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En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

Peut-on se passer de la loi naturelle ? [Aleteia]

Peut-on se passer de la loi naturelle ? [Aleteia]

DÉCRYPTAGE

Peut-on se passer de la loi naturelle ?

Père Florent Urfels - published on 13/11/21

L’unité du genre humain, les droits de l’homme et la dignité de la personne ne reposent pas sur des votes que d’autres votes pourraient annuler, mais sur l’objectivité de la loi naturelle que Dieu nous appelle à chercher.

Peu utilisée, souvent mal comprise, l’expression de « loi naturelle » ne fait pas partie de notre vocabulaire courant. Mais l’unité du genre humain, la dignité de la personne humaine et une éthique universelle plus que jamais requise par la mondialisation ne peuvent être fondéessans référence à cette loi naturelle, transcendant les cultures, les époques et les religions. L’expression « loi naturelle », reconnaissons-le, est non dépourvue d’ambiguïté. Pour notre mentalité scientifique et technicienne, elle évoque spontanément des lois comme la loi de gravitation ou la loi de l’évolution, c’est-à-dire des lois physiques et biologiques qui nous donnent accès à une certaine intelligence du monde matériel. Mais il est clair que ces lois naturelles, ou plutôt ces lois de la nature, ne sont pas des lois au sens moral du terme, qui seul nous intéresse ici.

« À la recherche d’une éthique universelle »

Récemment, en 2009, la Commission Théologique Internationale (un organisme romain regroupant des théologiens de différents pays) a produit un document important sur la loi naturelle. Il est symptomatique que l’expression « loi naturelle » n’apparaisse pas dans le titre (« À la recherche d’une éthique universelle »), et seulement dans le sous-titre (« Nouveau regard sur la loi naturelle »). Par cette formule, « éthique universelle », on comprend mieux les enjeux de la loi naturelle et on évite de la confondre avec les lois de la nature. Par exemple, est-ce que les droits de l’homme, si importants dans nos démocraties occidentales, concernent tous les régimes politiques et toutes les cultures ? Ou bien ne s’agit-il que de l’expression de notre particularisme, de notre histoire marquée par ces trois pôles que furent Athènes, Rome et Jérusalem ? On peut penser à d’autres thèmes qui devraient trouver une inscription dans le droit international ou national : l’égalité homme-femme, les critères de la guerre juste, l’évasion fiscale, l’euthanasie, la torture, la peine de mort, etc. Il s’agit de questions complexes, mais l’on pressent, même sans une réflexion approfondie, qu’elles mettent en jeu quelque chose qui transcende toute culture particulière, quelque chose d’universel, quelque chose qui engage l’humanité en tant que telle et pas simplement l’humanité des Français, des Anglais ou des Allemands. On pourra donc diverger sur le contenu de cette éthique universelle, mais il semble difficile de nier qu’une telle éthique existe et soit nécessaire à l’humanité. Cela reviendrait à nier que l’être humain soit, en raison de sa nature humaine, un être moral, interpellé par des exigences éthiques indépendantes de sa culture, de son époque, de sa religion, etc. Pour l’essentiel, « éthique universelle » et « loi naturelle » peuvent être prises pour équivalentes. Si la première expression est plus accessible à nos mentalités contemporaines, la seconde a une longue histoire philosophique et théologique, de sorte qu’il est difficile de s’en passer. Le tout est de bien l’expliquer.

La loi de la Cité, expression de l’humanité de l’homme

L’histoire du concept de « loi naturelle »commence dans le monde grec antique. La loi de la Cité, le nomos, est la norme fondatrice de la civilisation. Elle permet à l’homme de dépasser l’animalité pour vivre dans des sociétés rationnellement organisées. Le nomos est la loi de la cité. Cette loi est extrêmement prestigieuse car elle organise la vie sociale, publique, politique des êtres humains. Grâce au nomos, l’homme est véritablement homme. Rappelons-nous en effet la définition qu’Aristote (384-322 av. J.-C.) donne de l’homme : zoon politikon, « animal politique » (Politique I, 2). Or il n’y a pas de polis sans nomos, pas de Cité sans loi. A contrario un être sans loi, un anomos, serait réduit à un état infra-humain.

Le dilemme d’Antigone : loi écrite et loi non écrite

Est-ce à dire que tout l’être humain serait comme absorbé par le politique ? Que l’horizon de la Cité bornerait en quelque manière tous les dynamismes et questionnements de l’homme ? N’y a-t-il pas des cas de figure où une obligation morale entrerait en conflit avec la volonté du législateur humain, volonté déposée dans les lois écrites de la Cité ? C’est ce que thématise la tragédie grecque, dont les intrigues tournent souvent autour du conflit des devoirs. Ainsi, l’Antigone de Sophocle (495-406). Les deux frères d’Antigone, Étéocle et Polynice, se sont affrontés pour le pouvoir et se sont entretués. Polynice, le rebelle, est condamné à rester sans sépulture et être brûlé sur le bûcher. Mais, pour satisfaire aux devoirs de la piété envers son frère, Antigone se rebelle contre l’interdiction de sépulture portée par le roi Créon : « Je ne pense pas, lance-t-elle à son oncle, que tes décrets soient assez forts pour que, toi, mortel, tu puisses passer outre aux lois non écrites et immuables des dieux. Elles n’existent pas d’aujourd’hui, ni d’hier, mais de toujours ; personne ne sait quand elles sont apparues. » Antigone sait que l’homme doit obéir au nomos de sa Cité, mais elle a compris qu’il était en outre soumis à un nomos plus originel, une loi éternelle, immuable et non écrite, bref, une loi divine.

Les stoïciens : « Une loi vraie, conforme à la nature, constante, éternelle »

Platon (428-348 av. J.-C.) et Aristote (384-322 av. J.-C.) vont reprendre l’idée des deux lois, une loi écrite par les hommes et une loi non écrite conforme à la nature, supérieure à la première. Mais ce sont les stoïciens qui réfléchiront le plus à la loi naturelle, étroitement liée à la raison. Selon cette école philosophique, le bonheur passe par l’accord entre la nature et la raison. Quelle raison ? Celle qui est présente à la fois dans le monde de la nature (phusis en grec) et dans l’âme de l’homme. Pour les stoïciens, en effet, la phusis n’est pas un agrégat matériel statique et irrationnel. La phusis est le mouvement même de l’être selon une raison quasi-divine, appelée logos. Imprimant son dynamisme à la nature prise comme un tout, le logos indique infailliblement à l’homme la direction qu’il doit donner à son agir, au point que les stoïciens utilisent nomos et logos presque comme des synonymes. On peut dire que le nomos naturel représente la gouvernance du monde par les dieux, c’est-à-dire la providence divine. Se révolter contre cette loi serait vain, irrationnel et en fin de compte contraire à la parenté que l’homme entretient avec la divinité. Cicéron (106-43 av. J.-C.) dira ainsi de la loi naturelle : « Elle sera comme dieu, un et universel, maître et chef de toutes choses ; […] qui ne lui obéira pas se fuira lui-même, et, n’ayant pas tenu compte de la nature de l’homme, il s’infligera par cela même les peines les plus grandes. »

L’Ancien Testament se réfère surtout à la loi de Moïse

Dans l’Ancien Testament, la loi aussi a un prestige immense puisqu’il s’agit de la loi de Moïse, le contrat de l’Alliance que Dieu a conclue avec Israël. Si Israël respecte cette loi, alors Dieu sera fidèle à l’Alliance et Israël possédera sa terre avec tous les bienfaits que Dieu lui a promis. Sinon, l’Alliance sera rompue et Israël, rejeté par Dieu, connaîtra l’épreuve de l’exil, ce qui arrivera notamment en 587 av. J.-C. avec l’exil à Babylone.

Comme chez les stoïciens, la loi est une médiation permettant à l’homme de connaître et de mettre en œuvre la volonté divine. Mais il y a deux différences importantes. D’une part, le Dieu d’Israël n’est pas le logos des Grecs, immanent au monde naturel (panthéisme). C’est le Dieu Créateur de toutes choses, infiniment au-dessus de sa création et à côté duquel les dieux des païens s’évanouissent comme de la buée. D’autre part, la loi n’a pas été donnée à toute l’humanité, mais au seul peuple hébreu, comme signe de l’amour de prédilection de Dieu pour Israël. Ces deux différences expliquent que l’Ancien Testament ne parle pas explicitement de la loi naturelle. Cependant la méditation qu’il mène sur la sagesse, « enfantée avant que le monde ne soit » (Prov 8, 25), n’est pas sans évoquer le logos stoïcien et elle prépare les grandes affirmations du Nouveau Testament sur le Christ, incarnation du logos de Dieu (cf. Jn 1, 1-14).

Pour saint Paul, la loi de la conscience

Saint Paul fera une claire allusion à la loi naturelle dans l’Épître aux Romains. Son but est alors de niveler le statut des juifs et des païens devant Dieu pour montrer que Jésus-Christ est le sauveur de tous les hommes, non seulement des païens qui n’ont pas la loi de Moïse, mais encore des juifs. Paul affirme d’abord la possibilité d’une connaissance naturelle de Dieu, en dehors de la Révélation faite à Israël : « Ce que l’on peut connaître de Dieu est pour eux (les païens) manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité » (Rm 1, 19-20). Malheureusement, la connaissance naturelle de Dieu a été pervertie par la méchanceté des hommes, de sorte que Dieu a dû donner une loi à Israël pour lutter contre l’idolâtrie. Mais même les païens ont gardé, à l’intime de leur conscience, une loi exprimant la volonté de Dieu. « Ces hommes, ajoute Paul, sans posséder de loi, se tiennent à eux-mêmes lieu de loi. Ils montrent ainsi que la façon d’agir prescrite par la loi est inscrite dans leur cœur, et leur conscience en témoigne » (Rm 2, 14-15). Ils peuvent donc dépasser les juifs au strict plan de l’obéissance à Dieu, bien que cela ne suffise pas à les sauver car, sans le Christ, le péché sera toujours le plus fort.

Saint Thomas d’Aquin et la conception chrétienne de la loi naturelle

Les Pères de l’Église auront recours à la loi naturelle dans la suite de saint Paul et des philosophes stoïciens. Il reviendra à saint Thomas d’Aquin (1225-1274) d’en élaborer une conception proprement chrétienne. On la trouve dans son grand œuvre, la Somme de théologie : « Parmi tous les êtres, la créature raisonnable est soumise à la providence divine d’une manière plus excellente par le fait qu’elle participe elle-même de cette providence, étant elle-même providence pour elle et pour les autres. […] C’est une telle participation de la loi éternelle qui, dans la créature raisonnable, est appelée loi naturelle » (Somme théologique, Ia IIæ, Q. 91, a. 2, ad corp.)

Ce par quoi l’homme est providence

Le coup de génie de saint Thomas, c’est d’avoir compris que, par la loi naturelle, l’homme participe activement à la providence divine. Thomas se rapproche des stoïciens quand il dit que cette loi est connue de l’homme grâce à sa raison. Mais il s’en éloigne tout autant en affirmant que la loi naturelle ne s’identifie pas purement et simplement avec la loi éternelle. Elle en est une participation, reposant sur le fait que l’homme est, avec sa liberté, créé à l’image de Dieu. En observant la loi naturelle, « l’homme ne consent donc pas seulement à la providence, qui est l’ordonnancement divin de la nature et de l’histoire. Il devient providence : il a un rôle beaucoup plus actif. L’homme devient avec Dieu créateur d’histoire. L’homme a, pour la première fois, une histoire possible » (Jean-Marie Hennaux). On pourrait dire que, avec le concept thomiste de loi naturelle, l’homme transcende la nature comme cosmos pour s’affirmer en tant que nature humaine, c’est-à-dire nature libre. L’histoire humaine n’est pas la simple réduplication de l’histoire cosmique, elle a une originalité et une consistance propres.

Découvrir activement sa nature créée

Tout en mettant l’accent sur la liberté humaine, saint Thomas n’imagine certes pas que l’homme serait le créateur de la loi naturelle, qu’il pourrait lui donner tous les contenus qu’il lui plaît pourvu que cela soit librement. La conception thomiste de la loi naturelle n’est pas la création des valeurs d’un Jean-Paul Sartre ! Car si l’homme découvre activement et librement sa nature, c’est en tant qu’elle possède un contenu donné par Dieu. La nature de l’homme n’est pas une tabula rasa, sa liberté n’est pas vierge de conditionnements et de finalités. Bref, la tâche de la raison humaine éclairée par la Révélation chrétienne est de consentir activement à la passivité inhérente à sa condition de créature. Activité et passivité ne sont pas ici antagonistes, car elles ne portent pas sur le même plan. L’extrême de l’activité humaine est de se rendre passif de Dieu. Au fur et à mesure que l’homme découvre activement le contenu de la loi naturelle, il entend dans ce contenu une Parole que Dieu lui adresse en tant que créateur de sa nature, Parole qui par hypothèse a toujours déjà précédé son activité libre et consciente.

  • Plus notre engagement moral sera libre et singulier, plus nous serons dociles à l’action que Dieu exerce sur nous à travers notre nature créée. 

Cette combinaison paradoxale d’activité et de passivité s’éclaire par une comparaison musicale. Dans notre activité de sujets moraux à la recherche de la loi naturelle, nous ne sommes pas vis-à-vis de Dieu comme un marteau dans la main d’un homme plantant des clous. Nous sommes plutôt comme des instrumentistes chevronnés dirigés par un grand chef d’orchestre. Plus notre compétence musicale personnelle sera consistante, plus le chef pourra imprimer sa marque propre à l’ensemble de l’orchestre. De même, plus notre engagement moral sera libre et singulier, plus nous serons dociles à l’action que Dieu exerce sur nous à travers notre nature créée. 

Une loi naturelle historique et immuable

Ces considérations permettent de concilier deux aspects de la loi naturelle : immuable selon son origine divine, elle est historique de par sa découverte réalisée en des temps, des lieux et des cultures très divers. Ainsi, les hommes ont tous en partage la même nature humaine créée par Dieu, mais c’est au gré de nouvelles situations qu’ils comprennent mieux (ou parfois moins bien) le contenu rationnel de cette nature. Les patriarches de l’Ancien Testament, qui pratiquaient la polygamie et l’esclavage, ignoraient quelque chose de la loi naturelle, mais cette ignorance n’était pas coupable, car l’histoire a un sens et on ne peut pas « sauter par-dessus le temps ». Inversement, certaines structures de péché obscurcissent des points de la loi naturelle qui étaient auparavant admis par tous. Au plan moral, il peut donc arriver que l’humanité traverse des phases de stagnation, voire de retour en arrière, combinées à des phases de progrès dans d’autres domaines de l’existence.

Nominalisme : la raison humaine niée par le volontarisme divin

Le remarquable équilibre de la définition thomiste de la loi naturelle sera vite rompu. Dès le XIVe siècle, Guillaume d’Ockham (1285-1347), théologien anglais initiateur d’un nouveau courant de pensée appelé « nominalisme », conteste que la raison humaine participe réellement de la Providence divine. Les nominalistes, non sans une certaine grandeur religieuse, exaltent le volontarisme divin face à la petitesse de l’homme. S’impose peu à peu l’idée que la loi morale ne tire pas son contenu de la nature humaine, mais d’une décision quasi-arbitraire de Dieu. Par exemple, Dieu n’interdirait pas l’adultère pour des raisons intrinsèques à la malice de l’acte, mais parce que tel est son bon plaisir. Il aurait pu décider l’inverse, l’important étant que l’homme se soumette à la volonté divine quelle qu’elle soit. La loi morale prend ici la figure d’une hétéronomie qui sera difficilement compatible avec la modernité, lorsque l’autonomie du sujet passe à l’avant-plan.

Cartésianisme et kantisme : la loi morale devient une pure abstraction

Avec Descartes (1596-1650), la nature humaine composée de corps et d’âme tend à ne plus être saisie dans son unité concrète. Il y a d’un côté l’âme rationnelle, de l’autre le corps matériel, « la machine », qui n’a d’autre intelligibilité que celle d’une combinatoire mathématique (l’étendue). Un tel dualisme anthropologique fait que l’on est de moins en moins capable de donner un contenu à la loi naturelle à partir de l’être de l’homme, corps et âme, mais que l’on se limite aux « idées claires et distinctes », à la clarté du concept, à une pure raison abstraite.

Cette tendance est évidente avec le philosophe Emmanuel Kant (1724-1804). Kant distingue le « catégorial », qui « fait le tri » dans les connaissances a posteriori issues de notre sensibilité corporelle, et le « transcendantal »c’est-à-dire les conditions de possibilité a priori de toute connaissance. Or, à ses yeux, la morale ne doit en rien se laisser guider par le catégorial (par le corps, donc), car elle risquerait de devenir impure et intéressée. Toute la valeur et la noblesse de la moralité découleraient du transcendantal, c’est-à-dire d’une raison autarcique et abstraite, coupée du corps. De là les maximes fondamentales de la morale kantienne : « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux aussi vouloir que cette maxime devienne une loi universelle » ; « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité comme une fin, et jamais simplement comme un moyen ». Ces maximes ne sont certes pas fausses, mais en situation concrète de dilemme moral, elles ne sont guère éclairantes, car trop éloignées de notre être-au-monde corporel. Quasiment tautologique, la morale kantienne est séduisante pour le philosophe mais peu utile pour l’homme concret. Charles Péguy a bien vu le problème quand il lançait ce trait : « Le kantisme a les mains pures, mais il n’a pas de mains. » 

Relativisme : aucun absolu moral ne s’impose à l’homme

La loi naturelle a, semble-t-il, reçu le coup de grâce avec le marxisme et le relativisme postmoderne. D’une part, selon la conception marxiste de l’histoire, il n’y a pas de loi morale objective s’imposant à l’homme en raison de sa simple nature. Car le moteur de l’histoire n’est pas le bien moral, mais l’opposition dialectique des classes, dont les rapports de force se cristallisent pour un temps donné dans le droit positif. Or si le droit n’est que le reflet d’un rapport de force entre les maîtres et les esclaves, il n’est plus ouvert à la loi naturelle participant de la raison divine. D’autre part, après les grands totalitarismes du XXe siècle s’est rapidement diffusée la conviction que c’est le concept d’absolu comme tel qui serait la cause des plus grands malheurs de l’humanité. L’absolu sous toutes ses formes (religion, philosophie, science, etc.) engendrerait l’intolérance, la haine et finalement des guerres sans merci entre les hommes. Seul le relatif aurait droit de cité dans la culture contemporaine et les débats publics. Prétendre connaître ou même simplement rechercher un bien moral absolu est désormais suspect. Faisant allusion à ce relativisme ambiant, la Commission théologique internationale affirme : « Dans cette perspective, le dernier horizon du droit et de la norme morale est la loi en vigueur, qui est censée être juste par définition puisqu’elle est l’expression de la volonté du législateur » (À la recherche d’une éthique universelle, n. 7). Cette conviction partagée par nombre de nos concitoyens revient à prendre parti pour Créon contre Antigone. La loi naturelle aurait alors vécu.

Un concept révélé

L’Église ne devrait-elle pas se passer du concept de loi naturelle, puisqu’il est si peu audible par nos contemporains ? Il semble que non, pour trois raisons au moins. D’abord parce que ce concept a été assumé par la révélation biblique, en particulier par saint Paul. Du point de vue de la foi, il n’est donc guère possible de le balayer d’un revers de main sous prétexte qu’il n’a plus de sens pour nous aujourd’hui. Ensuite, si les chrétiens ne veulent pas s’enliser dans un communautarisme de mauvais aloi, ils doivent intervenir dans le débat public au nom d’une instance qui dépasse leurs convictions personnelles. Cette instance ne peut être que la raison universelle. Or, éclairer les débats éthiques par la raison, c’est chercher à élucider la loi naturelle, qu’on le veuille ou non. C’est invoquer quelque chose comme la nature humaine et donc des impératifs moraux qui ne dépendent que de cette nature humaine et qui transcendent toutes les déterminations juridiques particulières.

  • Si nous croyons réellement qu’un homme qui ne suit pas la loi naturelle abîme son corps et son âme, nous avons le devoir d’éclairer sa conscience…

Enfin, et c’est le plus important, si nous pensons que c’est vraiment le bien de la personne humaine qui est en jeu dans la loi naturelle, et pas seulement une convention sociale du vivre-ensemble, abandonner la loi naturelle serait pécher contre la charité. Si nous croyons réellement qu’un homme qui ne suit pas la loi naturelle abîme son corps et son âme, nous avons le devoir d’éclairer sa conscience, bien entendu sans jamais lui imposer par la force nos propres convictions.

La conscience, lieu où Dieu parle à l’homme

Le concile Vatican II n’a pas beaucoup utilisé l’expression de loi naturelle. Mais, dans un passage très important de la Constitution Gaudium et spes (n. 16), il en marque les enjeux métaphysiques. Métaphysiques, car la loi naturelle n’a pas seulement pour but de nous aider à organiser la vie en société. Ce n’est pas non plus une loi constituante suprême et universelle. Par ses exigences parfois crucifiantes, elle ouvre l’homme à plus grand que lui, à son bien le plus élevé, c’est-à-dire Dieu. « Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. […] C’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. »

Reconsidérer les preuves de l’existence de Dieu 

Remettre à l’honneur la loi naturelle est une nécessité pour la nouvelle évangélisation. Cela suppose de répondre à deux grands défis : reconsidérer les preuves de l’existence de Dieu et accepter que le corps soit le signe du salut. À la suite de saint Paul, le concile Vatican I a affirmé que  « Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être certainement connu par les lumières naturelles de la raison humaine, au moyen des choses créées » (Dei Filius). En règle générale, la connaissance naturelle de Dieu demeure implicite, car l’homme est peu conscient que ses dynamismes naturels le conduisent vers une fin unique, Dieu. Mais même à ce stade implicite, cette connaissance suffit pour que tous les hommes donnent un sens au mot « Dieu ». Et ce sens, même confus, partiel et embryonnaire, est décisif pour l’acte de foi. Car un Dieu qui ne se révélerait à l’homme que « par en haut », sans aucune correspondance avec ses dynamismes naturels, représenterait pour lui une aliénation totale. Un tel Dieu devrait être rejeté comme indigne de l’homme, en tout cas il ne saurait se présenter comme son Créateur. Les philosophes chrétiens peuvent donc s’engager avec audace et humilité dans l’élucidation des dynamismes naturels de l’homme pour faire passer la connaissance de Dieu « de l’implicite vécu à l’explicite connu » (Maurice Blondel). Ce faisant, ils permettront à la loi naturelle de se dégager à partir de son horizon ultime et de son enjeu existentiel le plus important : Dieu et le salut qu’il offre à l’homme.

Le corps, signe du Salut

Dans son encyclique Humanæ vitæ (n. 4, 1968), Paul VI a réaffirmé l’enseignement traditionnel de l’Église sur le caractère illicite de la contraception dans le cadre du mariage. Il a rappelé à cette occasion que « la doctrine morale du mariage est fondée sur la loi naturelle, éclairée et enrichie par la Révélation divine ». Or cette encyclique a été mal reçue par nombre de fidèles et de théologiens. Beaucoup lui reprochent de réduire la morale à une loi biologique qui ne serait pas digne de l’être humain créé libre par Dieu.

Cette contestation a révélé que les conceptions modernes de la morale, notamment inspirées du kantisme, imprégnaient profondément nos mentalités. Il nous faut consentir à une conversion spirituelle pour accepter que Dieu ne nous parle pas simplement dans les formes a priori de la raison, mais aussi et plus encore dans notre corps lorsque nous en déchiffrons les significations existentielles. Cette conversion est d’ailleurs homogène à deux des dogmes les plus importants du christianisme que sont l’Incarnation du Verbe et la Résurrection de la chair. Pour nous chrétiens, le corps est le lieu du salut. Tertullien, un Père de l’Église, disait ainsi : Caro cardo salutis (« la chair est le gond du salut »). C’est à partir du corps que nous comprenons ce que Dieu fait pour nous sauver. Le corps n’est pas ce dont il faut se sauver, mais ce par quoi nous sommes sauvés. 

L’enseignement de saint Jean Paul II sur la « théologie du corps »

Une grande partie de l’enseignement du pape Jean-Paul II a eu pour but d’approfondir l’enseignement d’Humanæ vitæ. Formé à l’école de la phénoménologie, Jean Paul II essaye de déchiffrer les significations spirituelles et rationnelles inscrites dans le corps humain, particulièrement dans sa dimension sexuée. Le fruit de ce travail se trouve dans ses catéchèses sur l’amour et dans ce qu’on appelle sa « théologie du corps ». Quoique d’un abord austère, cette théologie est de plus en plus diffusée et enseignée dans les facultés catholiques et parmi les fidèles. Nul doute qu’elle contribue à renouveler positivement notre regard sur la loi naturelle.

Peut-on se passer de la loi naturelle ? [Aleteia]
Qu’est-ce que la loi naturelle ?

Bruno Couillaud - published on 25/01/21

L’homme peut connaître les inclinations fondamentales de sa nature en vue de son bien, comme des « lois naturelles ». Les philosophes antiques ont cerné ce concept à travers des formules précises, que l’Église a reprises à la lumière de l’Écriture et de la Tradition.

On hésite aujourd’hui à reconnaître la « loi naturelle », et même à employer les mots de loi et de nature, dont les deux termes sont mal compris. La première est la notion même de loi qui connote souvent l’idée d’une contrainte, voire d’une restriction de notre liberté. Certes ce sont des conséquences de la loi mais non sa nature première qui est d’éclairer la raison en montrant à l’homme ce qui est juste et bon. L’impression demeure que, concrètement vécue, la loi empêche ou limite notre agir, sans compter les contrôles, les contrôleurs, la police, les juges, etc. La loi n’a pas bonne presse alors qu’elle fait partie des réalités qui permettent la vie en commun, qui orientent la vie de l’homme positivement. 

La notion de nature n’est pas mieux comprise, dont on a souvent perdu le sens profond. Aujourd’hui, on entend par nature le domaine des sciences naturelles ; l’homme serait en-dehors de la nature et étudié en propre par les sciences humaines ; au mieux il participerait à la nature par ses seuls déterminismes corporels. On sépare donc les sciences humaines des sciences de la nature et de ce fait on perd l’espoir de ne jamais définir la nature humaine. Sans compter que les sciences aujourd’hui ne parlent pas de lois naturelles mais plutôt de lois scientifiques. Le concept de loi en sciences est même assez contrebattu, la science étudiant plutôt des régularités empiriques que des lois.

La source du bien de l’homme

La rationalité des sciences positives d’aujourd’hui ne reconnaît dans les réalités de la nature qu’une organisation quantitative de la matière — c’est le physicisme — alors qu’il y a « un message éthique dans l’être », comme le dit Benoît XVI. La doctrine de la loi naturelle est donc importante pour le dialogue interculturel et interreligieux capable de rassembler les hommes en vertu de ce qu’ils ont en commun. 

De plus, le relativisme des valeurs ainsi que la prétendue origine contractuelle et non naturelle des sociétés, sources elles-mêmes de normes éthiques souvent contradictoires, impose de retrouver la source du bien humain. La démocratie suppose des valeurs universelles qui la dépassent sans quoi le positivisme juridique (la raison humaine considérée comme source ultime du droit) peut être, et a même été, à l’origine de tous les totalitarismes.

Le domaine de l’« agir » de l’homme

Que nomme-t-on communément par cette expression de loi naturelle ? Son domaine est l’agir de l’homme. Aussi l’appelle-t-on loi morale naturelle parce qu’elle concerne les décisions et les actions de l’homme : l’engagement de l’homme dans sa vie personnelle, politique, etc. Par « agir » on désigne la façon pour l’homme de se diriger, de se gouverner, voire de gouverner une famille, une cité, etc. Les orientations fondamentales de cet agir, c’est-à-dire celles qui sont bonnes car conformes au bien de l’homme, voilà ce qu’exprime la loi naturelle. Car la nature incline l’homme, comme tout autre être, à un ensemble d’actes qui le perfectionnent. 

La loi naturelle apparaît comme une lumière pour l’action et un ordre de la raison formulé comme un précepte, c’est-à-dire une obligation morale qui n’a rien à voir avec la contrainte physique ou policière, car elle ne m’oblige que dans la mesure où je veux agir comme un être raisonnable.

Mais l’homme est le seul être qui par son intelligence spirituelle peut connaître les finalités de son agir au sein de l’ordre de la nature qu’il n’a pas fait et qu’il découvre ; il peut donc se les formuler comme un guide ou une loi de ses actes. Il va d’ailleurs les exprimer comme autant d’obligations, car il est cause responsable de ses actes et se meut lui-même en vue de sa fin. La loi naturelle apparaît donc comme une lumière pour l’action et un ordre de la raison formulé comme un précepte, c’est-à-dire une obligation morale qui n’a rien à voir avoir avec la contrainte physique ou policière, car elle ne m’oblige que dans la mesure où je veux agir comme un être raisonnable.

Un sens philosophique universel

La loi naturelle est déjà présente dans la pensée rationnelle des sagesses, des philosophies, voire des traditions religieuses en dehors du judaïsme et du christianisme. En un sens, sa définition est d’abord philosophique. Le document À la recherche d’une éthique universelle – Nouveau regard sur la loi naturelle(2009) de la Commission théologique internationale rend bien compte de cette présence universelle de la loi naturelle. Dans la tradition hindoue, par exemple, au-delà des explications théoriques, le comportement vis-à-vis d’autrui suppose un haut degré de bonté, de tolérance, d’actions désintéressées, de pratique de la non-violence ; on y trouve déjà l’équivalent de la règle d’or, un énoncé présent dans quasiment toutes les cultures : « On ne fera pas à autrui ce que l’on considère comme nuisible pour soi-même. » Ces traditions véhiculent également des préceptes semblables à ceux du décalogue : ne frappe pas, n’injurie pas, ne nuit pas au prochain etc. 

  • Chez Confucius, on retrouve la règle d’or « ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse, ne l’inflige pas aux autres. »

Dans le bouddhisme, où la pratique de la discipline morale est assez rigoureuse, l’altruisme est profond. Il ne faut pas nuire aux êtres vivants, il ne faut pas prendre ce qui n’est pas donné, il ne faut pas avoir de conduite sexuelle incorrecte (adultère), il ne faut pas mentir, l’usage de la drogue est prohibé, etc. La bienveillance amicale y rejoint également la règle d’or. En Chine, le taoïsme, par exemple, se présente comme la recherche d‘une harmonie avec la nature qui apparaît donc comme la source de l’agir du sage. Chez Confucius, on retrouve la règle d’or « ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse, ne l’inflige pas aux autres. » Sa morale centrée sur la piété filiale, est au cœur de toute la vie sociale. En Afrique les traditions sont différentes car elles valorisent avant tout la vie. Il faut assurer sa survie en favorisant l’éclosion de la vie, en la protégeant, en l’épanouissant et en l’augmentant au bénéfice de la communauté. C’est très spontanément lié à la nature de l’homme. En Islam il est plus difficile de développer un concept de la loi naturelle car la loi dépend de l’arbitraire divin. Elle est donnée par Dieu comme source directe et est intangible ; certaines écoles musulmanes toutefois proclament que le bien et le mal sont dans les choses et que certains comportements sont bons ou mauvais en eux-mêmes.

Dans la tradition occidentale

Chez les Grecs puis chez les Romains, à côté des lois politiques ou sociales, existe l’affirmation de la loi commune. Tous connaissent l’Antigone de Sophocle, où la jeune héroïne de cette tragédie se dresse face au pouvoir politique, incarné par son oncle, le roi Créon ; ce dernier ayant édicté une loi pour interdire d’enterrer ceux qui s’étaient battus en duel en-dehors de la cité, la jeune Antigone veut pourtant enterrer Polynice son frère, et devient coupable devant cette même loi. Invoquant une loi supérieure à celles de la cité, elle dit à Créon : « Je ne pense pas que tes décrets soient assez forts pour que toi, mortel, tu puisses passer outre aux lois non-écrites et immuables des dieux. Elles n’existent ni d’aujourd’hui ni d’hier mais de toujours, personne ne sait quand elles sont apparues. » C’est l’affirmation avec force d’une loi antérieure aux lois humaines, laquelle sera montrée par les philosophes.

Chez les stoïciens la loi naturelle est un concept-clé. La raison du monde qu’ils appellent un logos, un logos divin, imprègne tout le cosmos de sa rationalité y compris la raison humaine et l’homme dans son agir. 

Platon posera un droit naturel comme idéal, c’est-à-dire un principe premier mais bien réel des normes des législateurs. Aristote complétera cette définition, qui précise (en faisant référence entre autres à Antigone) qu’« à côté des lois écrites il y a les lois communes qui sont reconnues par le consentement universel des hommes » même quand il n’existe entre eux aucune communauté ni aucun contrat. Par loi commune, il entend celle qui préside à la justice naturelle « qui a partout la même force et ne dépend pas de telle ou telle opinion » ; les hommes en ont comme une divination par une sorte d’inspiration naturelle de l’esprit. Quand il parle de l’agir de l’homme il le rattache à cette loi qui est antérieure à toutes les lois, qui est la lumière première sur laquelle tout repose. Chez les stoïciens la loi naturelle est un concept-clé. La raison du monde qu’ils appellent un logos, un logos divin — cela ne veut pas dire transcendant — imprègne tout le cosmos de sa rationalité y compris la raison humaine et l’homme dans son agir. Sénèque enseigne que « c’est la nature que l’on doit prendre comme guide ».

La droite raison conforme à la nature

La plus belle déclaration de toute l’Antiquité, à propos de la loi naturelle, vient de Cicéron : « Il est une loi vraie, c’est la droite raison conforme à la nature, répandue dans tous les êtres, toujours d’accord avec elle-même, non sujette à périr, qui nous appelle impérieusement à remplir notre fonction, nous interdit la fraude et nous en détourne. L’honnête homme n’est jamais sourd à ses commandements et à ses défenses, ils sont sans action sur le pervers. À cette loi, nul amendement n’est permis, il n’est licite de l’abroger ni en totalité ni en partie. Ni le Sénat ni le peuple ne peut se dispenser de lui obéir et point n’est besoin de chercher un Sextus Aelius pour l’expliquer ou l’interpréter. » 

Autrement dit, elle est naturelle car le monde la possède naturellement et si l’on était obligé d’aller chercher quelqu’un pour expliquer, la prouver rationnellement en disant par exemple « ceci est naturel parce que… », elle n’aurait plus ce caractère d’être saisie intuitivement. Mais Cicéron poursuit : « Cette loi n’est pas autre à Athènes, autre à Rome, autre aujourd’hui, autre demain, c’est une seule et même loi éternelle et immuable, qui régit toutes les nations et en tout temps. Il y a pour l’enseigner et la prescrire à tous un Dieu unique : conception, délibération, mise en vigueur de la loi lui appartiennent également. Qui n’obéit pas à cette loi s’ignore lui-même. Et parce qu’il aura méconnu la nature humaine, il subira par cela même le plus grand châtiment même s’il échappe aux autres supplices. »

Trois références bibliques

L’Écriture sainte fait le récit de l’institution de lois qui sont des rappels par Dieu de la loi naturelle. Nous en trouvons trois grands rappels bibliques au temps de Noé, Moïse et Jésus. L’alliance noachique, principalement dévouée au respect de la vie. Certains principes du talmud juif reprennent cette alliance de Noé : « Pas d’idole, tu ne tueras point, tu ne voleras point… », préceptes que l’on retrouvera dans la loi de Moïse. Le décalogue donné au Sinaï est une loi d’alliance qui comporte des principes éthiques fondamentaux. Ces « dix paroles » ont été données à Moïse mais on voit bien dans certains autres passages de l’Écriture qu’elles ne sont pas destinées uniquement au peuple d’Israël, mais valables aussi pour les autres peuples. De plus, ce que l’on appelle la littérature de sagesse, rassemblée dans les livres sapientiaux de la Bible, expose des enseignements sur la manière de se conduire, par des énoncés puisés par l’homme dans la création, donc dans la nature et dans son expérience immédiate. Cette sagesse est le résultat d’une observation précise des mœurs humaines et de la nature.

Dieu n’est pas venu simplement nous apprendre la loi naturelle sinon elle aurait suffi, mais une loi surnaturelle, la loi de l’amour et de l’Évangile.

Enfin, dans son enseignement, Jésus lui-même nous rappelle la fameuse règle d’or : « Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux, voilà la loi et les prophètes. » La loi, c’est la Thora, le Sinaï, le décalogue. Car le décalogue finalement n’est que le rappel par Dieu de la loi naturelle aux hommes qui l’ont oubliée. Mais Dieu n’est pas venu simplement nous apprendre la loi naturelle sinon elle aurait suffi, mais une loi surnaturelle, la loi de l’amour et de l’Évangile. Notons que ce précepte de la règle d’or est présent deux fois dans l’Évangile (Mt 7,12 et Lc 6, 31) mais l’est aussi dans l’Ancien Testament, au livre de Tobie (4,5), sous forme négative : « Ne fais à personne ce que tu n’aimerais pas subir. »

Enracinée dans le cœur des hommes

Précisons également que la loi naturelle, présente dans la Bible n’en fait pas une loi essentiellement révélée, même si Dieu a choisi de la rappeler et de la faire connaître en plénitude. Elle reste cependant d’origine divine car inscrite dans le plan de la création. Saint Irénée dira : « Dès le commencement Dieu avait enraciné dans le cœur des hommes les préceptes de la loi naturelle. Il se contenta d’abord de les leur rappeler, ce fut le décalogue. » Autrement dit le décalogue est un rappel pour le peuple privilégié d’Israël que Dieu a choisi pour faire naître son Fils, le Sauveur.

Saint Paul, l’apôtre des Gentils, dit aux Romains (Rm 2, 14-15) que la loi morale naturelle est inscrite dans le cœur de tous les hommes : « Quand les païens privés de la loi accomplissent naturellement les prescriptions de la loi, ces hommes sans posséder la loi, se tiennent eux-mêmes lieu de loi. Ils montrent la réalité de cette loi inscrite en leur cœur à preuve le témoignage de leur conscience ainsi que les jugements intérieurs de blâmes et d’éloges qu’ils portent les uns sur les autres. » Autrement dit les hommes se jugent respectivement à une loi qu’ils trouvent dans leur cœur et qui est la loi naturelle.

La foi et la nature, deux voies qui ne s’opposent pas

Enfin cet enseignement de l’Écriture, du Christ lui-même et de la primitive Église est abondamment commenté et expliqué au long des siècles. Les Pères de l’Église montrent que suivre la nature et suivre le Christ sont deux voies qui ne s’opposent pas. Dans cette lumière ils ont montré que les païens, n’ayant pas la Révélation ni la Loi ont pourtant une morale porteuse de valeurs positives, tirée de la nature humaine et conforme en de nombreux points à la Révélation. Ils ont rejeté le matérialisme ou le panthéisme qui imprègne certaines de ces pensées mais reprennent entre autres cette idée de certains stoïciens que le Logos divin a déposé des logos spermatikoi (c’est-à-dire des semences du Verbe Divin) dans la raison humaine. Saint Augustin par exemple, explique l’origine de cette loi naturelle en Dieu et sa présence en tout homme en disant que le Verbe imprime dans le cœur de l’homme les normes de la vie droite « comme un sceau qui d’une bague passe à la cire, mais sans quitter la bague ». C’est aussi à cette époque que l’on voit se distinguer le droit des gens, présent en tout peuple par nature, du droit civil, façonné par le génie des législateurs.

Une « participation » à la loi divine

Les théologiens et des docteurs de l’Église à leur tour ont tâché de la définir comme une « participation de la créature raisonnable à la loi divine éternelle », ainsi que le dit Thomas d’Aquin au XIIIe siècle. À la suite du Docteur angélique, la loi naturelle est précisément définie comme « la participation à la loi éternelle dans la créature raisonnable ». La loi naturelle qui participe du projet éternel créateur, est aussi participation dans le sens où l’homme prend une part active à son propre gouvernement. Ayant une conscience critique de son action, il formule les préceptes qui président à ses décisions. La loi naturelle énonce ainsi ses préceptes en dépendance du principe premier qui est de faire le bien et d’éviter le mal : en tant qu’existant, respecter et promouvoir sa vie ; veiller à assurer sa descendance ; honorer sa raison en cherchant la vérité, en commun avec ses semblables. Ces préceptes s’illustrent tous dans le décalogue. Finalement la loi naturelle s’étend à toute la vie sociale que l’homme organisera selon son propre génie par des lois positives particulières.

Au-delà de toute culture particulière

En quoi la loi naturelle est universelle ? En préambule disons qu’il ne faut pas confondre la réflexion philosophique et théologique de la loi naturelle, parfois exigeante intellectuellement comme on va le voir, avec la prise de conscience assez spontanée que chaque homme fait lui-même de cette loi dans sa raison. Cette définition va également nous permettre de comprendre pourquoi les préceptes admis dans les cultures du monde entier et en tout temps, semblent bien tirer leur origine d’au-delà des seules cultures particulières puisqu’ils sont universellement reconnus : la vie contre le meurtre, la propriété contre le vol, la fidélité contre l’adultère, la recherche de la paix contre la colère et la vengeance, la solidarité contre l’avarice, etc. De façon naturelle ces préceptes sont saisis et perçus de façon assez immédiate, conformément à ce que l’homme perçoit de sa nature, la même chez tous.

La loi naturelle, qu’elle soit physique pour les êtres irrationnels, ou morale chez l’homme, est dépendante d’une loi plus générale que l’on appelle traditionnellement la loi éternelle. 

S’il y a une loi naturelle c’est que l’homme participe à sa manière au gouvernement de l’univers, c’est la première chose à bien saisir. Au sein de l’univers créé, en effet, l’homme a un statut particulier, qui lui vient de son être d’animal raisonnable : il se meut lui-même par son intelligence raisonnable et par sa volonté douée de libre arbitre. Sa nature est en cela différente de créatures irrationnelles, minérales, végétales et animales qui, à des degrés divers, sont mues par l’instinct plutôt qu’elles ne se meuvent. On dit d’ailleurs que la dignité de l’homme trouve là sa racine : le droit de se mouvoir lui-même en vue de sa fin. Il est facile de comprendre ensuite que tout être a part d’une certaine façon à l’ordre et au gouvernement de l’univers. En effet, on peut concevoir que le soleil, par exemple, participe au gouvernement de l’univers, c’est à dire qu’il est soumis aux lois de sa nature de soleil : il tourne quand il faut tourner, éclaire et chauffe ce qu’il doit éclairer et chauffer ; ainsi pour les astres, la terre, les minéraux, les végétaux, les animaux, chacun selon sa nature. L’univers matériel participe ainsi au gouvernement de l’univers d’une manière passive et qu’on pourrait dire inconsciente : selon l’ordre de la loi physique naturelle. L’homme participe également à la loi éternelle de ce gouvernement mais d’une façon particulière, consciemment, et cette loi, conformément à ses capacités naturelles, devient une loi morale, celle d’un être qui connaît les raisons de ce qu’il fait et choisit d’aller où il va. La loi naturelle, qu’elle soit physique pour les êtres irrationnels, ou morale chez l’homme, est dépendante d’une loi plus générale que l’on appelle traditionnellement la loi éternelle. L’homme participera donc à cette loi du gouvernement divin, en étant capable de formuler pour lui-même la règle de son agir et les obligations en vue de sa fin. 

Deux formes de participation

Dans cette définition le mot « participation » est important, en ses deux sens distincts. Premièrement la loi naturelle n’est pas détachée, mais elle a part à un ordre plus universel, celui du gouvernement de l’univers et elle est fondée sur lui : elle y participe. Elle participe à une loi plus vaste, la loi du créateur en termes chrétiens ou la loi de l’ordre du monde en termes philosophiques. Sous ce rapport-là, la loi naturelle est mesurée et créée sur une loi qui, elle, n’est pas créée et que l’on appelle la loi éternelle, incréée. Première pour l’action humaine, la loi naturelle n’est donc pas première absolument, mais elle participe à la loi éternelle pour la créature raisonnable. Ensuite, l’homme participe à son propre gouvernement et au gouvernement de l’univers. C’est la source d’un deuxième sens de cette participation : c’est-à-dire que cette loi permet à l’homme de participer activement, consciemment, à son propre gouvernement, donc d’avoir part de façon responsable au gouvernement de l’univers. Sans quoi l’homme ne serait qu’une marionnette, l’exécutant d’une loi qui s’imposerait à lui despotiquement, extérieure à sa conscience. On aurait juste le droit d’obéir à une loi qui nous serait dictée. Pourtant c’est bien une loi qui oblige, puisqu’elle dépend de notre nature que nous n’inventons pas mais que nous recevons. Mais à l’homme est donnée la capacité par sa raison de la découvrir et de la formuler sous forme de préceptes et obligations, autant de lumières pour se gouverner vers sa fin et accomplir ce qu’il est. Il n’en est pas le législateur premier mais il « participe »

Ces deux aspects de la participation ne doivent pas être séparés. On a parfois tellement insisté sur le premier, où la loi naturelle est dépendante de la loi éternelle, qu’on a fini par en oublier le second, à savoir que l’agir de l’homme avait une dignité éminente dans toute la nature créée et qu’il pouvait répondre de ses actes. On peut aussi bien sûr oublier le premier en insistant tellement sur le second et faire de l’homme un être entièrement indépendant, totalement autonome, se donnant à lui-même sa loi, en quelque sorte « dénaturé » !

Des principes indémontrables

Mais pourquoi des préceptes et des commandements ?Toutes les activités de la raison chez l’homme découlent des principes premiers. La raison théorique, par exemple, celle par laquelle nous tentons de comprendre le monde, s’appuie sur des principes premiers, c’est-à-dire des énoncés qui commandent nos savoirs, comme le principe de contradiction, le principe de causalité, etc. Ces axiomes sont connus de soi naturellement comme lois fondamentales de l’être et ne sont pas démontrables, on peut simplement montrer qu’il serait absurde de les contredire. Il en est ainsi des principes de la loi naturelle qui sont, cette fois-ci, d’ordre pratique. Un premier principe s’impose ainsi de ce que l’homme constate spontanément, à partir de son expérience, que tout ce qu’il fait vise un but ou une fin, fin qui apporte une plénitude, un bien. D’où le premier principe de la science morale : si le bien est vraiment ce que toute chose désire d’une certaine manière, on va dire « il faut faire le bien et éviter le mal » : premier précepte, très commun, tel que personne jamais n’agirait en dehors de ce précepte. Certes ce bien ne sera pas seulement passager ou partiel, comme les biens sensibles, ni non plus un bien utile à autre chose, qui n’aurait pas raison de fin ; mais vraiment le bien voulu pour lui-même, le bien de tout l’être humain et de tous les êtres humains. La raison examinera ensuite si les biens particuliers que l’on va poursuivre dans notre vie sont conformes à ce bien humain premièrement poursuivi.

Les trois grands types de préceptes

Les trois préceptes premiers de la loi naturelle sont directement enracinés dans ce premier principe « faire le bien, éviter le mal » ; l’homme les découvre dans les inclinations de sa nature comme être substantiel, comme être vivant, comme être raisonnable enfin.

Conserver la vie. Le premier est découvert dans la connaissance la plus commune et évidente de ce qu’est l’homme par nature : il est un existant. Aussi, comme tout ce qui existe continue d’exister tant que sa nature le lui permet, l’homme est incliné à conserver, à perfectionner, à amplifier son existence, car sans cette existence qui lui est donnée il ne pourrait bien sûr ne rien faire de bien… Le premier précepte de la loi naturelle vise ainsi à conserver la vie. En dépendance duquel se trouvent aussi le droit et le devoir de défendre cette vie, d’acquérir pour cela des biens en propriété, d’en user etc. Ces préceptes seconds s’enracinent dans le précepte premier qui est de conserver son existence. Positifs, ces préceptes s’articulent aux préceptes négatifs : si j’ai droit à la vie, je dois respecter celle de mon semblable donc ne pas tuer ; ainsi le « tu ne tueras point » du décalogue est tiré de ce premier précepte de la loi naturelle : interdit du meurtre, du suicide, de la violence, etc.

Favoriser la famille. Deuxièmement, le bien de l’individu existe au sein d’une lignée, l’immense génération des êtres humains : « après moi il faut que cela dure » ! En conséquence feront partie de la loi naturelle toutes les règles du mariage, de la famille, de l’éducation ; autrement dit tout ce qui permet à l’homme de se perpétuer, en tant qu’homme, par la génération et l’éducation de vies nouvelles ; et contraires à cette loi ce qui l’empêche : adultère, convoitise, irrespect et déshonneur des parents, polygamie, etc. On retrouve ici deux autres préceptes du décalogue, formulant de façon négative la loi naturelle : « tu ne seras pas adultère, tu honoreras tes parents. » (Les moralistes montreront, par exemple, que la polyandrie est davantage contraire à la loi naturelle que la polygamie, car l’enfant ne saurait honorer un père qu’il ne connaît pas.)

Chercher la vérité et une vie sociale harmonieuse. Troisièmement l’homme qui existe, qui est un vivant, est surtout, dans sa nature spécifique, un être raisonnable ; il découvre en lui deux autres inclinations fondamentales : une inclination à parfaire sa raison, c’est-à-dire connaître la vérité, qui est le bien de son intelligence ; ainsi qu’à ne pas utiliser sa raison contre cette vérité, soit le commandement de na pas porter de faux témoignages… Il relève donc de la loi naturelle de chercher, connaître et communiquer la vérité et d’établir les relations humaines sur la vérité. Cette vie de l’intelligence va jusqu’au sommet de ce que la raison cherche quand elle cherche la vérité, à savoir Dieu. De ce fait, à l’être raisonnable appartiennent aussi des préceptes de la loi naturelle qui orientent l’homme à connaître et rendre un culte à Dieu. Nous retrouvons là les trois premiers commandements du décalogue : tu n’auras pas d’autre Dieu, tu respecteras son Nom, tu respecteras un jour pour lui rendre un culte. Mais par sa raison et son aptitude à communiquer, l’homme est ensuite ouvert à la vie sociale, au-delà de la seule vie conjugale et familiale : le village, la cité, la vie internationale, entre autres, ce qui explique les préceptes du décalogue pour tout ce qui s’attache à la vérité des relations humaines : tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas le bien d’autrui, etc.

Certes, pas plus que pour les deux premiers points, les préceptes de la loi naturelle ne suffisent pour guider la vie concrète. Ils appellent des lois humaines, que l’on peut aussi appeler lois positives, car elles vont déterminer plus précisément ce que la loi naturelle ne prescrit pas explicitement. Par exemple, la constitution de la cité et le régime de l’autorité, par le droit constitutionnel d’aujourd’hui ; le droit pénal aussi, qui règle concrètement ce que la loi naturelle interdit communément : vol, adultère, convoitise, meurtre, attentat ; également le droit civil, régissant les rapports des particuliers entre eux : contrats, conventions. Ce droit positif, enraciné dans la loi naturelle, se constitue à partir ce que l’on appelle un droit naturel, c’est-à-dire la partie de la loi naturelle qui concerne les rapports de justice.

Pourquoi ce manque de considération ?

Pourquoi ce manque de considération pour la loi naturelle aujourd’hui ?L’une des raisons est la perte du sens de la nature et donc de la nature humaine. Par la tendance nominaliste de la science moderne, la nature des choses au sens de leur essence n’est plus un objet connaissable, la description des singuliers et les régularités empiriques étant l’horizon du savoir ; la science devient un langage commun. Si bien qu’au XVIIIe siècle la loi naturelle était la loi du plus fort : la loi naturelle des êtres irrationnels. La conception de ce qu’est l’homme devient dualiste : il n’est plus corpus et anima unus, l’unité substantielle d’un corps et d’une âme ; mais, par sa raison et sa volonté, qui échappent à la nature matérielle des corps, il « s’arrache » à la nature et devient comme dénaturé, « l’autre de la nature ». L’esprit en vient à contredire la nature, il devient absurde de parler d’une nature rationnelle ou raisonnable. La nature découverte par les sciences devient alors un objet malléable, relative à la maîtrise que l’homme, par son esprit, peut en faire : l’art et la technique se confondent avec la nature. On comprend alors le fait qu’une loi rationnelle naturelle soit elle aussi une contradiction. C’est pour la même raison que l’intégration du corps dans la compréhension de la loi morale sera vue comme du physicisme ou du biologisme. Restaurer une juste compréhension de la loi naturelle commande de réconcilier l’homme avec la nature et sa nature dans une véritable physique au-delà de la vision éclatée qu’en donne le foisonnement des sciences particulières. C’est une tâche qui incombe à une philosophie de la nature.

Pour fonder une éthique universelle

La loi naturelle qui est innée dans la mesure où elle est saisie avec une certaine spontanéité, a quand même besoin d’être découverte et formulée. À ce titre, la règle d’or qui est rappelée dans presque toutes les civilisations, est une règle pour retrouver la loi naturelle : ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas que l’on vous fasse. C’est en ce sens que la loi naturelle est requise pour fonder une éthique universelle. Car elle est inscrite dans le cœur des hommes, au-delà des particularités culturelles ; ces derniers, tout au long de l’histoire, en prennent une conscience de plus en plus vive. Ses préceptes premiers assurent son immuabilité et son universalité, car ils sont fondés sur la nature essentielle de la personne humaine, en même temps qu’elle émerge de la grande souplesse d’adaptation des hommes aux circonstances de lieu et de temps dans leur situation historique. Elle dépasse les décisions particulières des parlements des nations civilisées, même si celles-ci prétendent parfois à l’universalité ; dont elle peut orienter les débats pour l’établissement d’une justice véritablement humaine ; elle est en effet un critère objectif, ontologiquement fondé et un principe premier du droit. Elle seule enfin peut permettre un dialogue interculturel et interreligieux fécond, sur la base d’une rationalité ouverte, où chacun peut rester lui-même dans une perspective commune : celle de notre humanité.

En amont des lois politiques

Universellement découverte dans l’humanité, la loi naturelle est pour l’homme une loi de sa nature morale, une participation consciente à la loi éternelle. L’homme est une micro-providence pour lui-même. Il se laisse conduire par la Providence de Dieu, mais Dieu a voulu que l’homme se conduise lui-même. Il lui faut une loi comme il en faut une dès qu’il y a ordre et gouvernement. Si l’homme se gouverne lui-même, il lui faut une loi qui commande son agir, qui soit découverte dans sa nature : cette loi s’appelle donc la loi naturelle. Commune à tout homme elle sera prolongée par des lois positives humaines. Les préceptes que cette loi énonce sont conformes aux inclinations que l’homme découvre dans sa nature : perdurer dans l’être, transmettre la vie, organiser la société, sa vie rationnelle et aller jusqu’à Dieu, comme y disposent les religions naturelles ; cet instinct religieux naturel a parfois été dévié de la loi naturelle, comme l’ont été aussi les grandes idéologies matérialistes oublieuses de la loi inscrite dans la nature créée.

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