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En Quête ou Enquête de Foi ?

Parution d'articles de presse web concernant édifices religieux, œuvres d'arts ou manifestations chrétiennes.

Les Vignerons du Ciel, Les Moines et le Vin par le Général Marc Paitier (Aleteia)

Odile Pascal

Odile Pascal

ART & VOYAGES

(1/6)

Ils travaillent la vigne depuis des siècles pour la gloire de Dieu

Marc Paitier - publié le 06/12/21

Bâtisseurs de la civilisation du vin, les moines et moniales n’ont eu de cesse, au fil des siècles, de travailler la vigne pour la gloire du Seigneur. Tout au long de la semaine, le général Marc Paitier nous invite à remonter le temps afin de comprendre l’évolution de la viticulture monastique et la manière dont elle s’incarne encore aujourd’hui dans certains monastères et abbayes de France. Plongée aujourd’hui dans cette épopée, du Moyen Âge à nos jours. (1/6)

Avec la conquête romaine, la vigne qui était restée cantonnée le long des rivages de la Méditerranée, s’est largement répandue à l’intérieur du continent européen. Remontant les vallées du Rhône, de la Saône et du Rhin, elle a gagné l’Europe centrale et l’Europe du Nord et poursuivi sa marche jusqu’en Angleterre. Dans le chaos général qui a suivi l’effondrement de l’Empire romain, ce bel édifice, symbole de la pax romana, aurait pu disparaître. Il sera sauvé par l’Église, qui s’impose dans les ruines, comme la seule institution stable. Une autre civilisation naît sur l’humus de la précédente. « La romanité n’a pas disparu avec la supposée chute de l’Empire. Ayant trouvé refuge dans l’Église, c’est par elle qu’elle va pouvoir poursuivre sa route et poursuivre la route du vin », écrit ainsi Jean-Baptiste Noé dans son ouvrage Histoire du vin et de l’Église. Les évêques joueront un rôle considérable à la tête des diocèses, circonscriptions ecclésiastiques qui prennent le relais des civitates gallo-romaines. On se regroupe autour de ces « défenseurs de la cité ».

  • C’est au Moyen Âge que cette osmose du divin et de l’humain a trouvé sa plus haute expression.

La très longue période comprise entre 500 et 1500 a été qualifiée avec morgue de « Moyen Âge » par les hommes des Lumières qui considéraient la « Renaissance » comme la sortie d’une longue parenthèse obscurantiste. Ces mille ans ne constituent pas une époque homogène. Les premiers siècles furent un temps d’épreuves pendant lequel tout fut en permanence à reconstruire ; les derniers siècles connaitront les ravages de la guerre et de terribles épidémies. Le cœur du Moyen Âge, en revanche, fut lumineux, très riche sur tous les plans, intellectuel, artistique, scientifique et spirituel. Comment douter du génie « médiéval » en contemplant Notre-Dame de Paris, le visage de « l’Ange au sourire » de la cathédrale de Reims, le regard du « Beau Dieu d’Amiens » et l’éclat des vitraux de Notre-Dame de Chartres ? Non, cet âge ne fut pas moyen ! S’il eut ses misères comme il y en eut dans toute l’histoire, il eut aussi ses grandeurs en un temps où les élites et le peuple trouvaient dans le Ciel de quoi donner un sens à leur vie. « C’est au Moyen Âge que cette osmose du divin et de l’humain a trouvé sa plus haute expression », assure Gustave Thibon dans la préface du livre Demain la chrétienté.

Les vertus dont les hommes de ce temps étaient habités n’avaient pas encore subi les distorsions de la modernité et d’un progressisme dévoyé. Le phénomène central qui donne à cette vaste période son identité est celui du monachisme. Les moines vont être les architectes d’un nouveau monde qui portera le nom de Chrétienté. Fuyant un univers finissant, de fureur et de massacres, ils établiront des bastions qui formeront au fil des siècles un réseau de charité, de foi et d’espérance. Grâce à eux, il coule dans l’Occident pacifié une sève jeune, joyeuse et enthousiaste. La viticulture renaît. Les vignobles gagnent de nouveaux espaces, influencent les modes de vie et transforment les paysages. En France, ils vont modeler le visage de notre pays.

Dans l’ouvrage Les vignerons du Ciel, on découvre la longue histoire de la viticulture monastique qui connaîtra son apogée entre le XIe siècle et le milieu du XIIIe siècle. La vigne est partout présente, là où il y a une abbaye. Ce n’est pas la consommation des moines fortement limitée par la règle de Saint Benoît, ni même les exigences de la liturgie qui ont rendu nécessaire l’implantation de la vigne autour des monastères mais surtout le devoir de charité dont le vin est le symbole par excellence. En effet, quelle charité plus grande que d’offrir à ses hôtes ce qu’il y a de meilleur comme fruit de son travail et cela, dont on se prive dans un esprit d’ascèse ? Toutes les régions viticoles européennes, particulièrement sous l’influence de Cluny et de Cîteaux, ont un passé viticole qui les a profondément marquées. Les moines resteront jusqu’à la Révolution des acteurs majeurs du monde viticole. Leur grand mérite ne fut pas celui d’innovations spectaculaires mais d’un lent perfectionnement, au rythme des saisons et des générations ; une capacité de renaissance quand les calamités naturelles et la folie des hommes se faisaient destructrices. 

La Révolution, fin brutale de la viticulture monastique

La Révolution met fin brutalement à la viticulture monastique. Le 12 juillet 1790, la Constitution civile du clergé supprime purement et simplement les ordres monastiques. Les moines sont dépossédés de leurs terres et donc de leurs vignes qui sont vendus comme « bien national ». Les vignobles monastiques qui avaient été constitués avec patience et formaient des ensembles cohérents sont sécularisés, morcelés et redistribués entre de nombreux acheteurs. Le XIXe siècle verra s’affronter les héritiers des « Lumières » et de la Révolution contre la France catholique qui ressurgit comme le feu couvant sous la cendre. Cette renaissance catholique est aussi celle des ordres monastiques et religieux : trappistes, bénédictins, chartreux, dominicains, jésuites. De nombreux édifices religieux sont construits et des abbayes restaurées. Les moines du XIXe siècle renouent le fil avec leur héritage et apportent également une nouvelle lumière pour éclairer les temps qui s’ouvrent. Dans cette restauration, il n’y a pas de place pour la culture de la vigne et l’élaboration du vin qui sont des charges et des activités beaucoup trop lourdes. 

Les persécutions contre les ordres religieux du début du XXe siècle, les deux guerres mondiales, ne permettent guère la reconstitution d’une viticulture monastique qui exige une main d’œuvre abondante, de la stabilité, une disponibilité, des moyens et des infrastructures dont les moines ne disposent pas. Ils ont, par ailleurs, bien d’autres préoccupations pour assurer leur survie et leur développement. La relation entre les moines et le vin, en France, semblait donc appartenir à un passé définitivement révolu. C’est oublier qu’avec les moines tout est un éternel recommencement. Cinq monastères français ont renoué, ces dernières décennies, avec l’activité viticole : l’abbaye cistercienne de Lérins située sur l’île de Saint Honorat au large de Cannes, les deux abbayes bénédictines du Barroux implantées entre le Mont Ventoux et les dentelles de Montmirail, l’abbaye bénédictine de Jouques près d’Aix-en-Provence, le monastère orthodoxe de Solan sur la rive droite du Rhône au nord d’Uzès. Notons d’abord, qu’ils sont tous situés en Provence (ou si près pour Solan) dans cette région qui servit de base de départ à l’aventure viticole en France, ce qui est peut-être un signe. 

Les moniales sont bien représentées et même majoritaires. Jouques, Solan et une des deux abbayes du Barroux sont des établissements féminins. Il n’y a pas lieu de s’étonner car historiquement les moniales ont toujours exploité la vigne. On peut y voir aussi, une manifestation de la place de plus en plus grande que prennent les femmes, aujourd’hui, dans le monde du vin, avec leur sensibilité et pour le plus grand profit des dégustateurs. Dernière remarque enfin qui mérite d’être signalée, une des plus anciennes abbayes françaises, Lérins, fondée au tout début du Ve siècle côtoient quatre fondations récentes de la fin du XXe siècle, preuve de la permanence du phénomène monastique mais aussi de son perpétuel renouveau. Les circonstances qui ont amené chacun de ces monastères à planter des vignes et à les cultiver peuvent différer mais il y a partout la même volonté de valoriser un terroir, d’en extraire ce qu’il produit de meilleur, de créer un lien durable et fécond avec l’environnement du monastère. Il ne s’agit pas de folklore ou de nostalgie mais d’une évidence, nulle production humaine ne donne mieux que le vin, à apprécier la beauté de la Création et le goût suave de la charité. 

Parler aujourd’hui de « renaissance », à propos de la viticulture monastique, comme le titre de ce chapitre l’indique, est excessif mais il faut considérer, dans le choix de ce mot, une espérance, qui est celle de voir de nombreux établissements religieux suivre l’exemple de ces abbayes vigneronnes auxquelles nous allons rendre hommage.

Patrice THEBAULT I CIRIC  -  Moine cistercien lors des vendanges, Abbaye Saint-Honorat, îles de Lérins.

Patrice THEBAULT I CIRIC - Moine cistercien lors des vendanges, Abbaye Saint-Honorat, îles de Lérins.

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Lérins, des vignes bercées par le chant des moines

Marc Paitier - publié le 07/12/21

Bâtisseurs de la civilisation du vin, les moines et moniales n’ont eu de cesse, au fil des siècles, de travailler la vigne pour la gloire du Seigneur. Tout au long de la semaine, le général Marc Paitier nous invite à remonter le temps afin de comprendre l’évolution de la viticulture monastique et la manière dont elle s’incarne encore aujourd’hui dans certains monastères et abbayes de France. Découvrez aujourd’hui l’abbaye de Lérins. (2/6)

Bâtisseurs de la civilisation du vin, les moines et moniales n’ont eu de cesse, au fil des siècles, de travailler la vigne pour la gloire du Seigneur. Tout au long de la semaine, le général Marc Paitier nous invite à remonter le temps afin de comprendre l’évolution de la viticulture monastique et la manière dont elle s’incarne encore aujourd’hui dans certains monastères et abbayes de France. Découvrez aujourd’hui l’abbaye de Lérins. (2/6)

Le site de Lérins est enchanteur, une oasis de paix et de sérénité où les pins d’Alep et les eucalyptus exhalent leur parfum captivant. L’abbaye, fondée par saint Honorat sur la plus petite des deux îles de l’archipel, connaît un rapide développement dès les premières décennies de son existence. Jean Cassien, le fondateur de l’abbaye Saint Victor de Marseille la qualifie dès 427, « d’immense monastère ». Son rayonnement sera considérable, diffusé par de grandes figures de saints : saint Maxime, saint Hilaire, Saint Vincent de Lérins, etc. Saint Patrick y séjourna avant d’aller évangéliser l’Irlande. Les nombreux évêques issus de Lérins contribuèrent à christianiser la Provence. Au début du XIe siècle, l’abbaye devient clunisienne. Elle connaitra bien des épreuves : invasions sarrasines, pillages par des pirates génois, etc. Pour y faire face, l’abbaye se fortifie. Les travaux ne cesseront pas entre le XIe et le XIVe siècle. On peut encore admirer la « tour refuge » qui devint au fil du temps un véritable monastère fortifié. En 1788, faute de moines, l’abbaye est fermée. 

Association des Vins d’Abbaye - Abbaye de Lérins (Alpes-Maritimes).

Association des Vins d’Abbaye - Abbaye de Lérins (Alpes-Maritimes).

À la Révolution, l’île est déclarée bien national, puis vendue à une riche actrice qui transformera les bâtiments monastiques en salon de réceptions mondaines. En 1859, l’évêque de Fréjus rachète l’île et y installent des moines cisterciens venus de l’abbaye de Sénanque. En 1903, lors du pitoyable épisode de l’expulsion des congrégations, Lérins fut l’un des rares établissements autorisés à continuer de fonctionner. Aujourd’hui, l’abbaye compte une vingtaine de moines sous l’autorité de son abbé, le père Vladimir Gaudrat.

Une maîtrise de l’ensemble du processus

L’origine du vignoble remonte vraisemblablement à la fondation de l’abbaye. Il se développa pour atteindre son apogée aux XIIe et XIIIe siècles. Il subit comme partout les fléaux qui ont marqué l’histoire. À la fin des années 1980, il restait un vignoble résiduel d’un hectare et demi quand la communauté décida de l’étendre et de relancer l’activité viticole avec un projet ambitieux qui en fasse la première source de revenus de l’établissement. L’abbaye de Lérins possède non seulement ses vignes mais ses propres installations avec pressoir, cuverie et chai d’élevage. Elle maitrise seule tout le processus jusqu’à la mise sur le marché. 

Les moines se sont attaché le concours d’experts : un œnologue conseil, le Genevois, Jean-Michel Novelle et un maître de culture, Alain Valles. Le frère Marie Pâques qui fut pendant 25 ans le cellérier de l’abbaye Lérins a été l’âme du projet et le moteur de sa mise en œuvre avec une générosité et un enthousiasme qui n’excluent pas une redoutable efficacité commerciale. Un laïc, Samuel Bouton, lui a succédé comme directeur commercial.

  • Un micro terroir unique doté d’un caractère exceptionnel.

Situé dans la partie centrale de l’île, le vignoble s’étend aujourd’hui sur 8 hectares. Il bénéficie d’un sous-sol constitué de roches sédimentaires, calcaire et dolomite, minéral riche en calcium et magnésium. Il est recouvert d’une épaisse couche de limon argileux rouge favorable à l’élaboration de vins bien structurés. La chaleur est tempérée par l’influence maritime et la fraicheur délivrée par les embruns marins qui assurent un taux d’humidité constant tout au long de l’année. En période de sécheresse, l’île reste toujours verte grâce à une source abondante qui alimente la nappe phréatique. Les chênes verts, les cyprès, les micocouliers, les palmiers et les oliviers plus que centenaires forment un écrin protecteur au plus près des vignes. Entre ciel et mer, la lumière de l’île non seulement favorise la photosynthèse mais porte toutes les énergies dont ce site préservé est le réceptacle. 

Les vignes jouxtent l’abbaye comme une garde rapprochée. Tous les jours que le Bon Dieu fait, elles sont bercées par le chant des moines des matines jusqu’aux complies. Après complies, quand tout s’apaise, elles se reposent comme les moines, dans le silence de la nuit. La conjonction de tous ces éléments crée un micro terroir unique doté d’un caractère exceptionnel. C’est la raison pour laquelle, les moines de Lérins n’ont pas choisi d’élaborer un « petit rosé de Provence » mais des vins ambitieux à partir de cépages adaptés au sol et au climat de l’île. En poussant plus loin la connaissance de leur vignoble, de sa nature et de ses nuances, ils ont fait le choix d’une viticulture parcellaire. Ils pratiquent une culture biologique, sans herbicide, en prodiguant des soins attentifs à la vigne, conscients que le bon vin se fait avec de beaux et sains raisins. 

Le chardonnay est cultivé sur les sols argilo-calcaires les plus profonds du centre de l’île. On peut s’étonner de le trouver là mais on connait les capacités d’adaptation de ce cépage international. Il est à l’origine de la cuvée Saint-Césaire élevée en fûts de chêne, un vin opulent, équilibré par une belle acidité sur des arômes de fleurs et d’agrumes confits et de la cuvée Saint Ombeline plus complexe, raffinée et délicate avec des notes d’amandes grillées. Le viognier, cépage subtil d’origine rhodanienne est vinifié pour produire une cuvée confidentielle baptisée Saint-Cyprien, alliant le gras et la vivacité sur des arômes d’abricot sec et des notes épicées. La cuvée Saint Pierre est le résultat d’un assemblage de clairette (dominant) et de chardonnay, cultivés sur un sol caillouteux, qui produisent un vin élégant exprimant la pêche, l’abricot et le miel. 

En rouge, le cépage syrah sert à l’élaboration de deux cuvées Saint Honorat et Saint Sauveur. Cette dernière est produite à partir de vieilles vignes de 80 ans. Elle est puissante et veloutée avec une grande complexité aromatique (cassis et cerise très mûrs, chocolat, épices, violette, notes toastées). La cuvée issue du cépage mourvèdre porte le nom de Saint Lambert. Elle est la préférée de l’auteur de ces lignes. Le mourvèdre est un cépage difficile qui aime avoir la tête au soleil et les pieds dans l’eau pour s’exprimer. Il ne peut pas trouver de plus belles conditions ailleurs que sur l’île de Saint Honorat pour satisfaire ses exigences. Il offre une texture soyeuse unique, une bouche riche et irrésistible exprimant les fruits noirs, le cuir sur des notes poivrées caractéristiques du cépage. Cette cuvée tutoie les anges se situant au niveau des plus grands vins de Bandol. 

Avec la cuvée Saint Salonius, Lérins innove puisqu’elle est élaborée avec le cépage bourguignon pinot noir. Un vin « hérétique » qui s’éloigne du profil connu de ce cépage. Il est très coloré et quelque peu confit. Le clos de la Charité créé en 2010 est une toute petite parcelle de 500 pieds de mourvèdre. Chaque plant est parrainé et le produit est vendu annuellement aux enchères au profit exclusif d’associations caritatives. Le vin au service des plus pauvres dans l’esprit cistercien de Saint Bernard et des grands abbés de Cluny. Lérins est ainsi fidèle à son double héritage.

Association des Vins d'Abbaye - Les bénédictines de Jouques pendant les vendanges.

Association des Vins d'Abbaye - Les bénédictines de Jouques pendant les vendanges.

(3/6)

À Jouques, des religieuses au petit soin pour leurs vignes

Marc Paitier - publié le 08/12/21

Bâtisseurs de la civilisation du vin, les moines et moniales n’ont eu de cesse, au fil des siècles, de travailler la vigne pour la gloire du Seigneur. Tout au long de la semaine, le général Marc Paitier nous invite à remonter le temps afin de comprendre l’évolution de la viticulture monastique et la manière dont elle s’incarne encore aujourd’hui dans certains monastères et abbayes de France. Découvrez aujourd’hui l’abbaye de Jouques. (3/6)

C’est à Jouques, au nord d’Aix-en-Provence, dans une ferme entourée de vignes, que seize moniales bénédictines de l’abbaye Notre Dame du Temple dans l’Essonne décident de venir s’installer en 1967. Très vite d’importants travaux sont entrepris pour construire un monastère tandis que le bâtiment d’origine est transformé en hôtellerie. L’église est bénie deux ans plus tard. En 1981, le monastère est érigé en abbaye. En 1991, l’abbaye, qui attire de nombreuses vocations, essaime en fondant un nouveau monastère, Notre-Dame de Miséricorde, à Rosans dans les Hautes-Alpes. L’opération se renouvellera avec la fondation du monastère Notre-Dame de l’Écoute au Bénin en 2005. La jeune et ardente communauté de Jouques compte aujourd’hui 47 religieuses.

 
JR Malénon | JR Malénon - L’abbaye de Jouques surplombe la vallée de la Durance, à une vingtaine de kilomètres d’Aix-en-Provence et compte 45 moniales, de 22 à 85 ans, qui vivent selon la règle de Saint Benoit « Ora et labora ».

JR Malénon | JR Malénon - L’abbaye de Jouques surplombe la vallée de la Durance, à une vingtaine de kilomètres d’Aix-en-Provence et compte 45 moniales, de 22 à 85 ans, qui vivent selon la règle de Saint Benoit « Ora et labora ».

Sœur Maïté et une bouteille d' »Exusltat », le rosé de l’abbaye de Jouques. Abbaye de Jouques

Sœur Maïté et une bouteille d' »Exusltat », le rosé de l’abbaye de Jouques. Abbaye de Jouques

Depuis les vendanges 2020, les sœurs proposent un vin rosé, Provence oblige. Il est baptisé « Exsulta » car le vin est une source de joie. Il est le fruit d’un assemblage de grenache et de syrah. Il présente une belle robe rose pâle. Le nez s’exprime sur des notes florales et d’agrumes. La bouche est salivante. Le mariage avec la tapenade de l’abbaye s’impose. Un vin plein de charme qui provoque l’allégresse (Zacharie, IX,9) :

Exsulta filia Sion, lauda filia Jerusalem : ecce Rex tuus venit sanctus et Salvator mundi / Tressaille fille de Sion, chante tes louanges, fille de Jérusalem : voici que ton Roi vient, le Saint et le Sauveur du monde. 

L’objectif, dans les prochaines années, est d’augmenter, davantage encore, la part des raisins dévolue à la réalisation des cuvées de l’abbaye. Ainsi, de nouvelles cuvées verront le jour qui permettront de méditer d’autres belles vertus chrétiennes en savourant le vin des sœurs.

Via Caritatis

Via Caritatis

(4/6)

Au Barroux, la vigne héritière du travail des moines

Marc Paitier - publié le 09/12/21

Bâtisseurs de la civilisation du vin, les moines et moniales n’ont eu de cesse, au fil des siècles, de travailler la vigne pour la gloire du Seigneur. Tout au long de la semaine, le général Marc Paitier nous invite à remonter le temps afin de comprendre l’évolution de la viticulture monastique et la manière dont elle s’incarne encore aujourd’hui dans certains monastères et abbayes de France. Découvrez aujourd’hui l’abbaye Sainte Madeleine du Barroux. (4/6)

L’histoire commence à l’été 1970, à une dizaine de kilomètres du Barroux autour de la petite chapelle romane de Bédoin dans le Vaucluse. Dom Gérard Calvet, moine bénédictin dans la force de l’âge s’installe dans cette solitude avec ses maigres bagages. Quelques mois plus tôt, il avait quitté son abbaye de Tournay, dans les Hautes Pyrénées, avec l’autorisation du Père abbé. Ce moine n’est pas un révolté mais à l’heure des bouleversements qui atteignent la règle de Saint Benoît et défigurent la liturgie, il entend rester fidèle à sa vocation monastique. Un premier postulant se présente, puis un deuxième. 

Au mois de novembre, ils sont trois à chanter la louange divine. Une communauté est née qui ne cessera de grandir. Le prieuré de Bédoin devient vite trop petit. En 1980, la première pierre du futur monastère Sainte Madeleine du Barroux est posée sur un terrain d’une trentaine d’hectares dont les moines sont propriétaires entre le Ventoux et les dentelles de Montmirail. Le site est sauvage mais d’une beauté incomparable. En décembre 1981, la jeune communauté fait ses adieux à Bédoin et s’installe dans le monastère en construction. En juin 1989, le décret d’érection du monastère en abbaye est promulgué ; en juillet Dom Gérard reçoit la bénédiction abbatiale ; en octobre l’église, enfin achevée, est consacrée. 

Moines du Barroux - L’abbaye Sainte Madeleine du Barroux.

Moines du Barroux - L’abbaye Sainte Madeleine du Barroux.

En 2002, les moines sont près de 70. Il faut essaimer. Huit moines quittent le Barroux pour fonder, près d’Agen, le monastère Sainte-Marie de la Garde. En 2003, Dom Gérard s’efface humblement et remet la démission de sa charge d’abbé. Le 28 février 2008, il rend son âme à Dieu. En février 2021, le prieuré de la Garde est érigé, à son tour, en abbaye. De très importants travaux entrepris au Barroux sont achevés la même année. Ils doublent pratiquement la surface bâtie de l’abbaye, signes de son rayonnement et de son dynamisme. Cette abbaye romane s’inscrit dans le paysage comme si elle avait toujours été là.

Les débuts de l’aventure viticole

L’aventure viticole avait commencé avec l’arrivée des moniales du monastère de Notre-Dame de l’Annonciation. Cette communauté est née du désir de mener la vie bénédictine dans la mouvance de Dom Gérard. Implantée initialement près d’Uzès, elle rejoint Le Barroux en 1986 et s’installe sur un terrain situé à quelques kilomètres du monastère des moines, au lieu-dit la Font de Perthus. Il s’agit d’une ancienne propriété viticole. En procédant à son achat, les religieuses se sont engagées à maintenir le vignoble. Elles apprennent progressivement les gestes du métier avec l’aide de vignerons voisins. Les moines plantent à leur tour des vignes au pied de la colline du monastère. Dom Louis-Marie, l’actuel Père abbé insiste sur les vertus du travail de la vigne :

La vertu générale la plus importante pour les moines, c’est le retour au réel. Il est important d’avoir un contact avec le réel grâce au travail manuel. Grâce aux travaux de la vigne, le moine développe les vertus de force, de patience et de persévérance.

Les raisins des deux abbayes sont vinifiés à la cave coopérative des vignerons de Beaumont-du-Ventoux, la plus proche du Barroux. Le moine en charge du vignoble prend place parmi les administrateurs de la cave. Les années passant, les moines s’investissent davantage dans la conduite du vignoble. Ils assurent non seulement les vendanges mais tous les travaux de la vigne, de la taille à la récolte. Le domaine des abbayes du Barroux s’agrandit peu à peu par acquisitions de parcelles. En 2009, il compte 7 hectares de vignes. 20.000 bouteilles sont produites chaque année.

Une route longue et difficile

La situation n’est cependant pas satisfaisante. Les problèmes sont nombreux. La main d’œuvre monastique est à géométrie variable et insuffisante. Le vignoble n’est pas en parfaite santé avec beaucoup de ceps manquants. Il y a un manque de coordination et de vision commune entre les sœurs, les moines et la cave coopérative. L’équilibre financier est difficile à réaliser. Les vins produits sont de qualité moyenne et leur image est négative ; le réseau de distribution est insuffisant. Cela fait beaucoup de handicaps qui posent la question de la pérennité de l’activité viticole.  Les moines conscients de la place symbolique que représente la vigne dans l’héritage dont ils sont porteurs, vont se remettre en cause, réformer leur mode de fonctionnement et mettre en place un projet original qui va au-delà de la seule rentabilité économique et commerciale mais qui valorise les vertus monastiques de charité et de justice. Ce sera le projet Via Caritatis. La route sera longue, l’accouchement difficile mais la volonté, la capacité d’adaptation, la faculté à tirer des leçons des échecs permettront d’atteindre l’effet final recherché.

Association avec la cave de Beaumont et les vignerons coopérateurs

Pour les moines, le développement de leur activité viticole n’avait de sens que si elle profitait à leur environnement comme les doyennés clunisiens et les granges cisterciennes qui créaient dans leur entourage un lieu de développement au sein duquel il n’y avait pas de rivalité mais de la solidarité et de la complémentarité, les uns ayant besoin des autres. Le moine responsable du vignoble des abbayes n’a cessé de mûrir ce projet en prenant conseil. Il a défini les dispositions et les critères qui donneront à la future organisation son caractère. La plus importante, celle qui conditionne la réussite de l’opération est la cohérence à réaliser entre l’action des abbayes et celle des vignerons. Cela passe par la mutualisation des hommes et des moyens pour améliorer la qualité et la rentabilité. 

Notons qu’à aucun moment, les moines n’ont envisagé de prendre leur indépendance en construisant leur propre cave pour assurer eux-mêmes les vinifications comme à Solan ou Lérins. Beaucoup de professionnels du vin qui suivaient la production de l’abbaye avec intérêt, ont pourtant poussé les moines à aller dans ce sens. Il y a deux raisons qui justifient leur refus d’emprunter cette voie. La constitution d’un domaine indépendant exige d’assumer des fonctions et des opérations qui mobilisent du personnel et du temps ce qui, dans le cas de l’abbaye du Barroux, qui assume de nombreuses autres activités est incompatible avec la vie monastique et le respect de la règle. L’entreprise et ses contraintes prendraient alors le pas sur la vie de prière et la contemplation. La seconde raison est tout aussi sérieuse dans l’esprit des moines. En choisissant cette voie, ils deviennent concurrents des vignerons et de la cave coopérative. Ils contribuent à appauvrir des familles vigneronnes qui se battent pour vivre dignement de leur travail. Ils se séparent au lieu de s’unir ce qui n’est pas conforme à l’idéal monastique.

  • Avoir choisi cette voie humble et généreuse est leur honneur et leur grand mérite.

Pour eux, il n’y a pas de solution viable sans une union véritable. Avoir choisi cette voie humble et généreuse est leur honneur et leur grand mérite. Il faut dire aussi que l’abbaye profite largement de sa coopération avec la cave de Beaumont où elle trouve des compétences et des moyens qui lui font défaut. Cela va même plus loin, la cave de Beaumont est une structure à dimension humaine, quasi familiale. En tant qu’actionnaires, les moines s’y sentent bien. Comme tous les autres vignerons, ils y sont chez eux. Ils disposent dans le chai de leur propre matériel, cuves inox, table de tri qui leur permettent d’effectuer des sélections parcellaires très pointues et qui profitent aussi aux vignerons coopérateurs. 

S’allier ne suffit pas, le succès du projet passe par une politique ambitieuse avec des vins se situant à un haut niveau qualitatif justifiant l’indispensable augmentation des tarifs. Il s’agit de créer une marque forte et une gamme identifiable qui répondent à ce critère. Pour y parvenir, les moines ont fait appel à un œnologue de réputation internationale et un assembleur de génie, Philippe Cambie : « Les moines ont été les premiers porteurs de la vigne et de la culture de la vigne à travers le monde. Lorsque les moines m’ont proposé de les aider, j’ai accepté. Pour moi, c’est aussi une manière d’épouser un pan de notre culture. » Un tel appui est particulièrement précieux et encourageant. L’amélioration de l’image et de la qualité des vins permettra enfin d’élargir le réseau de distribution ce qui est une nécessité absolue. Sans un marché suffisamment vaste pour absorber l’offre, il n’y a pas de valorisation possible du beau terroir que possède les vignerons et les moines. Un laïc, Gabriel Teissier, est engagé par l’abbaye en charge du développement commercial et de la communication. Homme de contact et de conviction, il formera d’emblée avec le moine responsable du projet un binôme complice et particulièrement efficace qui saura créer une synergie très active avec les acteurs clefs de la coopérative de Beaumont. Au-delà des règles mises en place, la réussite de Via Caritatis est celle d’une alchimie humaine qui a bien pris.

Le vignoble et les vins Via Caritatis

Le vignoble cultivé par les moines et leurs amis vignerons se situe dans la partie nord de l’appellation Ventoux. C’est un terroir historique lié à la Papauté d’Avignon. Après son élection à Lyon, Clément V choisit de s’installer dans le Comtat Venaissin plutôt qu’à Rome. Il tombe sous le charme de l’abbaye bénédictine Notre-Dame du Groseau, située tout près de Malaucène à 5 kilomètres à vol d’oiseau de l’actuelle abbaye Sainte-Madeleine. Le site initial appartenait aux moines de Saint Victor de Marseille. L’air de la montagne et la source toute proche en font un lieu plein d’énergie qui conjugue la force et la sérénité. Le premier pape comtadin apprécie particulièrement ce lieu qu’il appelle, selon l’expression biblique « le jardin de ses délices ». Il aime y méditer et y recevoir. Il y plante les premières vignes pontificales et en fait sa résidence d’été. Il ne reste plus aujourd’hui des bâtiments d’origine que la chapelle du Groseau. Elle est toujours entourée de vignes que les moines entretiennent avec un soin attentif pour faire vivre le souvenir de Clément V.

Moines du Barroux

Moines du Barroux

Le vignoble Via Caritatis s’étend de la crête orientale des Dentelles de Montmirail aux contrefort nord-ouest du Mont Ventoux. Il s’agit du secteur le plus élevé de l’appellation avec des parcelles qui s’échelonnent entre 350 et 600 m sur les terrasses. C’est un terroir montagnard avec de fortes amplitudes thermiques, des contrastes climatiques marqués. Le sol composé d’argiles de nature variable est recouvert d’éboulis caillouteux alimentés par les reliefs calcaires du Ventoux et des Dentelles. Ce terroir exceptionnel n’a rien à envier à celui de ses glorieux voisins de Gigondas et Vacqueyras. Le paysage est d’une beauté époustouflante rehaussée par une luminosité que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. On comprend que ce lieu soit propice à l’élaboration de grands vins alliant la puissance sauvage du site à la subtilité toute féminine des parfums qui émanent de cette terre. Les vins Via Caritatis nous en donnent une interprétation. Ils comportent trois niveaux : une entrée de gamme en rouge, blanc et rosé baptisée Vox ; un cœur de gamme en rouge baptisé Pax, un haut de gamme en rouge, blanc et rosé baptisé Lux.

Les cuvées « Vox » sont issues de parcelles où la fraîcheur de la zone montagneuse s’exprime intensément tempérant ainsi le généreux ensoleillement de la Provence. Le blanc, dominé par le cépage clairette, est un vin tendre qui dégage de subtils arômes de fleurs blanches et d’amandes grillées. Le rosé, assemblage de grenache et de syrah, exprime de délicats accents de fruits rouges et de zestes d’agrume. Un rire d’enfant. Le rouge regorge de fruits murs, cassis, groseille, baies sauvages. Le cépage grenache qui constitue l’essentiel de l’assemblage lui confère de la souplesse et de la rondeur. Une ode à la joie. « Pax » qui ne se décline qu’en rouge est issu de coteaux aux sols caillouteux profonds riches en argile. Assemblage de grenache et de syrah, il est paré d’une belle robe grenat intense. Le nez séduisant exhale des notes de réglisse, caramel et de pruneau. La bouche est généreuse ; la finale légèrement poivrée avec une belle persistance. 

La gamme « Lux » bénéficie des plus belles parcelles des terrasses, des meilleures expositions, des plus vieilles vignes et d’un élevage attentif. Ce sont des vins ambitieux au grand potentiel de garde qui se situent au sommet des vins du Rhône. Lux blanc assemblage de clairette et de roussanne est un vin très bien équilibré malgré le titrage alcoolique élevé. La première impression évoque le citron confit puis viennent les fleurs blanches et en finale les amandes. Le vin a de la densité et du gras mais conserve un côté aérien, minéral et salivant. Un vin féminin et raffiné. Lux rosé dont la composition reste secrète se situe au niveau des plus grands vins rosés français de gastronomie. Sa robe légère mais étincelante s’accorde parfaitement avec les arômes de pétales de rose qui dominent le nez. En bouche, la complexité, la douce fraicheur et la grande longueur sont impressionnantes. 

En vieillissant, ce vin prend une teinte cuivrée et exhale des fragrances antiques d’encaustique, générées par une bienheureuse évolution.  S’il satisfait les sens, ce vin va beaucoup plus loin, il s’adresse à l’âme, à ce que nous portons en nous de plus grand et de plus mystérieux. « Il y a des chefs d’œuvre, disait Dom Gérard, devant lesquels l’esprit s’immobilise : une poésie si fraîche, tant de spontanéité alliée à tant de vigueur, une telle netteté d’expression font remonter dans l’âme un goût que la vie moderne lui avait désappris ». Lux rouge associe grenache et syrah. C’est un vin complexe avec une bouche intense sur des notes d’épices, d’amandes grillées, de café. Des tanins élégants et soyeux. Le jugement de Jean-Michel Deluc, ancien sommelier du Ritz est louangeur :

Ineffable charité, le ton est donné, ou comment entrer en religion avec le vin, et en particulier avec cette cuvée « Lux Caritatis ». La lumière du Ventoux ainsi que les pentes qui apportent de la fraîcheur et une sélection de parcelles et de cépages bien choisis nous offrent un vin juteux, fruité, frais, épicé, complexe. L’élevage est maîtrisé et offre un vin voluptueux et plus que charitable.

Plus rares et plus précieux encore, les vins baptisés « abbaye » sont la clef de voûte de Via Caritatis. Une formule, que l’historien médiéval Georges Duby appliquait à l’art cistercien, convient parfaitement pour en définir le caractère : « Il atteint au plus complexe par le plus simple, à l’irrationnel par la raison et à la douceur par la puissance. »

Les moines du Barroux ne cesseront de s’investir dans les années qui viennent, de poursuivre leurs efforts pour se rapprocher davantage encore des vignerons et des acteurs de la filière sur le territoire. Ils ont renoué avec une tradition millénaire qui associait, dans un même labeur, les hommes de Dieu avec leur environnement paysan. Autour de l’abbaye du Barroux, la vigne est vraiment l’instrument du rayonnement des vertus évangéliques. Les moines savent que toute œuvre humaine est par nature imparfaite et inachevée. Elle demande de la patience, de la persévérance et des sacrifices. Comme leurs prédécesseurs du Moyen-Âge, ils ont le temps pour eux ce qui est un atout considérable dans un monde où tout est éphémère et provisoire.

Fred De Noyelle I Godong - Cave du monastère orthodoxe de Solan.

Fred De Noyelle I Godong - Cave du monastère orthodoxe de Solan.

(5/6)

À Solan, la sanctification par le travail des vignes

Marc Paitier - publié le 10/12/21

Bâtisseurs de la civilisation du vin, les moines et moniales n’ont eu de cesse, au fil des siècles, de travailler la vigne pour la gloire du Seigneur. Tout au long de la semaine, le général Marc Paitier nous invite à remonter le temps afin de comprendre l’évolution de la viticulture monastique et la manière dont elle s’incarne encore aujourd’hui dans certains monastères et abbayes de France. Découvrez aujourd’hui le monastère de Solan. (5/6)

Le monastère de Solan est un établissement féminin orthodoxe de fondation récente. Le père Placide Deseille, moine français du monastère de Simonos Petra, un des vingt monastères du Mont Athos est envoyé en France avec le père Séraphin Pyotte pour y fonder une dépendance de cet établissement. C’est ainsi que verra le jour, en 1978, le monastère Saint Antoine le Grand à Laurent-en-Royans dans le Vercors. Trois femmes viennent frapper à la porte du père Placide pour lui faire part de leur désir de mener une vie monastique sous sa conduite. Après un temps de formation, les premières professions ont lieu en 1984. En 1985, cinq sœurs s’installent dans une maison à proximité de celle des Pères. Ainsi, est né le monastère de la Protection de la Mère de Dieu. 

Fred De Noyelle / Godong - Monastère orthodoxe de Solan.

Fred De Noyelle / Godong - Monastère orthodoxe de Solan.

De nouvelles candidates venues du monde entier vinrent très vite renforcer les effectifs. Trop à l’étroit dans leur demeure, les sœurs, après bien des recherches, finissent par trouver, en 1991, un lieu idéal, une ancienne ferme agricole et viticole, à Solan dans le Gard, qui fut jusqu’au XVIIIe siècle une dépendance du prieuré clunisien de Pont-Saint-Esprit. Voilà ce que dira le père Placide lors de la bénédiction de la maison :

Ce monastère que nous établissons va se trouver dans une propriété agricole, où des générations de cultivateurs et de viticulteurs ont servi le Seigneur par leur travail, par ce travail de la vigne qui est tellement riche d’évocations bibliques : la vigne n’est-elle pas l’image de l’église, et le vin ne nous fait-il pas songer à celui de nos Eucharisties, à celui du Royaume des cieux ? C’est tout ce travail de générations de cultivateurs qui va se trouver comme consacré, puisque ce lieu va être maintenant un lieu voué à la louange divine, un lieu où tout sera consacré à la gloire de Dieu.

Les sœurs se retrouvent à la tête d’un important domaine de 40 hectares de forêt et de 12 hectares en culture. Le choix de l’agrobiologie, commandé par l’amour du Créateur, et son corollaire, le respect de la création, a été posé dès qu’elles ont fait l’acquisition du domaine, et mis en pratique à partir de 1992, à leur installation. Il s’est imposé naturellement car il est en phase avec la sensibilité de la théologie orthodoxe pour l’aspect cosmique du salut, la participation de tout le créé à l’œuvre de la sanctification ce qui est très tangible dans la liturgie byzantine. Tout ceci est formulé dans les appels à la sauvegarde de la création posés par le Patriarche de Constantinople dès 1989. Ceux-ci avaient trouvé un très fort écho auprès des membres de la communauté, à cette époque. Certaines personnes leur conseillent de ne pas relever ce défi, car la situation de l’activité viticole dans le Gard à cette époque était très critique et les études de faisabilité montraient qu’une exploitation de petite taille n’avait pas d’avenir. D’autres sont persuadées que ces sœurs principalement citadines n’auront jamais la fibre paysanne. Elles vont leur donner tort. 

Le domaine n’est pas en bon état, malmené par des années de culture intensive. Les sœurs, enthousiasmées par l’idée de travailler la vigne, qui joue un rôle si fort dans l’Évangile, décident non seulement de se lancer dans l’aventure mais aussi d’adopter d’emblée la culture biologique, bien que cette exigence rende encore plus difficile la prise en main du domaine. Au bout d’une année, la situation économique et sanitaire du vignoble est très délicate Les conseils de changement de métier se font de plus en plus pressants. Les sœurs persévèrent envers et contre tout. Elles ne veulent pas se résigner à abandonner le travail de la terre. C’est à ce moment-là que se situe une rencontre déterminante, celle du paysan-philosophe Pierre Rabhi. Il va encourager les sœurs et les soutenir dans les choix qu’elles ont faits. Il leur fait découvrir l’agroécologie, les confirmant dans leurs intuitions. Il va les accompagner fidèlement et les épauler pendant de longues années dans leur démarche de vivre avec la terre. 

  • Quand on aime le Créateur, on respecte Sa création.

L’agroécologie est une approche globale qui réconcilie agriculture et écologie mais aussi l’humain et l’éthique et qui replace la paysannerie au cœur des territoires pour y promouvoir un système de production alimentaire sûr et durable, respectueux de la vie. Cette vision exigeante s’adapte parfaitement à la règle de Saint Basile qui inspire le mode de vie des moniales de Solan et qui donne la première place aux activités agricoles dans le travail. Sœur Iossifia explique simplement ce choix : « Pour nous c’était une évidence. Quand on aime le Créateur, on respecte Sa création. » Mère Hypandia, supérieure de la communauté ajoute : « Le salut que nous offre le Christ est un salut pour tout l’univers, pour tout le vivant. Prince de la Création, l’homme a pour mission d’en prendre soin. Il doit en être le jardinier, non le destructeur. »

Les vignes sont cultivées selon les préceptes de l’agroécologie, sans aucun intrant chimique dans le respect de la diversité de l’environnement. Pierre Rabhi avait dit aux sœurs de partir de l’existant et de le valoriser : « Allez à la rencontre de votre terre ». C’est ce que les sœurs ont fait au prix de très gros efforts. Au début, elles se sont dirigées vers la biodynamie mais elles ont renoncé à cette pratique dont la mise en œuvre est contraignante et dont les fondements philosophiques ne correspondent pas à leur vision du monde. Elles en sont donc restées à la certification en agriculture biologique avec une approche « bourguignonne » privilégiant la notion de terroir par la connaissance des parcelles. 

Une grande diversité de sols

Le vignoble prend pied sur le contrefort oriental du massif cristallin des Cévennes et se déploie sur une grande diversité de sols : marnes plus ou moins calcaires pour les vins amples et puissants ; sols sableux sur des types de grès variés, pour des vins plus féminins. Les maladies sont prévenues avec l’emploi de préparations à base de plantes comme les décoctions de prêle contre le mildiou, par exemple. À partir de 2001, un programme d’arrachage et de plantation est mis en œuvre pour amener la superficie cultivée à 5-6 hectares ce qui correspond à la charge de travail que les moniales peuvent assurer raisonnablement et aux volumes qu’elles peuvent vendre à un prix correct. Les cépages sont sélectionnés pour obtenir la meilleure expression du terroir. Les précieuses vieilles vignes sont régénérées : drainage des parcelles, curetage pour préserver le bois sain et assurer la bonne circulation de la sève. À partir de 2013, les vignes sont enherbées pour lutter contre l’assèchement. En concurrence avec l’herbe, la vigne va plonger ses racines plus profondément dans le sol à la recherche de l’eau. La connexion avec le sous-sol s’établit ainsi pour le plus grand profit des raisins.

Dans les années 90, les raisins étaient vendus à la coopérative mais à partir de 1999, les sœurs décident de vinifier la totalité de la production au monastère. Sœur Nicodimi qui fut ingénieur chimiste s’engage dans cette aventure avec l’aide d’un œnologue et d’un vigneron. La cave aux lignes contemporaines, a été construite avec des pierres locales pour s’adapter harmonieusement au mas cévenol qui l’entoure. Les sœurs sont aussi de bonnes commerçantes. Elles vendent elles-mêmes les 25.000 bouteilles produites annuellement, dans la boutique du monastère, dans les magasins de produits monastiques et biologiques, sans oublier la vente par correspondance à partir de leur site. Le vin représente leur principale source de revenus. Le jardin potager, les vergers, l’oliveraie assurent l’autonomie alimentaire de la communauté et de ses visiteurs mais aussi l’approvisionnement de la boutique : huiles, confitures, pâtes de fruits, conserves, condiments, sirops, vinaigres. La forêt inextricable qui n’était plus entretenue est aujourd’hui une futaie jardinée. Elle garantit la protection des sols et l’équilibre de la biomasse. On y récolte des châtaignes et on y exploite du bois de chauffage. Plusieurs espèces rares de la faune et de la flore y sont répertoriées. Le monastère fait partie du réseau Natura 2000.

Fred De Noyelle / GODONG - Vin du monastère de Solan.

Fred De Noyelle / GODONG - Vin du monastère de Solan.

Le monastère propose huit cuvées différentes dans tous les styles et les couleurs. Quatre vins rouges : Saint Martin, assemblage de syrah, grenache et cinsault, frais et tendre. Saint Ambroise, cabernet franc, pinot noir, syrah, souple et structuré. Saint Simon, syrah, grenache, vinifiés sans sulfite ajouté, rond et soyeux. Saint Porphyre, le plus ambitieux, cabernet franc, pinot noir, syrah. Rendements très faibles de l’ordre de 25 hl/ha. Élevé en fûts de chêne neufs pendant douze mois, vin de garde élégant et puissant. Un vin rosé de haute expression « Mon bien aimé avait une vigne sur un coteau fertile » (Is, 5), carignan, cinsault, syrah, vermentino, très belle fraîcheur sur les fruits rouges, la groseille et la pêche. Sainte Catherine, un vin blanc sec 100% vermentino aux notes d’agrumes et de fruits exotiques. Sainte Sophie, un vin effervescent élaboré selon la méthode champenoise, clairette majoritaire, vermentino, floral. Saint Jean bouche d’or, vin liquoreux élaboré avec des raisins de clairette passerillés (desséchés) sur claies pendant plusieurs mois après la récolte avant d’être vinifié (méthode utilisée pour les vins de paille du Jura ou les « vino santo » italiens). Élevage d’un à trois ans en barriques. 

La cuvée de trois ans d’élevage présente une robe ambrée, des arômes confits de figues sèches et de raisins secs, une bouche grasse. Tous ces vins portent la mention « IGP Cévennes » à l’exception du vin effervescent et du vin passerillé qui ne rentrent pas dans le cahier des charges de l’appellation. Ils expriment tous selon une sœur « la vivacité étincelante de la Provence alliée à la gravité généreuse des Cévennes. »

Leemage via AFP Moines Bourguignons cultivant la vigne - d'après Louis Figuier - fin 19eme siècle.

Leemage via AFP Moines Bourguignons cultivant la vigne - d'après Louis Figuier - fin 19eme siècle.

(6/6)

Ce que dit la viticulture monastique du lien entre Dieu et la nature

 

Marc Paitier - publié le 12/12/21

Bâtisseurs de la civilisation du vin, les moines et moniales n’ont eu de cesse, au fil des siècles, de travailler la vigne pour la gloire du Seigneur. Tout au long de la semaine, le général Marc Paitier nous invite à remonter le temps afin de comprendre l’évolution de la viticulture monastique et la manière dont elle s’incarne encore aujourd’hui dans certains monastères et abbayes de France. Le dernier volet de notre série s’interroge sur la manière dont la viticulture s’inscrit dans la vision chrétienne de la relation à la nature. (6/6)

Après avoir créé le Ciel et la terre, Dieu fit l’homme à son image et lui confia la Création. Il leur dit : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et soumettez-la. »Le verbe soumettre suscite le rejet de nos jours. Le mot est fort mais il faut lui donner son sens chrétien. L’homme n’est pas le maître de la terre. Il en est le tenancier. Il ne peut soumettre la terre que dans la mesure où il respecte la loi divine et ne remet pas en cause l’harmonie qui en découle. La puissance de l’amour est à l’origine de la Création ; l’homme ne peut agir, à l’imitation de Dieu, qu’avec les armes de la charité. Il a pour mission de coopérer à l’œuvre de Dieu pour la faire prospérer.  Il en est le gardien et le gestionnaire comme l’intendant de l’Évangile. « L’homme est le jardinier du monde et c’est lui qui donne à toute créature sa raison d’exister. »

Les moines et moniales du Barroux, de Lérins, de Jouques et de Solan adhèrent pleinement à cette conception chrétienne de la place et du rôle de l’homme dans la Création. Ils considèrent la nature comme un don. Ils sont pleins de reconnaissance et de gratitude envers l’auteur d’un tel don et parfaitement conscients de leur responsabilité pour le faire fructifier. « Ainsi l’homme doit-il reconnaître que le monde n’est pas une propriété qu’il peut saccager ou exploiter mais un cadeau du Créateur… devant être cultivé dans le respect et l’harmonie, selon la logique et le dessein de Dieu. » Tout ce qu’ils entreprennent dans la vigne s’inscrit dans cette perspective. Celle-ci ne s’accorde pas avec la conception païenne de l’écologie moderne qui vénère la nature comme une déesse et qui refuse à l’homme la place centrale et supérieure qui est la sienne. L’ordre est inversé, la terre est divinisée. Elle n’est plus au service de l’homme. Celui-ci est rabaissé au rang des autres espèces quand il n’est pas considéré comme un prédateur, donc comme un nuisible. Cette écologie sans Dieu est une nouvelle religion avec ses prêtres, ses oracles et ses fidèles. « Quand l’homme essaye d’imaginer le Paradis sur terre, disait Paul Claudel, ça fait tout de suite un Enfer très convenable. »

La vision de nos moines est tout autre. Dom Louis Marie nous en donne la clef : « Dieu a créé l’homme pour qu’il cultive la terre, qu’il la domine…Et au dire de saint Augustin qu’il puisse passer de ce monde à un autre meilleur par une ascension pleine de douceur. » Les moines n’imaginent pas le paradis sur terre mais ils travaillent dans les vignes avec la pensée du Ciel comme les invite Gustave Thibon : « Ce que la terre m’a donné de plus pur, j’ai trop senti que cela me venait de plus loin que la terre et que c’était un appel vers la perfection éternelle ». C’est la raison pour laquelle tous les gestes qu’ils accomplissent, y compris les plus modestes, revêtent une dimension sacrée.

  • L’agroécologie s’intègre dans une vision plus large, celle du dessein bienveillant de Dieu sur l’homme à travers la Création. Sans cette conversion contemplative du regard, il ne peut y avoir de vraie conversion écologique.

Ici se pose la question du type de culture à mettre en œuvre. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la biologie et la chimie s’imposent, portées par une industrie agrochimique puissante et hégémonique. La vigne est alors saturée d’engrais et de pesticides, exploitée à outrance, pour produire des vins ayant perdu le lien avec la terre. Le sol est considéré comme un support, comme un simple outil de travail et non pas comme un élément vivant capable d’imprimer son caractère au raisin donc au vin qui en sera issu. Cette période a vu la disparition du bon sens paysan au profit du progrès de la science matérialiste.

En réaction à cette grave dérive, est née la culture raisonnée, pratique plus douce tendant à n’utiliser les produits phytosanitaires pour le traitement de la vigne qu’en cas de nécessité. La viticulture biologique qui proscrit l’emploi des produits de synthèse a commencé à se répandre dans les années 80. Certains sont allés plus loin encore avec la viticulture biodynamique. Les moines considèrent ces heureuses évolutions avec beaucoup d’intérêt et de respect. Les sœurs de Solan ont adopté la culture biologique et l’agro écologie qui réconcilie agriculture et écologie. Les moniales de Jouques viennent de s’engager dans la même voie : « Grâce aux sœurs orthodoxes de Solan, dit Mère Marie Dominique, l’abbesse de Jouques, nous avons pu nous former à diverses techniques agricoles et nous laisser toucher par la richesse contemplative de leur tradition spirituelle. » Elle ajoute cette très belle phrase qui donne à l’écologie sa véritable dimension, qui n’est pas celle d’un combat politique sectaire : « L’agro écologie s’intègre dans une vision plus large, celle du dessein bienveillant de Dieu sur l’homme à travers la Création. Sans cette conversion contemplative du regard, il ne peut y avoir de vraie « conversion écologique. »

La position de l’abbaye du Barroux peut sembler à première vue surprenante. Les moines refusent tout label, à l’exception du label monastique qui garantit à leurs yeux l’excellence des pratiques viticoles. Ils veulent préserver leur liberté d’action pour prendre les décisions non pas en fonction d’un cahier des charges rigides mais d’un raisonnement adapté aux circonstances. Ils considèrent leur vignoble comme un laboratoire expérimentant les meilleures pratiques pour obtenir des vins de qualités dans le respect de l’environnement sans se laisser enfermer dans une école. « Si Dieu nous a donné une intelligence, dit un moine, c’est pour nous en servir. » La définition des pratiques bio telles qu’elles sont définies dans les labels ne leur convient pas. La législation européenne de 2012 leur paraît laxiste. Elle a été obtenue sous la pression des « gros faiseurs » qui usent de techniques industrielles pour produire davantage de vins estampillés « bio », ce qui est vendeur. Dans ce cas, l’agriculture bio fonctionne sur le modèle productiviste avec pour seul objectif la recherche de la rentabilité. Ils dénoncent également certaines règles bio présentées comme vertueuses alors qu’elles sont loin de l’être. Gabriel Teissier, directeur du développement de Via Caritatis en donne un exemple : « Pour lutter contre la cicadelle porteuse de la flavescence dorée, une maladie très virulente, le bio préconise le Pyrèthre naturel, un insecticide fabriqué en Afrique, dans des conditions discutables, qui n’est pas du tout un produit anodin : très peu sélectif, il éradique largement les insectes présents dans la parcelle. Il est également dangereux pour l’utilisateur. Cette molécule a beau ne pas être une molécule de synthèse, ses effets sont ravageurs. »On pourrait aussi mentionner l’utilisation outrancière du cuivre, seule matière active autorisée pour lutter contre le mildiou dont l’accumulation stérilise les sols. Ce jugement, en apparence sévère, ne remet pas en cause la pertinence et même la nécessité d’une culture bio authentique et ne s’adresse pas aux vignerons qui la mettent en pratique avec conviction et honnêteté. 

Les moines vignerons du Barroux sont très proches d’eux. Ils attachent beaucoup d’importance à la préservation des micro-organismes (bactéries, champignons) et de la faune qui peuplent le sol, le régénèrent, et l’aèrent. La vie des sols est renforcée par l’apport de matière organique. La conduite de la vigne (palissage, ébourgeonnage, effeuillage, etc.) vise à favoriser l’aération de la plante pour limiter les maladies. Les plantations en haute densité poussent la vigne à s’enraciner plus profondément. Une grande attention est apportée à la taille pour limiter et prévenir l’ESCA, maladie du bois qui représente un véritable fléau. Le sol est travaillé mécaniquement y compris entre les ceps pour éviter les désherbants chimiques. Les rendements sont limités pour obtenir des raisins riches et sains. La biodiversité (haies, forêt, garrigue) et la polyculture (oliviers, amandiers, arbres fruitiers) sont préservées et encouragées pour que la vigne s’épanouisse dans un environnement biologique naturel favorable à l’expression du terroir. 

La présence d’arbres autour des vignes a des effets très bénéfiques. Ils servent de protection contre les vents violents, apportent une ombre bénéfique donc de la fraîcheur. Cette biodiversité est aussi une source de beauté et d’harmonie. On la retrouve dans les vins. Chaque millésime, avec ses variations climatiques, est observé de façon à trouver les gestes et les traitements les plus adaptés pour le valoriser. Il arrive, qu’en dernier ressort, la réponse fasse appel à des produits phytosanitaires pour éradiquer, par exemple, une attaque massive de mildiou et sauver une récolte. Les moines l’assument. Dans ce domaine, ils n’ont pas de réponse définitive et catégorique. Ils prennent conseil, raisonnent et s’attachent à trouver les meilleures solutions pour préserver l’équilibre de leur terroir et respecter les hommes qui y travaillent.

Le moine du Barroux en charge du vignoble dénonce le manque d’humilité de certains vignerons bio idéologues qui considèrent que leur pratique est la seule qui soit moralement défendable. Il leur oppose l’encyclique du pape Benoît XVI Caritas in veritate : « Il ne faut pas utiliser le mot “éthique” de façon idéologiquement discriminatoire, laissant entendre que les initiatives qui ne seraient pas formellement parées de cette qualification, ne seraient pas éthiques. » C’est ainsi que les vignerons taxés de « conventionnels » sont considérés comme des empoisonneurs. Ce mépris et cette suffisance qui excluent toute analyse critique, relèvent du sectarisme. Notre moine oppose à cette vision étroite la notion d’écologie intégrale qui est une conception extensive de l’écologie qui prend en compte le respect de l’environnement mais aussi celui de l’être humain avec la conviction que tout est lié. L’homme doit toujours rester maître de ses décisions dans la recherche du bien commun. C’est la leçon que nous donnent les moniales de Solan, de Jouques et les moines du Barroux et de Lérins. Elle dépasse la cadre de la viticulture et mérite d’être méditée par toux ceux qui sont prisonniers de leur esprit de système. 

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