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En Quête ou Enquête de Foi ?

La sainteté, un jeu d’enfant

La sainteté, un jeu d’enfant

La sainteté, un jeu d’enfant

 

Méditation proposée par Jean de Saint-Cheron

 

MARDI

1

NOVEMBRE

 

La sainteté ; « un jeu d’enfant » ?

 

Le paradoxe de l’Évangile des Béatitudes, esquissé hier, éclate dans la liturgie de la Toussaint, alors que nous entendons et savourons ces versets si célèbres mais toujours nouveaux du chapitre 5 de saint Matthieu.

 

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux… »

(v. 3-10).

 

Ce bonheur des saints, qui est le bonheur de Jésus lui-même – parce qu’il est par excellence le pauvre de cœur, le doux, l’artisan de paix et le persécuté pour la justice –, est le bonheur auquel il veut nous faire participer.

« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse », nous dit aussi le Christ en ce jour (v. 12).

Soyez heureux si vous imitez ma manière de faire, car vous goûterez un bonheur sans limites.

Mais est-il à portée de main, ce bonheur ? Est-il facile d’aimer ? Est-il facile d’avoir le cœur pur, d’être pauvre, d’avoir faim et soif, d’être persécuté et d’être miséricordieux ? 

Est-il facile, en somme, de devenir saint, c’est-à-dire comme Dieu ?

 

Pourquoi s’obstine-t-on toutefois à parler de la sainteté, de ce programme de vie surnaturelle, comme d’un « jeu d’enfant » ? Il y a deux raisons à cela : 

  • la méthode de la sainteté est simple,
  • il faut, pour la mettre en œuvre, redevenir un enfant.

​​​​​​​Une méthode simple                                                                           

 

Nous l’avons vu. Il s’agit d’aimer. « Le soir, c’est sur l’amour que nous serons jugés », dit saint Jean de la Croix. Et c’est bien ce que l’on trouve dans l’Évangile : Marie Madeleine, la pécheresse pardonnée, la prostituée devenue l’une des plus grandes saintes de l’histoire, et qui se tenait au pied de la croix, a « montré beaucoup d’amour »  (Lc 7, 47).

Et l’Évangile du jugement dernier dans Matthieu 25 ne nous dit pas autre chose : c’est sur l’amour seul, c’est-à-dire sur les actes d’amour, que nous serons jugés. C’est en aimant les autres que l’on aime Dieu, que l’on rejoint le ciel et l’assemblée des saints. Faisant référence à la gloire des élus, et à la balance du dernier jour, saint Augustin note : « Mon poids, c’est mon amour. » C’est ce poids d’amour qui nous emporte vers l’autre. Vers Dieu.

 

La valeur de notre vie ne se mesure pas au nombre de chapelets que nous aurons récités, mais à nos actes d’amour. Bien sûr que je crois que le chapelet d’une vieille dame ou d’un jeune homme entre deux réunions professionnelles peut être un acte d’amour. Mais c’est par l’amour et rien que par l’amour que s’amasse les « trésors dans le ciel » (Mt 6, 20) que Jésus nous encourage à amasser. Bien sûr, il y a le rôle de la prière dans la vie chrétienne, le dialogue avec le Seigneur sans qui nous ne pouvons rien faire.

C’est central. Il faut se décentrer, se jeter dans l’échange amoureux avec celui qui nous aime le premier, pour sortir de soi-même et se mettre à aimer. Et que dire de l’importance des sacrements ? Il faut aller s’abreuver à la source de l’amour pour y puiser la force de mener le combat de la sainteté. Mais cette pratique de la prière, des sacrements, ne doit jamais nous faire oublier qu’« aucun rite ne dispense d’aimer », ainsi que le disait Georges Bernanos, dont le discours sur la sainteté est décidément incontournable.

 

Le programme est donc simple, un jeu d’enfant : Que dois-je faire pour être saint ? Aimer. À chaque instant de ma vie. 

 

L’amour des ennemis, de ceux qui « ne me reviennent pas », qui ne m’attirent pas, ou m’énervent, ne serait-ce pas de l’hypocrisie ? Non, car il ne s’agit pas d’abord d’aimer par les sentiments, mais en actes ! Ainsi un sourire, un service, du temps passé avec quelqu’un dont la compagnie nous est désagréable, n’est pas un mensonge : c’est l’amour agissant. Gratuit. C’est un geste divin. Et l’usage, peut-être, nous permet même de découvrir sa beauté, car telle est la mécanique de l’amour : plus on voit la beauté, plus on aime, et plus on aime, plus on voit la beauté.

 

 

La sainteté, un jeu d’enfant

 

La méthode est donc limpide : « Aime ! » « Tu aimeras ! » Mais est-elle facile à mettre en œuvre ? Certes non. Car le vieil homme résiste, comme disait saint Paul. Le vieil homme, c’est celui qui est englué dans son égoïsme, et qui ne veut pas en sortir. Et, ce qui est plus étonnant, même lorsque nous prétendons en sortir, nous peinons : Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas (Rm 7, 19). C’est parce que notre volonté est malade, saint Augustin l’a admirablement démontré ; nous disons vouloir faire le bien sans le vouloir vraiment. Nous ne voulons qu’à demi. Car il est inconfortable de se convertir, de congédier nos vices, nos habitudes égoïstes, paresseuses, notre goût pour la gloriole, la vaine brillance, ou la jouissance éphémère. Nous l’éprouvons tous. Le péché nous retient par un manteau de chair qui rechigne à se laisser traverser par l’Esprit. 

 

Rassurons-nous. Cette impression, les saints l’ont éprouvée avant nous. Et dire : « Je suis loin d’être saint » est un bon début, et peut même être bon signe, car la petite Thérèse affirmait : « Plus on avance dans [le] chemin [de la perfection], plus on se croit éloigné du terme. » Plus on s’approche de Dieu, plus on découvre l’infinité de son amour et de sa beauté, et plus on se reconnaît petit. 

On ne devient pas saint Charles de Foucauld ou sainte Mère Teresa en 48 heures, parce qu’on l’a décidé un beau jour. Saint Paul aura de longues années de combat spirituel après son chemin de Damas.

Le chemin des vertus – et la plus grande de toutes, c’est l’amour – est un exercice. Aristote avait compris, cinq siècles avant Jésus, que l’homme est long à se réformer, mais qu’il peut progressivement s’habituer à reconnaître le bien, à le choisir et à le faire. Il y a une progressivité de la conversion. Un temps nécessaire au déploiement de notre liberté, qui veut laisser Dieu agir. La perfection du saint est un projet de longue haleine. On raconte que saint Dominique, sur son lit de mort, exhortait ses frères à « persévérer dans la sainteté ». Cela n’est jamais acquis. 

 

Pourquoi donc serait-ce un jeu d’enfant ? Ici encore, la petite Thérèse nous donne une clé : il s’agit de redevenir un enfant, selon ce que le Seigneur a enseigné lui-même : « Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 18, 3). On peut traduire : pour être saint, devenez un enfant.

 

Qu’est-ce que ça veut dire ? Thérèse répond : c’est la voie de l’humilité (l’enfant sait qu’il est faible, petit, et qu’il a besoin de ses parents pour avoir une maison et de quoi se nourrir) et c’est la voie de la confiance (l’enfant fait confiance à son père qui l’aime). Le chemin du fils prodigue de l’Évangile, c’est le chemin de l’enfance retrouvée. Le prodigue s’est levé de sa fange, de son péché, de sa solitude, car il a confiance en son père : lui voudra encore l’accueillir, et le faire vivre. L’émerveillement devant l’amour du père nous met en marche.

 

« C’est la confiance, et rien que la confiance, qui doit nous conduire à l’amour », dit Thérèse. « Ce n’est pas à la première place, mais à la dernière que je m’élance ; au lieu de m’avancer avec le pharisien, je répète, remplie de confiance, l’humble prière du publicain ; mais surtout j’imite la conduite de Madeleine, son étonnante ou plutôt son amoureuse audace qui charme le Cœur de Jésus séduit le mien. Oui, je le sens, quand même j’aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j’irais, le cœur brisé de repentir, me jeter dans le bras de Jésus, car je sais combien Il chérit l’enfant prodigue qui revient à Lui. » 

 

La confiance de l’enfant est le secret du saint.

 

C’est ce que nous célébrons en ce jour, unis à tous ceux qui se réjouissent dans le Royaume.

Le Jugement dernier, Fra Angelico (1387-1455), Berlin, Gemäldegalerie. © akg-images.

Le Jugement dernier, Fra Angelico (1387-1455), Berlin, Gemäldegalerie. © akg-images.

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