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En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

L'adoration, un acte fort de Carême

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L'adoration, un acte fort de Carême

Le Carême est un temps propice pour partir au désert avec Jésus et adorer Dieu « en esprit et en vérité » (Jean 4, 23) pour se préparer à la joie de Pâques. Voici des pistes pour mettre l'adoration au centre de votre attitude de Carême. 

Publié le 6/03/2022 à 08:00

Je voudrais vous emmener au désert pour y adorer Dieu. Je sais bien que vos vies sont prises dans un tourbillon indifférent, parfois même hostile, au Carême et à ses exigences. En regardant nos expériences passées du Carême, nous redoutons de commencer avec ferveur et de terminer par la triste confession d'une tiédeur de trente-neuf jours, sinon quarante.

Mais je voudrais vous emmener au désert pour y suivre Jésus et adorer avec lui. Laissez-moi essayer. Cela tiendra-t-il dans votre agenda de ministre ?

Se mettre en présence de Dieu durant le Carême

Mes élèves du séminaire de Bertoua, au Cameroun, commençaient souvent leur temps de prière par cette belle et ancienne invitation : « Mettons-nous en présence du Seigneur et adorons-le ». Suivait un temps de silence d'une durée variable d'où jaillissait ensuite une prière vocale. Et il est vrai que pour aller au désert et rejoindre le Christ en temps de Carême, il s'agit d'abord de fermer les yeux et de faire silence en nous, pour l'adorer. C'est en l'adorant que notre cœur de carême se détache de tout ce qui est extérieur à lui et que nous entrons dans cette solitude remplie de la présence de Dieu.

C'est pourquoi cette attitude d'adoration doit être au cœur de notre Carême pour qu'en jaillissent une générosité et une pénitence vraiment chrétiennes. Alors, que signifie adorer ? Et comment adorer ?

Reconnaître que je dois tout à Dieu : l'adoration comme attitude intérieure de Carême

L'adoration est l'acte intérieur par lequel je me mets en présence de Dieu en reconnaissant, avec mon intelligence, sa souveraineté absolue sur ma vie. Résolument, je tourne durant le Carême mon regard vers Dieu et je reconnais qu'il est absolument premier, ce Dieu de Carême, et que tout ce que je suis dépend radicalement de lui. Je peux même l'affirmer et le lui dire avec mes mots :
« Seigneur, ma vie dépend entièrement de toi. C'est de toi que je la tiens avec tout ce que je suis. Par-delà toutes les richesses que je possède, je sais et je proclame que je ne serais rien sans toi. Que je ne serais pas. Je me prosterne devant toi, pour m'offrir à toi et me remettre entre tes mains ».

Vivre une telle prière de Carême et l'exprimer intérieurement, c'est me mettre dans la relation la plus fondamentale et la plus vraie à l'égard de Dieu. L'adoration de Carême est l'attitude intérieure qui me remet « au diapason » du mystère de Dieu et qui replace ma vie dans sa vraie perspective. Avant toute autre action, faire la vérité sur ma vie pendant le Carême, c'est adorer et reconnaître la majesté aimante de Dieu en reconnaissant que je lui dois tout.

De l'adoration en Carême à l'abandon : l'amour de Dieu et sa transcendance 

En adorant Dieu particulièrement durant le Carême, je reconnais qu'il m'a créé en toute liberté, sans y être obligé, pour me communiquer son amour. Cependant, si je dépends de lui qui possède sur moi tous les droits, cette dépendance n'engendre en moi ni angoisse ni aliénation. Au contraire, elle est source d'une immense confiance de Carême et d'un abandon. On ne peut en effet s'abandonner qu'à quelqu'un qui prend soin de nous efficacement et qui nous est bienveillant.

Le Dieu tout-puissant dont nous découvrons la transcendance absolue dans l'adoration de Carême est aussi, et dans la même mesure, un Dieu dont l'amour est infiniment proche, plus intime à moi-même que moi-même. Et nous lui disons : « Seigneur, je me remets entièrement entre tes mains. Je sais que tu m'as aimé le premier et que tout ce que je suis est un don de ton amour. Tu m'as tiré du néant pour faire de moi ton enfant bien-aimé. J'ai confiance en toi et je remets toute ma vie entre tes mains, car je t'aime ».

Prier Dieu en Carême pour atteindre son mystère

Lorsque j'adore ainsi, j'atteins le mystère de Dieu plus profondément qu'aucune autre prière dont j'ai l'initiative. Les autres formes de prière, la louange ou la demande par exemple, s'adressent à Dieu sous un certain aspect : il est digne de louange, il peut accorder un bienfait. L'adoration, elle, ne considère pas Dieu sous un "angle" particulier : elle le regarde pour ce qu'il est en lui-même. Elle me fait saisir que lui seul est absolument premier et que tout le reste, même ce qui m'est le plus cher, même ma propre vie, même mes plus grands désirs, lui sont relatifs.

Cette primauté de Dieu dans ma vie, remettant toutes les autres choses à leur juste place, y introduit la paix.

Lorsque j'adore en période de Carême, j'entre au désert, car je me sépare intérieurement de tout ce qui n'est pas Dieu. Extérieurement, bien sûr, mon imagination continue souvent de battre la campagne et le monde extérieur n'est pas modifié. Mais mon intelligence et mon cœur sont comme reclus en Dieu, et nul n'y a accès.

Le prince de ce monde lui-même, Satan, peut faire du bruit à l'extérieur pour me détourner de l'adoration en provoquant mon imagination ! Mais il n'entre pas dans mon adoration. Par elle, je deviens une terre sacrée que nul ne peut fouler sinon Dieu seul à qui je l'offre pendant mon Carême.

L'adoration pour lutter contre l'orgueil et gagner la paix du Carême

En revanche, lorsque je n'adore plus, j'oublie progressivement la saveur, le goût de Dieu. Mes œuvres peuvent être belles, mais leur racine est abîmée, et peu à peu je perds la sensibilité aux choses divines : la sensibilité des saints.

Très vite alors, je retombe dans l'agitation. Je ne sais plus très bien où je vais : je deviens un errant. Ayant perdu ma finalité, je risque d'adorer des idoles, les plus grossières comme les plus subtiles : les biens terrestres, mon apparence, mon intelligence, ma supériorité dans certains domaines, etc. L'idolâtrie est la conséquence et la manifestation immédiate de l'orgueil.

L'orgueil est l'attitude radicalement opposée à celle de l'adoration. D'une manière très pratique, l'orgueil fait que je me considère comme premier à l'exclusion de tout autre, et il installe dans ma vie un ordre faussé.

Bien entendu, il est rare que je l'exprime à moi-même aussi nettement, mais en pratique, Dieu ne vient qu'après mes propres désirs. Si l'adoration me met dans la paix en rétablissant l'ordre de ma vie à partir de Dieu, l'orgueil me plonge dans l'agitation et le désordre en installant un ordre perverti où Dieu n'est plus à la première place. En n'adorant plus, je perds le sens de ma finalité. Je suis alors à la merci de tous les vents contraires. Et je ne m'en rends même plus compte.

Le Carême, entrer au désert pour vivre le temps de l'adoration 

Le Carême n'est rien d'autre que le temps où j'entre au désert pour – souvent dans la lutte – revenir à la prière d'adoration que l'orgueil, à mon insu, a affadie. Par l'adoration de Carême, je saisis très pratiquement qu'entre la grâce de Dieu et mon péché, il n'y a pas de zone neutre en mon Carême où je puisse vivre humainement à la fois sans Dieu et sans pécher. Actuellement, je peux, par l'adoration du Carême, offrir ma vie à l'action de Dieu ou, en n'adorant plus, m'éloigner de l'action divine. « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi » dit Jésus (Luc 11, 23).

Les efforts que je fais en période de Carême, les privations de Carême auxquelles je consens, ne sont que des actes par lesquels je signifie que j'offre ma vie à Dieu en le préférant à tout le reste. Si j'oublie cela, les « efforts de Carême » deviennent une espèce d'obligation morale dont on a oublié la finalité profonde. Et ces résolutions, très vite, tombent...

Jésus, l'adorateur par excellence

Le Père nous a envoyé son Fils, Jésus, qui est l'adorateur par excellence. Dans toute sa vie, et à la Croix surtout, Jésus est celui qui adore « en esprit et en vérité » (Jean 4, 23). Si mon adoration est fragile et sans cesse à reprendre, celle de Jésus est plénière et brûlante de charité.

Jésus est venu « chez nous » pour nous donner accès à sa propre adoration. Désormais, dans la foi, j'adore le Père avec Jésus. Son cœur m'est ouvert et son adoration est le trésor dans lequel je peux puiser comme dans mon bien propre. Avec Marie, j'adore Jésus, avec Jésus j'adore le Père et l'Esprit Saint.

« Le Père cherche des adorateurs », dit Jésus à la Samaritaine (Jean 4, 23). C'est le seul lieu dans toute l'Écriture où il soit dit que « le Père cherche » quelqu'un ! Alors ne tardons plus : adorons.

En toutes circonstances, poser des actes d'adoration 

L’adoration est un acte volontaire : je peux adorer Dieu quand je veux, dans toutes les circonstances.

Je peux lui dire « Seigneur, je me tiens en ta présence et je reconnais que tu es le premier dans ma vie. Tu es mon Dieu, mon créateur et mon Père, et je me remets entre tes mains. Prends ma vie et tout ce qui m’appartient, car je t’aime et je veux n’appartenir qu’à toi ».

Cet acte peut durer ainsi une minute ; un peu moins ou beaucoup plus selon les circonstances.

Le matin au lever, l’adoration peut être le premier acte qui donne sa couleur à ma journée. De même, le soir au coucher. Et pourquoi pas dans la journée, entre deux activités, par exemple ? Pour m’aider, je peux fixer plusieurs rendez-vous horaires par jour.

Si les circonstances le permettent, je peux me mettre à genoux, comme Moïse se prosternant devant Dieu. Sinon, dans mon cœur, je me prosterne et me recueille un instant jusqu’à ce que j’aie rendu à Dieu sa place, au centre de ma vie.

Et ainsi, posant des actes d’adoration, je deviens peu à peu un adorateur.

Frère Jean-Hilaire Ardillier

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