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En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

Noël : la joie de la foi qui libère de la peur d’être seul (Aleteia)

Abbaye de Nový Dvůr

Abbaye de Nový Dvůr

SPIRITUALITÉ

Noël : la joie de la foi qui libère de la peur d’être seul

 

Dom Samuel Lauras - publié le 23/12/21

Comment vivre Noël dans la joie quand la nuit de l’angoisse et la solitude obscurcissent nos vies ? Le père abbé de l’abbaye cistercienne de Nový Dvůr en République tchèque, dom Samuel Lauras, nous aide à découvrir la présence de Dieu dans nos vies. (2/3)

Hier dom Samuel Lauras nous aidait à discerner la présence de Dieu qui, depuis la crèche, se fait proche de chacun de nous. Aujourd’hui, alors que Noël est l’occasion de se retrouver en famille, pas seulement pour les chrétiens, il souligne comment les moines, dans les murs de leur monastère, sont intégralement consacrés, ce jour-là, aux célébrations liturgiques. Dans un monde désorienté, ils montrent l’Orient.

Aleteia/Katolický týdeník : le temps de l’Avent est un temps d’attente, que les chrétiens vivent à travers de multiples signes et traditions. Comment se vit cette attente dans un monastère ?
Dom Samuel : Au monastère, nous faisons des crèches partout : à l’église, au réfectoire, au scriptorium, au chapitre, même dans les ateliers. Il faut que le mystère pénètre notre quotidien. Au-dessus de la crèche, il y une étoile, tout le monde connaît ! L’étoile qu’ont suivie les Rois mages… En latin, il y a un beau jeu de mot sur « le désir » et sur « l’étoile ». « Désirer » se dit : desidero, et l’étoile, c’est sidus, sideris. Donc le désir (de-sidero), c’est être loin d’une étoile. L’étoile a donné aux Mages le désir de voir le Sauveur. Parce qu’ils étaient loin de lui, ils se sont rapprochés. 

  • Dieu nous a confié une charge, et l’accomplir nous occupe totalement, surtout à ces époques de l’année où la liturgie atteint des sommets.

Quelles sont les étoiles qui suscitent en nous les désirs les plus profonds et les plus décisifs ? 
Je vous ai dit que nous vivons une époque mouvementée. C’est vrai : le bon sens humain semble disparaître, beaucoup de familles traversent des tremblements de terre, la santé, l’économie, beaucoup de jeunes semblent désorientés. On dirait que nous frôlons le désastre, que le désastre s’approche. Cela peut faire peur. Qu’est-ce qu’on fait avec cela ? Continuons avec nos jeux de mots. Cela mettra un peu d’humour dans mes propos trop sérieux. La nuit de la foi est la nuit du désir, du désir de Dieu, bien sûr ! Je viens de l’expliquer : je suis loin de l’étoile, pourtant sa lumière m’attire et je puis m’en approcher. La nuit sans la foi est un désastre, une nuit sans astre (de-astro), une nuit qui désoriente, car elle est sans Orient et sans promesse d’un soleil levant. Noël, c’est la nuit de la foi qui accueille une étoile pour éloigner la nuit sans la foi qui nous désoriente.

Comment les moines vivent-ils, au moment de Noël, la séparation d’avec leurs familles. Peut-on éprouver, en communauté, une forme de « solitude » ?
Oui, nous fêtons Noël sans nos familles. Habituellement, sauf quand les parents vieillissent, ce sont les familles qui viennent au monastère plutôt que les moines qui visitent leur famille. Il y a pourtant une solitude plus profonde que celle-là, une solitude sur laquelle les moines sont chargés d’agir par leur prière : la solitude de l’homme face à sa destinée. Qu’elle soit éprouvée, par nous, au moment de Noël, c’est excellent. Il y en a des solitudes autour de nous ! Le bonheur, on voudrait le tenir entre nos mains humaines, avec nos forces humaines, il nous échappe… Est-ce que Noël à quelque chose à apporter à cette solitude-là ? Je le crois.

À quoi ressemble la liturgie au monastère le jour de Noël ?
Dieu nous a confié une charge, et l’accomplir nous occupe totalement, surtout à ces époques de l’année où la liturgie atteint des sommets. La veille de Noël, nous chantons les premières vêpres puis nous nous retrouvons brièvement en communauté pour un repas de fête. On mange en silence, en écoutant de la musique, souvent des chants de Noël. Ensuite, vite, on va dormir quelques heures. À 22h30, ce sont les matines de Noël. À minuit pile, la messe de minuit, qui dure plus de deux heures. On va dormir de nouveau un peu, puis on se lève pour l’office des laudes, après il y a la grand-messe du jour… Vous comprenez que ce soir-là, nous sommes un peu fatigués ! Mais la célébration de Noël est vraiment à sa place, au cœur de notre vie.

À Noël, peut-on dire que nous célébrons le jour où Dieu a brisé notre solitude en se faisant l’un de nous ?
Il y a, dans la Bible, des textes muets qui se mettent à parler, le jour où vous en avez besoin. Même s’il ne parle pas explicitement du mystère de Noël, l’auteur de l’épître aux Hébreux rappelle que le Christ a pris part à l’existence humaine. Et puisque tous les enfants des hommes sont unis par le sang et la chair, il a pu réduire à l’impuissance, pour lui-même et pour nous tous, celui qui détenait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le Diable. Tout cela est pour nous une réalité familière. Puis vient la suite, qui me semble toute nouvelle et éblouissante. L’intention du Sauveur, écrit-il, était non seulement de vaincre la mort, mais également… « de délivrer tous ceux que la crainte de la mort réduisait, leur vie durant, à une condition d’esclaves » (He 2, 14-15).

Avoir peur de la mort, c’est un esclavage ! Cette peur nous prive de notre liberté. Depuis que Dieu s’est fait homme, la mort est vaincue, et nous n’avons plus de raison d’avoir peur de la mort. Quelqu’un qui me débarrasse de cette peur, n’est-ce pas quelqu’un qui comble ma solitude ? Avec lui, je ne serai plus jamais seul ! Ah, bien sûr, cela ne vient pas tout seul. Il nous faut du temps pour que la présence du Christ éteigne cette solitude existentielle. Cela vient progressivement et ce n’est jamais parfait. Notre cœur demeurera toujours un peu souffrant. Mais ce compagnonnage avec le Christ donne une grande liberté, et quand vous êtes libre, quand vous n’avez plus besoin de vous accrocher aux autres, il devient possible de les aimer réellement. 

Propos recueillis avec Jiří Macháně pour « Katolický týdeník » à Prague

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