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En Quête ou Enquête de Foi ?

La sainteté, un jeu d’enfant

La sainteté, un jeu d’enfant

La sainteté, un jeu d’enfant

 

Méditation proposée par Jean de Saint-Cheron

 

MERCREDI

2

NOVEMBRE

La communion des saints

 

Au lendemain de la Toussaint, de la fête des saints dans le ciel, nous commémorons les fidèles défunts. Et nous espérons qu’ils sont au ciel. En fait, nous espérons tout bonnement qu’ils sont saints.

Or qu’est-ce que cette sainteté que nous espérons pour ceux que nous avons connus, et que nous cherchons pour nous-mêmes ? Elle ne saurait ici-bas être notre propre perfection, mais davantage un cheminement, tous ensemble, vers la maison du Père de toute miséricorde. Nous savons bien que ceux que nous avons aimés avant leur mort, quelles qu’aient pu être leurs immenses qualités, et leur générosité, en un mot leur amour, n’étaient pas saints comme Dieu est saint. Mais nous savons que Dieu les aime infiniment, et ne conservera pour l’éternité que le poids de leur amour.

Aujourd’hui, donc, nous prions pour tous les défunts, et nous sommes portés par la prière des défunts qui jouissent déjà de la béatitude du Royaume, selon cette solidarité entre terre et ciel qui est l’Église tout entière. 

Et cela nous donne de la force, dès cette vie, pour avancer dans l’amour, vers la sainteté. Nous avons besoin du ciel pour vivre sur la terre. Et en même temps, ceux qui ont quitté cette terre ont besoin de notre prière, nous qui y sommes encore.

Ainsi va la prière de l’Église, qui éclate particulièrement à chaque messe, dans le sacrement de l’eucharistie, selon cette communion du Christ et de tous les saints à notre humanité rassemblée et de nous autres, dans l’action de grâce, à la divinité du Christ. 

Jésus nous sauve et nous fait vivre, et en communiant à son Corps, nous participons, à notre place, au salut du monde. Nous apprenons à être saints. Nous nous préparons à franchir un jour le ravin de la mort, nous nous entraînons à l’amour sans fin.

Mais il s’agit bien, pour tout de suite, d’être des enfants, de jouer le jeu d’enfant de la sainteté, qui est le jeu de l’amour.

Dans un poème inoubliable, Charles Péguy rend tangible le lien qui existe entre l’esprit d’enfance et le royaume des Cieux. La communion des saints, qui est le lien parfait de l’amour des hommes et des femmes entre eux, y est un climat général, une manière de vivre, en Dieu, sous son regard, et enfin dans la paix. Et pourquoi ne pas reprendre à notre compte la scène des saints qui jouent, imaginée par Péguy ?  C’est à propos des saints Innocents, massacrés par Hérode jaloux de la lumière naissante du Christ, en qui il voit un concurrent sur le trône d’Israël. Ces enfants sont victimes de l’effrayante folie du péché, de la force brute des ambitions humaines. Jésus l’a dit : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice… »

Heureux, donc, les saints enfants qui jouent, selon une hymne latine reprise par le poète :

Vous, première victime du Christ, 

Troupeau tendre des immolés, 

Au pied de l’autel même, simples 

(Simplices, âmes simples, simples enfants),

Palma et coronis luditis. Vous jouez avec la palme et les couronnes. Avec votre palme et vos couronnes. 
Tel est mon paradis, dit Dieu. Mon paradis est tout ce qu’il y a de plus simple. 

Rien n’est aussi dépouillé que mon paradis. 

Aram sub ipsam : au pied de l’autel même 

Ces simples enfants jouent avec leur palme et avec leurs couronnes de martyrs. 

Voilà ce qui se passe dans mon paradis. À quoi peut-on bien jouer 

Avec une palme et des couronnes de martyrs ? 

Je pense qu’ils jouent au cerceau, dit Dieu, et peut-être aux grâces 

(du moins je le pense, car ne croyez point 

qu’on me demande jamais la permission)

Et la palme toujours verte leur sert apparemment de bâtonnet

Ces enfants-là, ces saints-là, ces enfants de moins de deux ans victimes de la paranoïa ambitieuse d’un despote, ont donné leur vie pour la vie du Sauveur. Donc pour la vie du monde.

La sainteté, un jeu d’enfant

Témoigner

Le monde ne sait plus bien ce qu’est l’amour.

Heureusement les saints, qui sont des enfants (ou qui sont redevenus des enfants, dans la confiance et l’humilité qui permettent l’amour), continuent de jouer le jeu du bonheur.

C’est cela que toute l’Église (c’est-à-dire nous-mêmes) doit de toute urgence aller dire aux hommes et aux femmes de notre temps. Beaucoup, d’ailleurs, sont déjà engagés dans le combat de l’amour, sans connaître explicitement le Christ. Mais la Bible et le cœur disent la même chose. La conscience de l’homme est une merveille, un chef-d’œuvre du Créateur ; elle peut être éveillée à l’amour vrai à tout moment. Le cœur profond de l’homme est beau. Et fait pour aimer.

Mais l’on ne convertira jamais personne par des leçons de morale. Pourquoi faudrait-il se comporter comme ci ou comme ça, si l’on n’a pas d’abord fait comprendre que l’amour – la sainteté – était le lieu du bonheur ?

C’est par l’amour qu’on attire à Dieu.

L’homme tombe facilement dans les pièges du matérialisme et de l’irréalisme (les idéologies), des plaisirs éphémères et des logiques égoïstes, parce qu’il ne voit pas le chemin tout simple du bonheur. Or « tout homme recherche d’être heureux » (Pascal). Le rôle des chrétiens est d’aimer, et ainsi d’attirer à Dieu.

Dieu nous demande de revenir des enfants pour attirer les autres dans notre ronde. La ronde du bonheur, qui est la ronde des saints.

La sainteté, un jeu d’enfant

Communier

Le lien impénétrable pour nos simples intelligences humaines de la fraternité véritable, totale et définitive, c’est-à-dire de la « communion », s’éclaire dans le mystère du Corps du Christ auquel les chrétiens communient, et qu’ils constituent tous ensemble, lorsqu’ils s’aiment et collaborent entre eux. 

Car la sainteté est une chose concrète, comme nous l’a enseigné la petite Thérèse. Où chacun joue son rôle, et répond à sa vocation au bonheur selon son histoire propre, ses dons, sa personnalité. Nous ne sommes pas tous appelés à être professeur de philosophie, comptable, poète, prêtre ou ingénieur. Mais nous sommes tous appelés à aimer. C’est en aimant que nous devenons Dieu. 

C’est ainsi que nous formons le Corps du Christ. Et c’est ainsi que sont unis le ciel et la terre. Les saints qui déjà sont dans le ciel nous aiment, et prient pour nous : « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre », disait Thérèse de l’Enfant-Jésus. Et nous, ici-bas, en aimant, en donnant notre vie, nous participons au grand équilibre que ce monde cherche à tâtons, dans une nuit où luisent les étoiles que sont les saints : qui, croyant ou non, n’est pas ébloui, attiré, par la vie de saint François d’Assise, de Mère Teresa ou du bienheureux Frédéric Ozanam ? Le grand équilibre que nous cherchons tous, avec tous les hommes de notre temps, n’est autre que celui de l’amour. 

Et c’est ainsi que nous formerons un seul corps, en Jésus Christ, qui est une personne humaine, et qui est Dieu. Jésus Christ est un autre nom de l’amour. Il s’agit de nous laisser traverser par son Esprit.

C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps, dit saint Paul. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. Or Dieu a voulu qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres. Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps (1 Co 12, 13.25-27).

Lorsque nous nous aimons les uns les autres, lorsque nous servons un pauvre, celui qui nous est donné au travail, dans notre famille, au pied de chez nous ou ailleurs sur notre route, nous trouvons ce que nous cherchons tous, l’amour qui transfigure nos vies et qui triomphe de la mort. 

Il ne fait pas de mal de le redire, tant la nouvelle est belle : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 4).

Il y a une urgente nécessité pour notre temps à retrouver le réalisme chrétien, réalisme de l’amour qui, connaissant les faiblesses de l’homme, connaît en même temps le lieu de son plus haut bonheur.

Alors, en jouant dès aujourd’hui le jeu d’enfant de la sainteté, nous pourrons aller dire l’amour de Dieu au monde.

Le Jugement dernier, Fra Angelico (1387-1455), Florence, musée de San Marco. © akg-images

Le Jugement dernier, Fra Angelico (1387-1455), Florence, musée de San Marco. © akg-images

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