celui qui regrette et ne veut plus rechuter. Qui assume et veut s’en sortir, y compris en prenant les moyens pour cela. Avec — et surtout — le secours de la grâce de Dieu.

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