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En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

Qu’est-ce que c’est un « docteur de l’Église » ?

© Renata Sedmakova | Shutterstock Saint Grégoire le Grand.

© Renata Sedmakova | Shutterstock Saint Grégoire le Grand.

DÉCRYPTAGE

Qu’est-ce que c’est un « docteur de l’Église » ?

Agnès Bastit-Kalinowska - publié le 24/01/22

C’est au XIIIe siècle que l’Église va mettre en valeur l’apport des « maîtres et docteurs » des premiers siècles de l’Église. Spécialiste des Pères de l’Église et de saint Irénée, qui vient d’être proclamé docteur à son tour, Agnès Bastit-Kalinowska, retrace leur histoire.

C’est Jésus qui est le premier « docteur » : « Vous m’appelez “maître” [rabbi, docteur, Nda] et vous dîtes bien, je le suis en effet… » (Jn 13, 13). À la dernière cène, Jésus revendique en effet le titre de « rabbi » que lui donnent ses disciples et, plus largement, ses interlocuteurs. De fait, l’Évangile nous le montre souvent enseignant, soit les foules, soit ses proches, et les auditeurs en restaient frappés « car il parlait avec autorité » (Mt 7, 29). C’est lui aussi qui qui a donné à l’Église ses « docteurs » : « Celui qui est descendu est le même que celui qui s’est élevé au-dessus de tous les cieux… c’est lui qui a donné les apôtres, les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et les docteurs… en vue de l’édification du corps du Christ » (Ep 4, 10-12). Dans ce passage de la Lettre aux Éphésiens, l’Église issue de la Pentecôte apparaît déployée, grâce à l’action missionnaire des « apôtres et des évangélisateurs », et les communautés sont gardées et enseignées par « les pasteurs et les docteurs ». Ils prolongent l’activité de Jésus, qui s’est dit lui-même pasteur et maître (ou « docteur », didaskalos). La fin de la phrase montre la visée et la portée de l’évangélisation, de la pastorale et de l’enseignement : conforter les fidèles dans le service qui est le leur et, par là-même, édifier le corps du Christ qui est l’Église. 

Des évêques et des maîtres

L’antiquité chrétienne a connu des enseignants («didascales »), catéchistes ou conférenciers, et des auteurs approfondissant par écrit la foi de l’Église (Justin, Clément d’Alexandrie, Tertullien etc.). À côté de ces maîtres « professionnels », des évêques dotés d’une formation suffisante ont vite concentré dans leur personne les deux fonctions de pasteur et de docteur, en enseignant les communautés dont ils avaient la responsabilité. Clément de Rome et Ignace d’Antioche sont pour nous les plus anciens exemples, après Paul et ses collaborateurs, de ce lien entre pastorale et approfondissement du contenu de la foi reçue, qui s’épanouira, encore au IIe siècle de notre ère, chez Irénée de Lyon (entre autres). Au début du Ve s., Augustin, dans sa polémique autour du péché originel, énumère sept « docteurs de l’Église » (doctores Ecclesiae), trois latins et trois grecs, avec en tête Irénée, qui était à la fois grec et latin : Irénée, Cyprien, Hilaire, Ambroise, Grégoire de Nazianze, Basile le Grand, Jean Chrysostome.

C’est au XIIIe siècle, après les travaux des grands théologiens tels Thomas ou Bonaventure, qui eux-mêmes puisaient chez les auteurs antérieurs de la période patristique, que l’Église va ressentir le besoin de mettre en valeur l’apport de ces docteurs des premiers siècles de l’Église, en créant officiellement, en 1295, le titre de « docteur de l’Église ». Quatre évêques enseignants sont ainsi devenus les « quatre docteurs de l’Église latine » (Ambroise, Augustin, Jérôme et Grégoire le Grand). Presque trois siècles plus tard, saint Pie V complètera cette liste en y inscrivant d’abord Thomas d’Aquin (en 1567), puis l’année suivante les « quatre Pères de l’Église grecque » (Athanase, Basile, Grégoire de Nazianze et Jean Chrysostome), rejoints bientôt par Bonaventure (en 1586). 

Des spirituels, des religieux dont des femmes

Sept Pères de l’Église (quatre latins et trois grecs) ont encore été proclamés aux XVIIIe et XIXe siècles, en compagnie de quatre médiévaux et de deux « modernes » (Alfonse de Liguori et François de Sales, tous deux évêques et auteurs). Le XXe et XXIe siècles ont promu deux orientaux anciens (le syrien Ephrem et l’arménien Grégoire de Narek), mais font surtout la part belle aux médiévaux et aux modernes. La plupart de ces docteurs plus récents sont des spirituels, des religieux sans charge pastorale, quelquefois des femmes (Thérèse d’Avila et Catherine de Sienne en 1970), Thérèse de Lisieux en 1997 et Hildegarde de Bingen en 2012). Le point commun entre des profils désormais aussi diversifiés est d’une part la profondeur de l’enracinement dans le mystère de Dieu, et de l’autre une œuvre écrite, qui permet à qui le souhaite d’être éclairé par l’enseignement ainsi transmis. Un « docteur » de l’Église est donc un saint qui a eu à cœur de puiser aux sources de la parole de Dieu, qui en a reçu par grâce une compréhension particulièrement riche et qui l’a diffusée.

Lire aussi :

Quelle différence entre un Père et un docteur de l’Église ?

SPIRITUALITÉ

Quelle différence entre un Père et un docteur de l’Église ?

Angélique Provost - publié le 03/09/17

Nous fêtons ce 3 septembre saint Grégoire le Grand, père et docteur de l’Église. Cette immense figure est titulaire de deux distinctions qu’on l’on a souvent tendance à confondre. Mise au point.

L’Église attribue le titre de Père ou de docteur de l’Église aux hommes et aux femmes dont l’œuvre de réflexion et d’écriture a enrichi l’assemblée des chrétiens. Ainsi, il faut que les écrits, illuminés d’une foi profonde, aient contribué à faire rayonner l’Église. Les enseignements de ces hommes et ses femmes ne sont pas des dogmes à proprement parler, mais ils sont d’une justesse incontestable, à tel point qu’ils sont devenus partie intégrante de l’enseignement de l’Église.

Une distinction d’abord chronologique

Le premier élément de distinction est chronologique : on ne peut appeler Pères de l’Église que des auteurs ayant vécu au plus tard jusqu’au XIIe siècle. Les docteurs viennent ensuite. Les Pères de l’Église appartiennent à l’Église des premiers siècles, dont ils ont gagné la paternité en mettant par écrit les fondements de la doctrine chrétienne, voire de la théologie. Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) est le dernier des Pères. On compte 61 Pères de l’Église jusqu’en l’an 450, puis 10 après cette date. Aucune femme ne figure parmi eux. Il existe enfin des Pères de l’Église propre aux orthodoxes, d’autres aux catholiques, et d’autres encore à l’Église d’Orient.                                             

Les docteurs sont peu nombreux (36) et comportent des femmes (4). Ils ne peuvent, en aucune manière être des laïcs non consacrés. Ils sont considérés davantage comme des figures d’autorité et des témoins de la doctrine, à laquelle les pères ont contribué. Les docteurs sont généralement des figures plus récentes dans l’Histoire, mais rien n’interdit à l’Église d’attribuer ce titre à des personnalités de toutes les époques. Au delà de leurs œuvres théologiques, philosophiques ou littéraires, ce sont aussi des âmes consacrées à Dieu : tous sont saints.

Une figure, deux titres

14 rares figurent possèdent les deux titres : saint Cyrille de Jérusalem, saint Athanase d’Alexandrie, saint Ambroise de Milan, saint Basile de Césarée, saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Chrysostome, saint Cyrille d’Alexandrie, saint Jérôme, saint Augustin d’Hippone, saint Léon le Grand, saint Jean Damascène, saint Grégoire le Grand, saint Isidore de Séville et saint Bernard de Clairvaux. 

Bossuet vouait une grande admiration aux Pères de l’Église et ses conseils demeurent d’une grande actualité : « Quiconque, donc, veut devenir un habile théologien et un solide interprète (des Écritures), qu’il lise et relise les Pères. S’il trouve dans les modernes quelquefois plus de minuties, il trouvera très souvent dans un seul livre des Pères plus de cette première sève du christianisme, que dans beaucoup de volumes des interprètes nouveaux, et la substance qu’il y sucera des anciennes traditions le récompensera très abondamment de tout le temps qu’il aura donné à cette lecture. » (Bossuet, Défense de la Tradition et des saints Pères, 1763).

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