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En Quête ou Enquête de Foi ?

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Le sens profond de l’aumône selon le Curé d’Ars

Philippe Lissac / GODONG

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SPIRITUALITÉ

Le sens profond de l’aumône selon le Curé d’Ars

Aliénor Strentz - publié le 25/03/22

Les quatre tomes des sermons du Saint Curé d’Ars, publiés en 2010 aux Editions Saint-Rémi, sont un joyau de la littérature chrétienne. Parmi ces sermons, l’un d’entre eux, prononcé par le Curé d’Ars un dimanche de Carême, porte sur les bienfaits de l’aumône.

De nos jours, les chrétiens font volontiers des dons à des associations caritatives, mais peu d’entre eux pratiquent l’aumône, ce don de main en main que l’on fait à une personne dans la misère pour l’assister (selon la définition donnée par le dictionnaire Larousse). Les raisons en sont diverses : la peur d’affronter le regard d’un être humain rempli de détresse, et de lui accorder écoute et attention ; ou encore l’ignorance du sens biblique de l’aumône.

L’aumône a en effet une grande place dans la tradition biblique. Dans l’Ancien Testament, comme le rappelle Victor Brunier dans la revue En Dialogue, « l’aumône est perçue comme un commandement, une manière de faire pénitence, de se rapprocher de Dieu, ne serait-ce qu’en partageant ce que Dieu nous a donné, Lui qui est à la source de toute vie et de toute chose. »

Elle est aussi assortie de promesses, comme nous le révèle le Livre de Tobie (Tb 4, 7-10) : « Ne détourne ton visage d’aucun pauvre, et le visage de Dieu ne se détournera pas de toi. (…) Quand tu fais l’aumône, mon fils, n’aie aucun doute : tu te constitues un beau trésor pour les jours de détresse, car l’aumône délivre de la mort et empêche d’aller dans les ténèbres ».

La vision du Curé d’Ars

Dans son sermon sur l’aumône un deuxième dimanche de Carême, le Saint Curé d’Ars fait l’éloge de l’aumône et la présente à ses paroissiens comme un moyen facile de « racheter nos péchés, et d’attirer sur nous les bénédictions du Ciel les plus abondantes ». Bien sûr, le saint prêtre recommande aussi dans d’autres sermons la confession, en précisant qu’elle doit se faire après avoir demandé à Dieu la grâce de la contrition (Sermon sur la contrition).

On peut être étonné de l’importance que le Curé d’Ars donne à l’aumône pour recevoir la miséricorde de Dieu. En réalité, il s’inscrit là dans la tradition biblique. De nombreux personnages dans la Bible, croyants ou même païens, ont attiré la miséricorde de Dieu, grâce aux aumônes qu’ils pratiquaient abondamment : la veuve de Sarepta (1R 17) ou encore le centenier Corneille (Ac 10) en sont deux exemples parmi d’autres. 

Tout en s’inscrivant dans cette tradition biblique, le Curé d’Ars développe une théologie originale de l’aumône. Selon lui, l’aumône permet aux riches et aux pauvres de s’aider mutuellement d’un point de vue salvifique (qui a trait au salut des âmes). Ainsi, en recevant l’aumône, les pauvres vivent les vertus d’humilité et de douceur ; quant aux personnes plus aisées qui font l’aumône, elles pratiquent la compassion en apportant un soulagement matériel.

Au fond, nous dit le Curé d’Ars, en faisant ou en recevant l’aumône, nous pratiquons dès ici-bas la « communion des saints ». Cette façon concrète de vivre l’unité mystique de l’Eglise (en laquelle nous affirmons notre foi lors de chaque Credo) est peu connue et pourtant à la portée de tous. Il suffit, selon le Curé d’Ars, d’accompagner la pratique de l’aumône d’une certaine disposition de cœur, qui lui en donne toute sa valeur : désirer plaire à Dieu et désirer contribuer au salut des âmes (de la sienne, celle d’autrui, ou encore désirer hâter l’entrée au Ciel des âmes du Purgatoire).

Le sens profond de l’aumône

Le Curé d’Ars nous rappelle que l’aumône faite avec le cœur a une double valeur : une valeur matérielle et fraternelle envers le pauvre, notre frère, et une valeur hautement théologique. Le Christ s’étant identifié aux pauvres, lorsque nous soulageons un pauvre, c’est ainsi le Christ Lui-même que nous soulageons. (Mt, 25, 31-40)

Le Curé d’Ars rapporte dans son sermon de nombreux exemples de saints ayant reçu d’abondantes bénédictions après avoir pratiqué l’aumône. Ainsi, saint Martin, dont la vie nous est parvenue grâce à Sulpice-Sévère, n’était encore qu’un catéchumène lorsqu’il rencontra un pauvre misérable sur son chemin, un soir de l’hiver 334, à Amiens. Pris de pitié, il trancha son manteau ou tout du moins la doublure de sa pelisse (le manteau du légionnaire appartenait à l’armée, mais chaque soldat pouvait le doubler à ses frais, à l’intérieur par un tissu ou une fourrure). La nuit suivante, Jésus-Christ lui apparut avec la moitié de son habit, environné d’une troupe d’anges à qui il dit : « Martin, qui n’est encore que catéchumène, m’a donné la moitié de son manteau ».

Pour toutes ces raisons, on comprend pourquoi le Curé d’Ars cite en exemple le saint homme Tobie, qui sur le point de mourir, mande son fils pour lui prodiguer ses derniers conseils : faire l’aumône tous les jours de sa vie, ne jamais détourner son regard d’un pauvre, donner de bon cœur et avec joie, et remercier Dieu de faire si grand cas de si petits dons (Tb, 4).

Aliénor Strentz est docteur en ethnologie, formatrice pour adultes, et fondatrice du blog Chrétiens heureux : https://chretiensheureux.com/


 

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